Chronique chaude en pays de Savoie
roman
Chapitre I
Par le plus grand des hasards, un peu prévisible, nous lâchons nos 37, 42 ou 45 ans de cotisation et venons en Savoie. Pas la Savoie coincée entre deux montagnes sombres, comme certaines fois en Maurienne mais la Savoie dégagée située en Tarentaise ( de : Darentasia, nom d’homme : décevant !). Venant d’un coin assez plat je ne l’aurais pas envisagé.
Tout le monde n’a pas la chance d’épouser une Savoyarde de Paris. Son caractère accommodant lui permet de me supporter, ce qui n’est pas une mince affaire.
Après avoir laissé sans regret la Seine-et-Marne, appelée automobilement 77, bien que nous y fûmes plutôt heureux nous nous installons à Bourg Saint Sulpice pour l’hiver dans un petit deux pièces. L’été et c’est à ce moment que commence ce récit nous sommes à Villardâgé à 1100 mètres : il vaut mieux parler de ce village, c’est plus vert et par ces chaleurs sahariennes on y respire un peu plus souvent.
Nous sommes dans un morceau de maison mais que de place en plus ! Par le bricolage intensif on peut faire plusieurs pièces qu’on améliore constamment. De l’autre côté de cette plutôt vaste maison on trouve un frère d’Olfra. Les héritages font de drôles de combinaison d’occupants mais pas toujours des heureux.
Je viens juste d’entendre que quelqu’un habite un « village » de deux propriétaires : bien sûr, elle ne peut sentir son unique voisin qui exagère et s’étend sur des terrains qui ne lui appartiennent pas. Moi qui n’ai rien hérité il m’est difficile de comprendre l’importance qu’un bout de terrain peut atteindre.
Ce qui les navre quand ils en parlent, très souvent, c’est de voir les buissons envahir les prés sacrés où on faisait du foin pour les vaches. Tous ont été à Paris et reviennent mourir au pays mais leur enfance leur remonte à la gorge et les vieux du passé conservent leur importance séculaire.
Ce pays est beau, je comprends qu’on y revienne et qu’on s’y fige lorsque le métro n’est plus d’actualité. D’autres venant d’ailleurs sont partis comme le boulet hors du canon et ne retourneront pas vers cet « ailleurs ».
A comparer d’autres endroits magnifiques nous n’avons pas d’inondations, de sécheresses, d’incendies de forêt et peu de tremblements de terre. Jusqu’ici ces derniers n’ont bougé qu’une pendule. Une carte postale se développe chaque jour devant nous : c’est près et c’est loin par-dessus le grand creux. Une couche de peinture unique, couleur pierre de vieux mur, est encore là 10 ans après, intacte. Bien sûr, quand l’automne arrive et qu’il n’y a pas de feu, quand le brouillard du matin nous entoure, on commence à penser à la Savoie d’en bas mais nous ne sommes encore qu’en juin.
Le déplacement (exercice) le plus courant nécessite un certain courage car il faut toujours monter, ce que nous allons faire cette après-midi pour aller voir Zibeline. Elle habite une superbe petite maison à la station un peu plus haut dont le nom évocateur est La Bosse.
Le clafoutis nous attend. Il y a deux routes : l’ancienne que nous prenons car elle est plus courte et la nouvelle beaucoup plus large et surtout plus longue : il fait trop chaud pour l’emprunter.
On monte donc vers le premier tournant assez lentement, Olfra la première et le gros ensuite. Elle est plus jeune mais surtout chez cette race les palpitants sont garantis 95. S’il y a des cœurs ratés il vaudrait mieux les jeter tout de suite à la naissance car ils souffleront toute leur vie.
Après le tournant ce n’est plus grand’chose et on arrive facilement aux 2/3 du chemin au niveau des trois maisons de La Côte.
Zibeline était surprise de ne pas trouver la voiture qu’elle s’attendait à voir depuis le lointain. Voudrait-elle nous flatter ? Le clafoutis, un peu sucré, était prêt. Comment vas-tu ? etc. et on parle des propriétés, le sujet perpétuellement soulevé dans ces lieux escarpés. J’avais un certain jour parlé à un curé du fait qu’il y a ici un diacre et que celui-ci baptisait, mariait ( ?). Il a paru étonné et m’a dit : mais un diacre c’est fait pour les pauvres ! Je pense que sa doctrine diaconale datait du Moyen Age. Je lui ai donc répondu qu’en Savoie il n’y avait pas de pauvres (pourvu qu’on ne sache pas ce que j’ai dit !), dans le sens pauvres comme chez une famille ouvrière, puisque chacun avait hérité qui d’un ou de plusieurs bouts de terrain qui d’une qui de deux maisons à réparer. Ce qui coûte c’est les réparations mais ils s’y mettent avec ardeur.
Heureusement qu’il y a Paris et l’Hôtel des Ventes pour ramener des ressources sonnantes et trébuchantes !
A ce niveau de la conversation on a parlé des Anglais, les voisins de Zibeline. Tous les Anglais actuellement adorent la Savoie et certains propriétaires locaux en ont profité : il n’y a plus une maison (à rénover) à vendre dans ce village et aux alentours. Les prix ont augmenté dans la même proportion que la sécheresse en Côte d’Or.
Zibeline a un bon pré voisin où la mairie a pour ambition de bâtir des logements pour les touristes. Ca se fera sans doute un jour.
Après une revue de la vie des frères et des cousins (surtout cousines) du type gazette de village, nous quittons Zibeline qui comme c’est la coutume à la campagne nous donne une rhubarbe à planter et une salade déjà lavée (que des jeunes pousses !). Ca vaut la montée !
Elle a bien droit à son poème, d’autant plus qu’elle ne l’a pas demandé :
à Zibeline (Micheline)
Auraient-ils fait exprès de donner
Le plus beau prénom à leur dernière-née ?
Bien sûr, ils auraient pu un peu l’écourter :
De l’autorail elle aurait moins tâté
Sur les chemins à poussifs véhicules
Là où raillaient des mômes sans scrupules.
A ses deux filles elle a donné la beauté,
Mais leur mère elles ont bien vite quittée
Pour rechercher d’autres, plus vifs, destins
Et honorer de fades boulots chaque matin.
A présent, la vie a accompli beaucoup de ses songes
Dans le cadre élevé de sa coquette demeure.
Elle refuse cependant que d’intimes blessures la rongent
Ou que dans d’inoubliables jours tragiques elle replonge.
Elle s’efforce alors d’inventer de meilleures heures
Et lorsqu’elle cultive des enfants, c’est presque le bonheur.
Le bonheur arrive même parfois : ce jour-ci c’est la fête
Car Béatrice la blonde et la bien brune Martine
Visitent leur jeune maman avec deux jeunes têtes.
Aux fourneaux s’active alors l’accueillante Micheline
Car en Savoie rien n’est fait sans boire ou manger,
L’hospitalité étant sacrée, pour vieux et moins âgés.
Le dimanche, le gang des maigres s’est mis en route
Pour une église baroque que de rares esthètes goûtent,
Une fois par semaine et même les jours festifs,
Pendant que se rincent au bistro quelques pluri-actifs.
Sur la Bosse, la chaleur, le froid, la poésie et la neige
Souvent règnent lorsque à la ville il pleut.
Eux viennent donc te voir, pour glisser en manège,
Tu leur reverses le SOLEIL, en cette Bosse au ciel bleu.
Ce jour, il fait encore beau et nous décidons d’aller à pied au Blossel où vivent quelques cousins bien ancrés sur leurs prés. Dans ce petit lieu-dit qu’on appelle quelquefois village on trouve encore quelques tribus primitives dont il ne faut pas déranger les couvées. Deux ou quatre maisons tout au plus, avec leurs dépendances sont groupées sur le versant qui regarde le nord. Il résulte de cette situation que le soleil déserte le coin en hiver pendant 22 jours. En été il fait très beau et même dans les périodes chaudes on apprécie vivement le frais du Blossel.
Nous rencontrons les occupants de la plus belle maison qui a aussi le plus grand terrain. Indestruct et Oreille de Sioux y habitent : ils ont tout pour être heureux mais les autres disent que s’ils avaient eu des enfants peut-être qu’ils seraient plus heureux. Je ne suis pas compétent pour en juger, mais c’est possible.
Indestruct a toujours mal au dos malgré tout ce qu’il a pu faire pour y remédier y compris au moins une opération. Ses excès de travail (oui ça arrive chez certains !) et ses chutes malencontreuses ne l’ont pas arrangé.
à l’Indestruct
Il est encore, pour sûr, à une sépulture,
Car l’amitié fidèle est dans sa nature,
Si bien qu’il assiste plus souvent à la messe
Que ceux qui sans faille vont à confesse.
Il est beaucoup à dire sur ses muscles puissants.
En effet, il absorbe des chocs peu caressants.
Un jour, il tronçonne un maximum de cuisse,
Le lendemain, du trou d’un haut grenier il coulisse.
On voit que sa mécanique interne peu l’intéresse
Et que sa santé fermement il délaisse.
Dans les bals ruraux il tourbillonne,
Et, sans bobonne, volontiers plastronne.
Rien n’arrête sur ses skis le retraité actif :
Les foins, les bois le maintiennent bien vif,
Tandis que les poules et les chats, sans les rats,
Plus la gym, relaxent les gros bras.
La côte de bœuf attend ici les consciencieux curistes,
Qui à La Léchère, jouent les quotidiens touristes.
Le mouillage et le trempage sur trois semaines
Vont sûrement amincir les petites bedaines.
L’Indestruct accepte le footing,
Mais refuse le stretching.
(Etiré entre deux tracteurs ?)
En piscine il est un bon acteur.
Souhaitons-lui une très bénéfique réaction,
Lors de sa prochaine sciatique (chiatique) réparation.
Ca c’était il y a quelques mois ; depuis il a été restructuré mais il y a peu de bien à faire car il souffre tout le temps. Il prenait quelques moutons l’hiver mais c’est fini. Le foin aussi, il vaut mieux le laisser maintenant. Il reste un peu de bricolage et les copains de l’Hôtel des Ventes de Paris et les anciens chauffeurs de bus.
Quant à Oreille de Sioux elle vient juste de prendre sa (pré)retraite.
A cette occasion un poète occasionnel lui a sifflé un chef-d’œuvre :
à Oreille de Sioux (dite : Œil de Lynx)
Un peu plus jeune que le Sphinx,
La subtile et très solide Œil de Lynx
Peut maintenant s’initier à une retraite,
Et envisager de faire des vaches la rude traite,
Ainsi que la picorée nonchalante des poules.
Sans complexes, dites-vous, elle se défoule
A l’engraissement de lapins et de cochons.
(????)
Un rien de pastoral, et nous marchons !
Pour les moutons, aurait-elle une sauvage passion ?
Hélas, hélas, elle n’a pas l’agricole vocation !
Pour elle, la seule enrichissante culture
Est d’une toute autre nourrissante nature.
De l’art culinaire vous savez qu’elle raffole,
Et Indestruct à ses plats goulûment se colle.
Avec Nini esseulée, elle applique vernis et lasures
Pour réparer et gonfler les bois craquant sous l’usure.
Bien calé, le journal assidu, les pieds en éventail,
Son Indestruct, tout joyeux, apprécie le dur travail.
Très vite, les chauds six mois sont passés :
Il est temps de voir les cheminées fumer
Car le bouillant soleil derrière les monts s’est coincé.
On snobe donc Le Blossel pour à Bourg transhumer.
Au village, d’intellectuelle culture elle fut privée,
Sous la froidure les brillants concerts vont la sauver.
Et les films, en versions originale ou doublée
Complètent et renforcent son activité d’assemblée.
L’hiver va, bientôt, les sols mouillés, puis durs, blanchir.
A La Léchère, c’est septembre ; il est temps de partir
Sa mère, Ninie l’ancienne, veuve bien sûr, puisque la Française est la championne d’Europe pour la longévité, ne quitte pas sa fille unique d’une semelle, bien qu’elle ait un logement plus bas dans la vallée. Elle aussi a eu droit à son poème :
à Ninie l’ancienne
Un petit pas par ici, un petit pas par là ;
Pas question de s’en tirer avec du bla-bla.
On glisse sur la piste glacée des Tilleuls.
C’est mieux que là-haut car ce ski est à l’œil.
Hier, c’était l’émigration à Paris avec Nocent.
Aujourd’hui, c’est la vie douce avec Œil et son Puissant,
La Savoie rude, blanche et lumineuse de l’hiver,
Les cimes vertes et ensoleillées de l’été moins sévère.
Rêve-t-elle encore de la ville et de la foule ?
Ces souvenirs, je pense, elle les a stockés en boule
Dans un placard clos d’où ils ne s’échapperont pas.
Les Parisiens d’ailleurs viennent à nous en gros tas.
Passe une semaine ou deux chez eux, avec leurs tracas :
Tu reviendras très vite te loger entre tes beaux draps !
N’est plus ouverte la chasse à la poussière ennemie.
L’agitation du passé s’est arrêtée et la sagesse
Envahit Ninie : plus de colère, plus de presse :
Rien que la fuite des ans calmes, encore vécus à demi.
Bien sûr, les inconvénients de l’âge avancé
Ne manquent pas leur cible et ont influencé
Sa vision des choses. Des brisures se font entendre
Mais son énergie indomptable ne se laisse pas prendre
Au jeu des plaintes stériles et ignorées et au laisser-aller
Des pluri-inactifs qui passent leurs jours à râler.
Tu me vois moi, Virginie, affalée sur un pouf
Ne pensant qu’au ménage, à la télé, à la bouffe ?
Ne sais-tu pas que j’apprends l’anglais pour pouvoir
Repérer les touristes remplissant mes couloirs ?
C’est dimanche, invitons les cousins à un petit frichti
Et mieux encore, allons sans compter nos jeunes euros
A l’Edelweiss où ils disent qu’on s’empifre à gogo
Avec les deux enfants seniors, endoloris ou ralentis.
Pour l’instant mon grand souci c’est d’affronter les conseils avisés de ces deux cousins. En effet, l’heure est au dégraissage et à la visite de la jolie diététicienne : celle-ci en fait n’a pas eu de mal à les alléger. Si vous supprimer le Beaufort dans la soupe de patates dont la cuiller tient toute seule dans le sens vertical, plus la côte de bœuf et le vin d’Apremont, plus la tomme à 45% et la crème fraiche et le beurre récent chaque matin, avec la confiture, il y aura sûrement un résultat probant.
Dix à sept kilos sont restés sur le carreau après ces suppressions. Pour moi qui subit ces merveilleux conseils de néophytes j’en suis encore à me demander quoi supprimer puisque je n’ingurgite rien desdits produits. Ils me vantent quand même leurs exploits à chaque visite et j’ai du mal à relancer la conversation vers d’autres thèmes.
Un peu plus tard nous avons eu l’honneur d’être invités en plein air un dimanche chez ces merveilleux habitants du jadis frais Blossel. Cette année quelle chaleur : le soleil semble cracher un concentré de mouches brûlantes. Nous avions auparavant demandé des garanties gustatives à cause de ce qui est dit plus haut. Je ne peux rien faire de mieux que présenter le rapport d’un poète anonyme sur cette journée. Du fait des circonstances amaigrissantes il a été obligé de baptiser différemment ces deux personnalités. Le vieux poète dans sa sagesse très relative a dit :
Repas chez Œil
Le chapiteau dressé fièrement sur l’immense propriété,
Croule sous la chaleur du Blossel, où il règne tout l’été.
Des tables et des chaises accueillent les nobles invités
Qui sans complexe salivent en humant le rôti mijoté.
Mais surprise, c’est une jeune et jolie diététicienne
Qui officie en cuisine et impitoyablement fait des siennes.
Plus de Beaufort dans la soupe aux légumes peu féculents,
Seulement des haricots verts, mêlés à des sucres lents.
Ne trouvent grâce à ses yeux que des feuilles d’estragon,
Du persil en branche et bien sûr aucun petit lardon.
Les kilogrammes s’échappent, ce n’est plus de la réserve
Pour l’hiver, ce ne sont même plus des conserves,
Ils ne valent qu’une poussière d’euros : ce sont des souvenirs
Que la sveltesse présente comme un joyeux avenir.
Heureusement c’est dimanche et la chance pour nous brille
Sur l’exception du jour et sur une fête débridée sous l’abri.
Aujourd’hui la contrôleuse a congé : c’est Ninie l’ancienne,
Indestruct et Oreille de Sioux qui cuisinent et vont et viennent.
Ouf ! disent les péquenots attirés par de fières réputations,
Ce n’est pas ce jour qu’il faudra de plus solides provisions.
Hélas, ça ne durera pas, si bien qu’Indestruct, lundi matin,
Prendra sa légère collation et deviendra Costaud le Mince
Tandis qu’Oeil de Gazelle, sévère, servira sec son prince
Et que Nini, en douce, reviendra à de plus sains festins.
Son ventre est devenu plat comme celui d’une marmotte
Finis les menus roboratifs, finies les fines gargottes.
Où est-tu savoyard Apremont doré ? Ta belle saveur âpre
Dorénavant s’éloigne, disparaît sous de rudes câpres !
C’est ce jour qu’une bourrasque a failli emporter la belle toile : il nous fallut nous cramponner aux supports comme sur un voilier d’autres lieux.
Chapitre II
Il faut bien que je vous parle du voyage à Stuttgart car sinon vous allez croire que je ne vous raconte plus rien.
Il nous fallait revoir le fils exilé dans cette ville allemande que nous n’avions jamais visitée. Il a un business là-bas. En France, bien que sortant de l’Ecole de l’Hôtellerie, il n’avait eu que des emplois temporaires et un jour il a fait un stage chez les Allemands et y est resté. A l’étranger il y a toujours quelques Français et ceux-ci réussissent parce que leur originalité ressort. C’est la même chose avec plus ou moins de bonheur pour tous les étrangers.
Nous prenons le train, Olfra et le vieux, à 5 heures du matin à Bourg St Sulpice, direction Chambéry et Lyon. Deux heures et demie pour la capitale de la Savoie et quelques heures pour arriver à Lyon La Pardieu (Dieu n’y a aucune part : il parait que ça veut dire : la Parturiente (mère) de Dieu). Arrivés bon gré mal gré sous la chaleur dans cette magnifique gare, nous nous procurons une baguette, vite sèche, quelques remplissages nourriciers et un café. Il est déjà l’heure de repartir : je ne vous dis pas comme c’est agréable de voyager par 35 degrés en cet été brûlant qui est une véritable punition à cause des fléaux (incendies, grêles, etc.) qui s’abattent sur le pays. Il y a eu même des sautes de vent atroces et des torrents de boue.
Le train-train qui n’est pas un TGV nous fait visiter l’est frontalier avec entre autres Montbéliard et enfin Strasbourg. Là on ne tarde pas à filer vers Stuttgart sans égard pour le pont de Kehl : les frontières n’existent plus en Europe.
Entre temps nous avions admiré les clochers de style plutôt russe des bourgades se trouvant avant Belfort. Si vous ne connaissez pas ce type de clocher allez-y ; ils sont restaurés.
Après 12 heures de cuisson en passant par Mannheim où nous nous sentions abandonnés sur une voie de garage nous pénétrons à 17 heures à Stuttgart où nous attendait (quel miracle, il est à l’heure) notre fils aîné Arnaud. Ouf ! Les vieux sont cuits à point !
Il est plus grand que le vieillard évidemment. (Pourquoi sont-ils tous si grands ? Comme il y a beaucoup trop de milliards d’humains actuellement et ce n’est que le début, la seule façon bientôt d’atteindre l’expansion c’est de se développer en hauteur. Vous les voyez tous à quatre pattes dans le métro ? Il vaut mieux qu’ils grandissent.) .
Rien ne peut mieux décrire le blond Arnaud aux yeux bleus que ce poème que Victor Hugo lui aurait écrit s’il avait disposé de l’ordinateur :
à Arnaud Frank
C’est un mélange étrange d’anciens Francs
Et de blonds Savoyards du type Arnaud.
On lui fit des yeux bleus : c’est un Frank,
Qui cultive des filles en beauté, sans anneau.
Ce matin, très tôt, il visite une grande banque
Pour classer ses vieux francs et tirer des euros.
On dit qu’en sa maison rien de sérieux ne manque;
Mais vins capiteux, pipes et café y sont de trop.
Pour lui, des mots clés ce sont : courir l’aventure.
Il fonce, il fonce, sans épargner l’âge mur.
Mais, par des hélices aériennes un jour bien secoué,
Il ne navigue plus sans une large bouée.
Parti pour un temps vers des villes Germaniques
Il s’installa hardiment en ces lieux pathétiques.
Il veut leur faire goûter ses fines baguettes,
Comme s’ils séjournaient à Paris en goguette.
Levé avant les blanches aurores il met en route
Toutes ses ressources humaines très exotiques
Afin de livrer pains, French pizzas, mais pas choucroute
A des gens détestant les queues non toniques.
Sera-t-il en sa famille le premier milliardaire ?
Aura-t-il un jour un agenda de fonctionnaire ?
Ne jouons pas, nous ses amis, les inutiles tortionnaires
Mais reposons-nous sur le lit des actionnaires,
En attendons que dans sa future et claire boutique
Mr Baguette multiplie ses billes et ses briques.
Bien d’autres secrets qu’il pourrait nous dire
Nous laisseraient pantois. Mais ses souvenirs
Seront pour plus tard. Souhaitons-lui le succès.
Il sait que de loin nous l’aimons à l’excès.
Bien qu’il m’ait payé cher ces flatteuses lignes,
Je coupe ici le fil des mots afin de rester digne,
De peur que des louanges trop dynamiques
N’embouteillent ses cuisines très éclectiques.
Après quelques bisous d’usage il nous conduit à la sortie de la gare. Dehors quelques voitures attendent toutes plus neuves les unes que les autres. Il semble qu’on arrive à se garer beaucoup plus facilement ici qu’ailleurs. Pas de policiers en vue. Il demande laquelle est la sienne et sans hésitation je désigne la grosse. C’est celle-là.
Il a loué une Nissan (Nis = Japon et san = production) très grande après avoir demandé une petite voiture mais c’était la dernière disponible, pour le même prix. Le gros monte par la portière gauche mais se pousse pour admettre Olfra puisque la portière droite est bloquée. C’est tellement automatique ! Nous avons l’air pincé des voyageurs de limousine. Il parait que le week-end les locations de voitures sont moins chères.
En fait, son parc automobile ne comporte que des véhicules à deux places pour les livraisons ; il lui faut donc une quatre places pour ses invités. Nous sommes sensibles à l’honneur qui nous est fait.
Que dire du voyage vers Unter-Türkheim (= du dessous + maison des Turcs : il y a en a 5 millions, mais ils n’ont rien à voir avec ce nom de lieu). Ce qu’il y a de bien dans les grandes villes allemandes c’est que tout autour on trouve des petits trains pour aller en banlieue, comme si elles étaient des capitales de pays. Il conduit comme les habitants du lieu, du moins de ce Land, à savoir beaucoup trop vite pour les vieux et toujours sur la voie de gauche.
Il y a l’âge du jeune bien sûr mais surtout cette ville contient au moins deux fabriques de voitures : Daimler-Benz et Porsche. Ils attaquent comme des fous et se prennent pour Schumacher. C’est une lutte sans merci, d’autant plus qu’il y a des embouteillages très denses. Après le train-train on se réveille. Pendant tout le trajet le téléphone portable sonne : ce sont ses clients ou ses esclaves et il leur répond. Je n’ai pas vu de police du tout mais de temps en temps il dit : warte, Polizei ! (attends, police !). Il est temps de se remettre à la langue de Goethe.
Les routes et les maisons défilent, on arrive à un coin plus tranquille : des pavillons coquets, des appartements. Il finit par s’arrêter.
Il est inutile que je vous décrive la maison qui a plusieurs appartements. Je ne suis pas doué pour les descriptions architecturales. Il y a une porte, un escalier et on monte au premier. J’oubliais : il y a des murs.
C’est un trois pièces : la chambre du maître, un séjour encombré et la chambre restante pour les invités. Celle-ci est parait-il bien aspirée : on a ordre de féliciter la maîtresse de maison, ce que nous ferons quand elle rentrera. On y trouve quelques placards démontés à demi, une commode pleine à ras bord, une ou deux lampes sur tiges avec fils et deux matelas. Comme d’habitude les vieux vont dormir sur le sol.
C’est l’appartement de quelqu’un de très occupé.
(Je crois qu’avec cette chaleur malgré les volets fermés, je vais faire une pause. Un troupeau de mustangs à l’instant traverse ce lieu : un escalier, une salle dite de séjour et autre escalier. Ils ne sont que cinq mais c’est la deuxième semaine, ils ne sont plus aussi réservés, voire timides. On attend la bombe pour la troisième semaine !
(Pépé, pourquoi ce verre d’eau ?
- C’est pour humidifier le vieillard de l’intérieur, mon petit Maxi-microbe.
Pépé, tu me bloques la sortie, j’ai envie.
- Mon petit Futé, sors et fais comme tonton Huhu : arrose l’Anglaise).
Ouf, il fait meilleur, c’est le soir étouffant ; ce n’est pas la peine d’être en Savoie à 1000 m. Quand je pense à ces merveilleux Parisiens dans leur métro et à ces Londoniens mijotant dans l’Underground ! Pas étonnant qu’ils nous encombrent. Ils peuvent même laver leur voiture ici avant de partir vers leur Paradis : le bachal ne cesse de couler vers l’Isère. Quel gâchis pour les endroits secs !
Occupé il l’est. En -dessous, au rez-de-chaussée garage il a sa cuisine d’artisan. Ce n’est pas pour rien qu’il s’appelle Mr Baguette. Il nous demande de nous lever demain matin à 4 heures comme lui, pour qu’on puisse voir ce qu’il fabrique. Je lui réponds prudemment qu’il serait plus sûr de nous faire visiter maintenant. Et hop dans la cuisine, avec fours, surfaces de travail, sans travailleurs et des listes de sévères règlements sanitaires allemands. Les contrôleurs ne sont pas loin.
C’est magique pour celui qui fait des pains, des chaussons, des pizzas et le reste du même genre, le tout avec la qualité française. Il n’a pas de mal à faire mieux que les Turcs qui monopolisent la restauration, avec quelques Jaunes et quelques Italiens. Le matin il a des employés qui fabriquent les pains; ensuite on charge dans les cinq voitures et on vend dans la zone industrielle jusqu’à midi.
Les premiers jours pour le voir nous sommes allés avec lui en voiture à partir d’environ 9 h en direction du magasin ou d’autres lieux puisqu’il est client de plusieurs fournisseurs, jaunes ou blancs. C’était la seule façon d’être avec lui. Après il est arrivé enfin à son propre magasin qui se trouve dans une autre banlieue. Ne comptez pas y aller directement : il n’est pas rare qu’on retourne en arrière parce qu’il a oublié quelque chose .
C’est un espace de 50 m2 bien équipé où il joue à Mr Baguette en compagnie d’une vendeuse. Je ne peux pas la nommer car elle change souvent. De 10 heures à 14 ou 15 heures il met son chapeau folklorique et sa veste et fait des crêpes et autres pizzas et réchauffe. Il a comme clients des jeunes en provenance des bureaux des alentours. Les clients restent debout à côté de petites tables du genre guéridon ; ils ne peuvent pas s’asseoir parce qu’il n’y a pas de toilettes dans le magasin. En Allemagne si on n’a pas une toilette pour femmes et une pour hommes facilement accessibles on ne peut avoir des tables. Ca réduit le nombre de clients et montre leur âge.
Ensuite, il nous jetait rapidement dans les rues piétonnes de la ville. Les premiers jours on l’attendait pour qu’il nous ramène mais bientôt on a attendu le maître une demi-heure, puis une heure et finalement une heure et demie devant son magasin. Il est évident que ce n’est pas une vie pour oisifs. On s’est donc débrouillés avec le train.
Nous avons piétiné pendant des heures dans les rues dites piétonnes sous une chaleur africaine (Si vous avez un magasin c’est là qu’il faut vous situer).
Nous avons donc pris le train vers 18 heures pour aller à Unter-Türkheim (ne pas confondre avec Ober (en haut)-Türkheim !).
Le soir, arrive Ursula l’Allemande avec qui il vit. Celle-ci travaille à l’autre bout de la ville après avoir subi un certain temps de chômage. Elle parle assez bien le français; je lui ai fait dire : trente-trois, mais son accent est impeccable. A cette heure il n’y a rien à manger : le chef a avalé sa production et la patronne nous dit : j’ai bien mangé à la cantine, donc je n’ai pas faim. Les vieux restent donc sur leur faim ou récupèrent le casse-croûte qu’ils avaient emporté. Il faut voir. En fait, la cuisine n’intéresse pas bobonne et comme Arnaud emmène chérie au restaurant quand il a faim tout est pour le mieux.
Après tout une femme c’est fait pour la décoration et la distraction. Pourquoi fatiguer cette merveille avec des tâches révoltantes ? Pas étonnant qu’elles le veulent toutes.
Dans la salle de séjour on trouve des tas de tickets repas et des centaines d’euros que sa mère veut tout de suite classer. C’est le caractère de son fils ; il commence à être trop tard pour le changer.
Au bout de deux jours sachant qu’il avait des dettes (la banque lui permet un découvert de 15000 euros) et que s’il lui arrivait de devoir interrompre son travail pour une raison quelconque tout s’écroulerait sans doute, un gros cafard m’a envahi car je n’ai pas son tempérament heureux ; il parait que j’ai tort.
L’unique lavabo de la salle de bain distille un mince filet d’eau : il faut donc éliminer le filtre qui doit être bouché. Après avoir demandé plusieurs fois en vain s’il y avait une pince le vieux en a trouvé une chez le marchand le troisième jour. Comme il ne peut pas s’empêcher de s’occuper de ce qui ne le regarde pas il a aussi réparé le robinet de l’évier qui coulait, du fait de l’absence du tube à jet, sur la frontière entre les deux bassins (assez peu pratique, non ?). L’appartement est considéré comme non équipé et négligé par le propriétaire, mais avec un peu de travail on arriverait à le rendre acceptable.
La nuit des camions passent et repassent ; c’est assez bruyant pour des Savoyards peinards habitués à leur calme montagne : on se lève plus tôt.
Revenons aux rues piétonnes où nous allons tous les jours : c’est une belle ville pleine de gens bronzés par le soleil mais je pense qu’il n’y a pas beaucoup d’Asiatiques parce que les deux restaurants que nous avons vus avaient un ou deux employés blancs. On s’est payé quand même un restaurant typiquement allemand dans lequel on a très bien mangé.
Un jour Arnaud a voulu à tout prix nous emmener au zoo qui a parait-il une très fameuse réputation. Après coup, effectivement ils ont fait un effort colossal pour garder les animaux rares. Voulait-il nous y laisser ?
Le samedi et le dimanche c’est le relâchement pour Arnaud et Madame. Lever à midi, ils ont récupéré et le dimanche on part, il faut bien utiliser la grande voiture, en principe pour Tübingen, une ville ancienne et universitaire. On roule, on roule, sans savoir où, le temps passe, les vieux se regardent et se demandent si la pitance est prévue. Apparemment non. Finalement, vers 2 heures, le vieillard désigne un resto en pleine nature et demande timidement s’ils ont faim. La réponse est indistincte. (Comme dit Ursula : avec lui ce n’est jamais ennuyeux).
Il entre donc dans la bâtisse et nous dit qu’ils ferment à 1 h et demie mais que par faveur ils nous acceptent. En passant je vois le prix du menu et je frémis discrètement. Le menu on ne l’a même pas eu mais un hors d’œuvre, un plat et un dessert, le tout en attendant un maximum. Au dessert on m’oblige à prendre une espèce de glace désignée par un mot composé de cinq mots avec Eis (= glace) au début sous prétexte que tout le monde doit prendre un dessert différent. J’essaie de protester mais en vain ; c’est comme ça. Comme on continue à attendre je file discrètement à la cuisine pour changer ce dessert mais une charmante me cloue le bec en me disant fort aimablement que les cuisiniers sont partis : c’est leur heure syndicale.
Au moment de payer le vieillard se sent obligé d’avaler une note exorbitante puisqu’il est invité pour une semaine et la patronne a le culot de refuser nos cartes bancaires : seule la carte American Express lui plairait. Quel admirable sens du commerce ! Tout le monde sort ses billets de 50 ou 100 euros.
Plus loin en se promenant vers la ville on trouve bien sûr des gros attablés sur un menu de 15 euros qui n’ont pas l’air d’attendre et d’être poussés dehors sous prétexte de cuisinier défaillant. Avec lui on ne s’ennuie jamais ! Il n’a pas changé depuis qu’on le connaît, je peux vous l’affirmer.
On voit bientôt une sorte de couvent avec jardin et église-temple et on visite. Il n’y a plus de moines depuis Luther. Le reste de la visite de la ville n’a que peu d’intérêt à cause de la chaleur écrasante : Olfra et le vieux se traînent : ils ont déjà vu Paris et passer sous un pont plein de graffitis les a plutôt fait hoqueter.
La joie revient quand la magnifique Japonaise se remit à ronfler en direction de Unter-T.
Il faut hélas se quitter pour de bon, le temps est venu. Personne ne peut faire ce qu’il réalise là-bas; j’admire fortement ses hauts-faits mais mon esprit technique ne peut avaler toutes ces difficultés sans se défendre d’une certaine appréhension. De toutes façons ça ne me regarde plus. Espérons qu’il pourra à l’avenir compter sur l’assistance d’une personne compétente et dévouée, en plus du numéro de décoration.
Ce mercredi nous reprenons le train pour Bourg St Sulpice. Comme il voulait à tout prix nous emmener à la gare, alors que le connaissant il valait mieux prendre le petit train, nous avons craint jusqu’à la dernière minute de rater le grand train parce qu’il retardait toujours le départ à cause du téléphone et de ses affaires urgentes.
Enfin, nous sommes dans le train, avec 2 minutes d’avance ! Douze heures à nouveau, c’est bien trop long, la prochaine fois on prendra la voiture via la Suisse. La même destination et la même distance depuis Paris exigent 6 heures.
Le plus dur c’est que 100 km avant Lyon l’admirable contrôleur nous a fait savoir qu’on serait en retard et qu’il notait ceux qui devaient changer de train. Très bien, mais quand on a vu le train s’arrêter et ensuite traîner on s’est dit que les 40 minutes pour le changement allaient être absorbées. A ce moment l’hyper-aimable contrôleur a rendu le haut-parleur muet.
En fait, on a eu 1 minute pour changer et sauter dans le dernier train. Il paraît que la SNCF paie l’hôtel ( ?). En tous cas dans les grandes gares on ne peut attendre les retardataires à cause des
aiguillages qui fonctionnent toutes les minutes. Chère Bourg Saint Sulpice, te voilà enfin vers les 23 h et demie ! Trois fois : ouf !
Chapitre III
Vous n’avez jamais été en pèlerinage. Moi si, une deuxième fois, depuis peu.
Les femmes voulaient retourner à la Salette où nous étions allés il y a deux ans. Lors de ce voyage qui consiste à se transporter un peu après Grenoble, La Mure et Corps, en tout environ 220 km, le car avait mis 9 heures, ce qui correspond à la distance de Bourg St Sulpice à Cannes. Leur système c’est de visiter les montagnes en passant par la Maurienne. Donc on montait, on tournait et on redescendait. Comme je n’avais pas regardé la carte je croyais toujours arriver. Le tourisme en Savoie c’est plutôt superflu pour des Savoyards mais il y en a qui ne s’en lassent pas même s’ils sont crevés à l’arrivée.
Cette fois-ci elles ont raté le car ; il a fallu prendre la voiture, ce qui fait trois petites heures. Beaucoup moins fatigant ; je ne suis pas du tout d’accord qu’en pèlerinage il faille souffrir.
Comme je ne voulais pas prendre l’autoroute vers Grenoble il est évident qu’on y a été guidé et qu’on l’a pris. Arrivé à 20 km de Grenoble, il a fallu sortir à cause des ralentissements.
Ensuite, il fallait monter 15 km depuis Corps mais contrairement à ce qu’on nous disait ce n’était rien de plus qu’une agréable route de montagne qui n’avait pas de quoi faire peur à des Savoyards sans souche.
Dans la voiture il y avait Olfra, Zibeline et Blanchette.
Comme vous ne connaissez pas cette dernière il faut que je vous en parle car c’est un numéro. Son souci principal c’est de regarder par la fenêtre de sa maison du Blossel afin d’apercevoir les évènements, c’est-à-dire les voitures qui s’arrêtent au parking et les quelques piétons qui viennent du fond. Malheureusement il ne se passe jamais rien. Il faut aussi garder la clé sacrée de l’entrée et même la clé de sa fille qui demeure à côté. En somme il faut toujours être là.
Vous avez deviné qu’elle est née là et qu’elle y restera jusqu’au bout. Sa cousine a voulu l’emmener à Paris, tous frais payés mais il a fallu un bon mois pour la convaincre. A la suite de ce séjour elle ne voulait plus revenir ! Preuve que l’occasion fait le larron, mais la poussière recoince bientôt les vieux rouages nés au Blossel.
Elle croit que seuls les pères font les enfants, elle adore les cimetières remplis de ses ancêtres et mijote le lapin comme personne. Voici donc un aperçu de l’ambiance :
à Blanchette (Solange)
Seul un ange
Peut naître de son seul père.
Seule une ange
Peut cuire le lapin comme sa mère
Et pétrir la polenta au Beaufort
Afin d’accueillir ses cousins,
Et les faire saliver fort,
En sirotant le bon vin.
Au Blossel elle domine,
Mais parfois elle se mine
En guettant de lointains Parisiens
Qui se marrent pour des riens.
C’est l’été, les tribus primitives
Entament des actions punitives
Pour compliquer des liens usés,
Faucher du voisin les mélèzes,
Doper les palais bien amusés
Et attaquer de vieux Balèzes.
Seule une telle Solange, en ses biens,
Du hameau les anciennes traditions retient.
poète anonyme du XXIème siècle
Le magnifique cimetière de Villardâgé qui vient de coûter la bagatelle de … d’après le journal (je ne vous le dirai pas !) réclame toutes ses dévotions :
A Blanchette toujours en panne de cimetière,
On offrirait bien au chef-lieu une chaude litière
Pour qu’elle puisse les nouvelles tombes contempler
Et parmi les fleurs en plastique ses prières redoubler.
On a donc fêté en mai sa fête de façon très digne et très arrosée; voici la carte postale de ce jour:
à la Sainte Solange
Avez-vous aperçu cette belle donzelle
Sous l’ardent soleil du vieux Blossel ?
En son intérieur elle a toujours vingt ans
Même si les choses ont varié depuis longtemps.
On avait épuisé la réserve des Séraphins et des Anges
Et comme on ne pouvait l’appeler Archange
On chercha parmi des prénoms bien étranges
Pour lui donner finalement le beau nom de Solange.
Aujourd’hui c’est sa fête et l’habile itinérante coiffeuse
A transformé la Primevère en une Diana radieuse.
En un instant elle oublie tous ses pleurs
Devant de multiples bouquets de fleurs.
Puis elle est invitée par d’imaginatives cousines
A déguster à Bourg toutes sortes de plats de Chine
Bonne fête donc, Solange des barillons et des lapins.
Il ne manquait plus à nos souhaits que ce festin.
Sa spécialité goûteuse c’est la préparation du lapin, évidemment une bestiole élevée en air pur avec des nourritures sélectionnées. Le dernier que nous mangeâmes m’a beaucoup ému. Voici son sort enviable :
à Jeannot Lapin
Jeannot bricolait l’herbe molle
Mais soudain, manque de bol,
Retentit un bruit de casseroles.
Un bouillant et pragmatique Eric
L’étend alors d’un coup de trique.
Le Puissant bientôt enlève ses grises nippes
Et de son grand couteau froidement l’étripe.
Les invités remettent le bout de gras
Sans même que pensent tous ces ingrats
Que Jeannot serait encore dans ses draps
Si n’avaient si faim, ces beaux malfrats.
Calés par la polente, les babines bien lustrées
Ils ne songent qu’au succulent repas
Que l’habile Solange en ses fours concocta.
Personne en son gîte aujourd’hui ne veut rentrer.
Un autre Jeannot broute et ronge dans le pré.
Quand allons-nous à nouveau nous bâfrer ?
Dur, dur d’être pris pour des retraités :
Le travail, avant, nous donnait tant de dignité !
L’ingratitude des invités fut consommée en un seul jour.
Nous sommes donc partis à la Salette à quatre. Trois femmes : quelle situation agréable pour un fainéant !
Si j’ai voulu quand même retourner à la Salette c’est à cause du lieu qui est magnifique et très reposant. La Vierge a bien choisi ces petites montagnes rondes et le lieu est situé à 1900 m. Pèlerinage ou vacances c’est vraiment le pied. L’unique hôtel est moderne à l’étage où nous étions ; ce n’est pas la même chose pour les niveaux inférieurs où il arrive quelquefois de se loger à quatre mais comme dit une de ces victimes : il faut souffrir… Chaque fois nous avons eu la chance d’être très bien logés.
Comme nous savions depuis un certain temps que nous allions faire ce déplacement et que l’évêque accompagnerait le groupe de pèlerins il m’est venu l’idée de lui faire un poème. L’inspiration m’est venue à cause de son nom. Je ne l’avais entrevu qu’une fois. Dans mon enfance les évêques mettaient à peu près trois kilomètres entre le fidèle et eux-mêmes. Il paraît que c’est changé, la suite nous le dira. Bien sûr je n’avais rien de particulier à lui dire. Dans cette religion un « fidèle » se sent toujours un peu « infidèle » et gêné car il a constamment quelque chose à se reprocher, contrairement à une certaine religion que je ne nommerai pas selon laquelle on a raison pourvu qu’on lui appartienne.
Par hasard, je me trouvais à l’arrivée du troisième car en provenance de Chambéry. Olfra m’avais bien dit de ne pas attaquer sec dès le début mais rien ne m’arrête. L’évêque qui est d’ailleurs archevêque mais je ne vous dirai pas d’où (non ce n’est pas de Palmyre !) et qu’on appelle parait-il « père » et non « monseigneur » comme au Moyen-Age ou au dix-neuvième siècle, fit sortir du car sa grande silhouette de 1,90 m (on disait aussi :« Sa Grandeur », si je ne m’abuse) en premier puisqu’il était assis à côté du chauffeur. Après 9 heures de voyage il m’a semblé pompé. Tandis qu’il prenait son bagage à main je lui ai remis le papier suivant en bredouillant :
»En guise de bienvenue je vous remets ce modeste poème ». Il l’a pris sans manifester de surprise (On doit lui en remettre des âneries !) en me disant poliment « merci ».
à Mgr Laurent Vinokourov
Irrespect
Il n’a pas encore gagné le Tour de France
Mais son nom lui garde toutes ses chances.
Du genre costaud, energeticus episcopus
Il veut modifier nos coutumes et nos us,
Pour les rediriger vers les étoiles des cieux
Et y entendre les appels pressants de son Dieu
Dévotion
Toujours sur le gril, Laurent visite le lieu de Salette,
Où on aperçoit au loin des monts bien ronds
Et où paissent encore quelques blancs moutons,
Avant sa future visite à Notre-Dame des Vernettes.
Histoire
Ils nous disent qu’après une apparition courte et unique
Aucun miracle n’est venu prouver aux catholiques
Que la Vierge a réellement voulu relier brièvement
Le monde des rampants à celui des dispensés du temps.
Les bergers eux-mêmes, malgré la vigilance de croisé
De Jean-Paul, ne furent ni vénérabilisés ni canonisés.
Le vrai miracle ce sont ces bâtiments, cette basilique,
Hardiment érigés après un seul message sans réplique.
Pélerins
En l’an 2001, beaucoup nous impressionnait
La piété antique et profonde des Polonais
En ce lieu qui n’inspire que des sentiments de paix.
Nul doute qu’aujourd’hui reprenant le relais
Les pèlerins de 2003 trouveront chez cette Dame
Bien des idées d’en haut pour raviver leur flamme.
Révélation
Vous savez, sans doute, pourquoi Marie apparaît
Sur des montagnes ? Bien sûr, elle aime les bergers,
Mais surtout, ses ingénieurs lui ont secrètement suggéré,
Que pour repartir, moins coûteux serait le trajet !
Sanction
Son humour lui fera-t-il le rimeur épargner
Va-t-il pour son audace l’excommunier ?
En fait, je l’ai revu le lendemain ou le soir même et il m’a assuré qu’il avait tout lu mais ne m’a pas parlé à cause du bien connu sérieux ecclésiastique des économies de carburant.
Il y a une grande basilique et au moins une chapelle. Cette dernière est toute ronde avec des vitres énormes et totales donnant sur la montagne ; elle est bien sûr très neuve. Elle plait même à des handicapés dépourvus de sens artistique. Habituellement, les étrangers l’occupent pour célébrer leurs messes et toute la journée ça n’arrête pas. On trouve des gens de l’est de l’Europe : Allemands, Autrichiens et Slaves (Polonais surtout). Je n’ai jamais entendu parler anglais et il n’y avait pas de Hongrois en groupe. Une fois, j’ai essayé d’écouter la messe de six fidèles et de deux curés pour reconnaître leur nationalité. C’était slave mais pas russe ou ukrainien : j’ai parié un euro que c’était bulgare mais en les interrogeant j’ai su que c’était tchèque. Le « gospodin, gospodin » (= seigneur) et l’accent sur la première syllabe n’étaient pas suffisants pour établir mon diagnostic. C’aurait pu être Slovaque. Peut-être que l’acoustique est moins bonne que la qualité du lieu ne le laisse penser.
Les Polonais sont très nombreux depuis qu’ils ont un pape (Ce dernier aurait été garanti pour 96 ans s’il n’avait reçu toutes ces balles dans le buffet grâce à un âne qui ne sait même pas pourquoi il l’a fait).
Les Italiens sont bien sûr là aussi mais comme ils sont partout on ne les voit plus.
Les pèlerins vont à la messe ou n’y vont pas ; personne ne va leur dire quoi que ce soit. Il y a de magnifiques sentiers sur la montagne sans arbres. Le pèlerinage a lieu toute l’année sauf un mois en hiver et il y a des centaines et des centaines de visiteurs. Il y a même des dortoirs pour quelques milliers. Aucun commerce forcené comme à Lourdes.
Le restaurant accueille tout le monde et le matin il y a même des jus de fruits et un croissant qui provient de la fabrication personnalisée du seul boulanger du bas. Les serveuses sont des jeunes en provenance de Pologne (oh Malgorzata !), Russie (oh Youlia !) et autres lieux décommunistés. Des Italiennes aussi. Tous ces jeunes, filles ou garçons, sont sans doute étudiants et travaillent pour le séjour, et certains sont entièrement bénévoles.
Le premier soir on a fait la procession à la bougie, avec un carton de protection en italien, en polonais ou en français et en allemand, selon la couleur. L’évêque qui voulait passer inaperçu comme un pèlerin ordinaire avait beaucoup de mal à réaliser son souhait car c’est le plus grand. Cependant, Zibeline qui se trouvait à côté de moi, me dit : « Où est l’évêque ? » « Il est derrière toi ! ». Celui-ci a du entendre mais n’a fait mine de rien ; incognito oblige.
On l’a souvent rencontré dans les couloirs et le deuxième jour au lieu de manger avec les huiles il a mangé avec nous, le vinaigre car il faut de tout pour faire la salade. Il connaît évidemment tout le monde et comme lui a dit une pèlerine « S’il travaille aussi fort on va bientôt nous l’enlever ». Quant à moi j’ai eu le culot de dire : »Dépêchez-vous de nous serrer la main car quand vous serez pape vous n’aurez plus le temps ! » Dans vingt ans il sera au point, je pense. Une autre pèlerine, très diplomate lui a dit : » Quel est votre régime pour maigrir ? » En effet, l’année dernière je m’étais dit : « Si à son âge (50) il attrape une bedaine, avec sa stature il va filer un mauvais coton »… mais il n’a pas répondu. Comme il me regardait j’ai dit : » Mais je ne suis pas évêque !».
Il a quelque chose de spécial : ce n’est pas de la bonté ni de la sagesse, mais une caractéristique « apostolique » indéfinissable. Question de métier !
Le lendemain après-midi on se réunit dans la salle de projection pour poser des questions au chef. J’avais fait une sieste.
( Le matin j’ai 20 ans et le soir au moins 50 ; pour les pannes d’appareil ou d’ordi il vaut donc mieux commencer le matin ou après la sieste car j’ai alors encore 20 ans. Un agitateur de radio et de TV a dit qu’en faisant la sieste il vit deux fois 24 heures, ce qui lui donne maintenant 152 ans).
Je ne voulais pas aller écouter les discussions car c’est barbant en général mais j’y suis allé une demi-heure avant la fin. La dialectique du prélat ( quel drôle de mot bien suave !) est solide comme celle de quelqu’un qui a un doctorat en théologie et qui connaît l’histoire et l’apologétique. D’après lui notamment il y a les veinards qui ont la chance de connaître la révélation et les milliards d’autres qui ne la connaissent pas ou ne l’ont pas connue. Ce qui semble ressortir le plus vraisemblablement de ces discussions c’est l’impression qu’ils ont la même chance que les veinards, mais peut-être suis-je hérétique sur ce point ? D’habitude on ne s’occupe pas dans l’Eglise des individus qui n’ont pas eu cette révélation.
Les questions au début sont inexistantes et après n’arrêtent pas. J’ai réussi à en poser une sur l’absence de mariage des jeunes mais il était bien tard, d’autant plus qu’il s’est lancé dans l’éloge du mariage civil qui est « un vrai engagement ». J’étais bien sûr d’accord avec lui puisque le mariage civil c’est plutôt la maison et que le mariage religieux constitue plutôt la peinture. Comme il n’avait pas répondu à ma question je l’ai poursuivi dans le couloir et il m’a finalement dit que c’était l’époque qui provoquait cette attitude des jeunes et que ça changerait sans doute.
En somme, ça les embarrasse vraiment. S’il y avait en fait plus de mariages (civils) le religieux suivrait comme d’habitude. Il est certain que si le mariage, fait à l’origine pour les femmes et les enfants, n’est plus voulu par les femmes, ce ne sont pas les hommes qui en redemanderont !
Par la suite, pendant qu’il s’humectait le gosier à partir d’une horrible boîte métallique d’eau minérale j’ai pu parler avec lui une demi-heure de choses intéressantes que j’ai oubliées mais j’ai été interrompu brutalement par Blanchette parce que, je l’ai su par la suite, je « l’ennuyais » du fait qu’il ne m’avait pas dit de m’asseoir ! L’informalité du lieu ne rend pas vraisemblable la raison supposée de cette intrusion. Tout de suite après, un Savoyard de ses connaissances, qui s’est assis, lui a parlé de cloches.
(J’avais quand même eu le temps de lui glisser une vacherie écrite :
La Vierge m’est apparue en songe et elle m’a dit :
« Wawrzeniec avant dix ans sera in petto »
Qu’est-ce que cela veut dire, chef ?
/ W., de façon surprenante, veut dire : Laurent en polonais et chacun sait que chaque pape, pour ne pas faire de jaloux de son vivant, nomme des cardinaux in petto ( = secrètement) dans son testament/).
J’ai aussi réussi à interviewer le religieux accompagnateur pour lui demander perfidement pourquoi la Vierge apparaissait sur les montagnes : bien sûr, elle aime les bergers mais elle pourrait les voir plus bas. Manque de chance, il m’a dit très sérieusement que c’était souvent en plaine. Je n’ai donc pas pu le piéger avec « l’économie » de carburant (quel enfantillage pour un vieillard !).
Avec les religieux je n’ai pas beaucoup de chance en général. En effet, comme dirait Confucius :
Il sont tous bien confis en dévotion
Comme la cuisse de canard dans la graisse.
Faut-il que cela change ou cesse ?
Mais non, puisque c’est leur passion.
En effet, lors de la récitation de l’histoire de la Salette par le recteur j’ai essayé de le contacter pour lui demander ce que tout le monde lui demande (Il n’en a pas assez d’entendre et de dire la même chose ? Tous les jours !) ce que sont devenus les acteurs de l’apparition. La Vierge on sait qu’elle est remontée pour revenir à Lourdes peu après, mais les gosses ? Ils sont devenus rien de bien spectaculaire : le garçon à qui on donnait la goutte trop souvent est mort à 40 ans après avoir été escroqué par un type qui a profité de son nom. On avait bien essayé d’en faire un curé mais c’était à peu près aussi facile que d’enfoncer une fleur dans du granit ? La fille plus ou moins religieuse a été trimbalée jusqu’en Italie où elle est morte à 70 ans et quelques. Aucun n’a donc fait du très clinquant et du très voyant.
C’est pour cela qu’à Lourdes l’évêque du lieu a cherché tout de suite à protéger Bernadette de l’extérieur. On frémit à ce qui arriverait avec la concupiscence de la télévision Américaine actuelle.
Comme ce recteur a un nom historique très breton et que je connais les familles historiques que j’étudiais pour me relaxer quand je travaillais trop, je connais évidemment celle-ci. Le deuxième jour je lui ai donc dit
: « Noble descendant des Croisés (ce qui est passé assez bien, puisque le mot « Croisé » est religieux) y a-t-il eu beaucoup de religieux dans votre famille (qui a mille ans) ?
Il ne m’a répondu ni oui ni non et j’ai vu que ça l’a déconcerté alors qu’il le sait sûrement. J’ai même ajouté bêtement que dans le temps ils étaient évêques tandis que sous la République c’était moins facile. Voyant que cela ne donnait rien j’ai demandé si la famille n’était pas éteinte et s’il avait quelques cousins pour transmettre le flambeau. En effet, la rupture de cette continuité est navrante car celle-ci relève d’une exception proprement miraculeuse.
Là aussi il vaguement dit qu’il ne savait pas. Du moment que ce n’était pas religieux aucun renseignement ne sortirait de sa bouche. En rentrant j’ai ouvert mon Bottin mondain de 65 et j’ai découvert deux pages entières de bretons de ce valeureux nom qui en fait est triple ! Donc, pas d’extinction ! A son prénom il y avait la mention : en religion, ce qui veut dire qu’il a coupé tout lien.
Ce lieu n’a pas fait de miracles spectaculaires mais Zibeline qui ne dort pas a récupéré le sommeil il y a deux ans mais seulement pendant trois mois. Le but n’était donc pas de s’étendre sur le lit en entendant Blanchette ronfler à côté d’elle en disant au réveil qu’elle était très fatiguée, mais bien de dormir plus de deux heures. Le miracle a-t-il eu lieu à nouveau ? Elle ne me l’a pas dit.
Après trois ou quatre jours, le dimanche, nous sommes repartis tout reposés et tout chauds car le soleil était le même. Je ne voulais pas repasser par Grenoble et qu’est-ce qui est arrivé ? Nous nous sommes retrouvés à Grenoble bien entendu mais il n’y avait personne : c’est un dimanche. En plus, au lieu d’aller directement à Albertville il a fallu se tromper et nous avons roulé vers Saint-Jean de Maurienne. Heureusement un éclair de lucidité nous a remis dans le droit chemin.
Nous aurions bien aimé boire un petit coup pendant la route mais à part une terrasse vide que nous avons manquée il a fallu tirer la langue jusqu’à Bourg St Sulpice. Aussi, dès que fut en vue le Tonneau qui est toujours ouvert j’ai freiné des quatre fers, à la surprise indignée de Blanchette qui voulait d’urgence retrouver son Blossel où il ne se passe RIEN. Elle a donc négligé sa limonade mais nous, nous avons humecté dur.
Quelques jours plus tard il a fallu aller aux Vernettes, autre pèlerinage réputé situé bien moins loin mais dont on parle tout le temps. La montée de Bésé-Lancroix nous mène vers des terrains bien verts et il faut alors terminer par un chemin poussiéreux. Impossible de savoir si ça monte un peu ou beaucoup car les Savoyards ne s’en rendent pas compte. Pour décourager les voitures d’arriver jusqu’au bout les premiers cent mètres de ce chemin sont affreux mais en fait le reste n’a rien de terrible. Un kilomètre cinq cents à pied ce n’est plus très dur car la pente a été plus ou moins oubliée. Voilà la vérité !
Ce qui m’a fait râler c’est que des tas de voitures sont passées avec plein de gosses et quelques mémés. On aurait donc pu y aller aussi.
L’évêque est passé aussi puisqu’on l’a retrouvé en haut.
Du coup je vais l’appeler : Pelegrinus energeticus.
Après une messe en plein air tous ont picniqué, y compris les curés qui tutoient l’évêque comme si on était en 32 après Jésus-Christ.
Le chef a fait une homélie tellement détaillée qu’Olga et moi nous sommes redescendu en courant pour éviter la pluie qui nous a rattrapés malgré tout. J’ai perdu mes lunettes de soleil de marque dans la précipitation de la descente du talus. Vous ne les auriez pas vues ?
Dommage qu’on n’ait pas pu jouir davantage de cette belle journée. Les pèlerins venaient surtout de Bourg et de Villardâgé ; on les connaissait en majorité. Pourquoi ne pas rester dans notre trou alors ?
Les questions religieuses dont on parle le plus souvent concernent presque toujours la sexualité. En effet, ce sont des questions irrésolues puisque aucune religion n’a réussi à la contrôler complètement.
Il y a un relâchement et une liberté totale de la part des jeunes et des moins jeunes mais curieusement l’Eglise n’ose plus jeter l’anathème. Il y a moins de dix ans lorsque le curé a baptisé un môme que je connais il a failli tomber à la renverse lorsqu’il a voulu faire signer les parents qui n’étaient pas mariés. Actuellement par prudence on ne cite les parents dans les annonces que par leurs prénoms !
Si c’est l’Esprit-Saint qui gouverne le monde et non le diable n’est-ce pas un appel constant des jeunes aux officiels de l’Eglise ?
Etes-vous sûrs qu’on ne peut rien changer ?
Les curés sont moins nombreux et même en voie d’extinction puisqu’ils ne se multiplient pas eux-mêmes, comme le vulgaire peuple.
On dit qu’il faudrait les marier juste au moment où il y a une désaffection redoutable pour le mariage officiel. Ceci résoudrait peut-être quelques problèmes matériels et affectifs mais je comprends qu’ils ne veuillent pas être confrontés à la pilule, à la venue d’enfants, à l’adultère, à la séparation et au divorce qui sont inévitables. Il faudrait bien à ce moment qu’ils changent quelques règles ou sinon personne ne les suivrait plus.
L’espèce humaine est théoriquement complète quand elle est en couple. En choisissant d’être seuls les curés ont décidés de ne pas être complets. Jusqu’ici tout marchait à peu près. Est-ce nécessaire d’être aussi complet que possible ? Il est probable que ce serait un progrès : être plus proche des problèmes du troupeau n’est pas nocif et dire qu’on a plus de temps pour s’en occuper en étant seul ne tient pas debout car beaucoup de gens travaillent davantage qu’eux.
Anciennement, seuls les ambitieux et les évêques n’étaient pas mariés. Mais ils avaient tellement de maîtresses au Moyen Age et plus tard !
Seraient-ils plus nombreux en couples ? Peut-être un peu, mais il y aurait certainement une grande transformation lente et progressive.
Le mariage religieux est probablement basé sur la parole célèbre : « Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni ». Tout cela est bien beau, mais que pensez-vous de ceux qui s’engueulent le premier jour et pire encore le lendemain de la nuit de noce ?
Dieu regardait-il ailleurs ? L’annulation religieuse est faite pour le monde d’en haut mais les autres n’y recourent pas. Pourquoi être si impitoyable avec les divorcés ? Ils s’excluent eux-mêmes, c’est officiellement entendu mais c’est trop lourd pour de simples humains. Certains ne sont pas faits pour le mariage éternel, surtout s’ils vivent longtemps.
En pratique, on constate d’ailleurs que ceux qui ont obtenu l’annulation religieuse re-divorcent et se remarient jusqu’à 8 ou 10 fois. On le sait puisque ce sont des vedettes de l’argent ou de la renommée.
Comme ce chapitre n’est pas fait pour pleurer je vous donne rendez-vous pour un prochain et joyeux voyage qui ne sera pas forcément confronté à des problèmes raseurs ou sérieux. Bien souvent les problèmes de ce type sont créés de toutes pièces, comme a dit un grand philosophe !
Chapitre IV
Il y a beaucoup d’anniversaires en juillet et en août comme si les parents n’avaient travaillé qu’en octobre ou novembre, après les foins.
Ces jours-ci c’est la date fatale pour Arthur, le beau-frère, qui habite l’autre partie de la vieille maison.
Sa descendance est compliquée puisqu’il a un petit-fils Japonais, une fille Vietnamienne de quatre ans et deux petits-enfants très bruns, en plus de quelques enfants blancs. Les trois races sont donc réunies et ce n’est pas de sa faute si ce microcosme rassemble la population mondiale. Sa culture est extrêmement à droite, ce qui le place parmi les gens normaux puisque tout individu normal a des contradictions internes ; du moins c’est ce qu’on m’a dit lorsque je n’ai pas étudié la psychologie.
Il est temps de s’occuper de lui car par cette date il change de décade. Ce qui l’a plus ému que le texte ci-dessous c’est le cognac H. de P. et les autres cadeaux.
à Arthur
Sa mère l’a fait en ses vingt-et-un printemps,
En ce jour il côtoie, il gravit les soixante-dix ans
Et bien de ses descendants multicolores l’entourent;
Mais une couleur manque, elle viendra à son tour.
Un jour il s’envola pour le lointain et chaud Vietnam
Et ramena en fanfare une belle et souriante dame.
Entouré en permanence de joyeuses jaunes peu âgées,
Son grand souci est de tenir en laisse ces enragées.
Jusqu’ici le ciel nous gâta de ses rayons brûlants,
Va-t-il changer d’humeur et devenir ruisselant ?
Quels que soient ses caprices, c’est fête à Villardâgé,
Car l’équipe blanche aussi se prépare à boire et manger.
Vu la vigueur obstinée de tes ancêtres, nul ne doute
Que ce septuagénariat n’est que le début d’une route
Et que tu observeras bien des démarrages matures
Des très divers rejetons que te donna Dame Nature.
Bon et joyeux anniversaire de la part des assistants
Et de ceux qui n’ont pu ce jour être présents.
24 juillet 2003
C’est bien ennuyeux que vous n’étiez pas là : on s’est bien re-vitaminé avec les nems maisons, les feuilles de menthe et tous les desserts et surtout les vins de Savoie et d’ailleurs. L’ambiance était très bonne et le soleil comme d’habitude un peu trop familier. Le peu bavard a même parlé couramment. Une très agréable journée.
Au mois d’août il n’y a eu que trois anniversaires, dont celui du petit fils, Clovis. Vous savez c’est celui qui a râlé l’année dernière parce qu’il était obligé d’avoir quinze ans comme son frère pour avoir un ordinateur. Ca viendra, ne pleure pas, et dans deux ans ce sera un plus compliqué, bien moins cher qu’aujourd’hui (Mais tu te désintéresses royalement des prix, ce sont les vieux qui paient !).
à Clovis 13
Le fils de Mérovée le Chevelu, Clovis à l’air farouche,
Sort sa grosse voix d’ogre de sa fine bouche.
Le soleil se met à rugir ; en août, c’est banal
Mais en cette année bleue il est franchement brutal.
Bientôt treize ans ? Mais c’est ce soir, bien sûr!
Pourquoi sont-ils tous là ? L’année est fin mûre !
Je me demande si un cadeau t’attend à côté.
N’est-ce pas craquant de vieillir en ce bel été ?
Dommage que nous soyons ici à Villardâgé.
A Choisy je suis certain que toutes ces enragées,
Les fans du beau blond, ne manqueraient pas de crier :
Bon anniversaire, tes douze ans tu peux te les ranger !
En ce lieu bien plus haut et plus solennel
Restent allumés de vieux avinés et des chandelles
Mais ça ne nous empêche pas après tout
De festoyer dur et de manger comme des loups.
Garde ton look de Conan, fils des temps passés,
Repeigne ta mèche : tes teens ont commencé.
Vois toute ta famille assemblée, elle prend photo
Pour se souvenir de ce jour, fini bien trop tôt.
12 août 2003
Je ne vous raconte pas ce qu’on s’est mis dans le gosier à une trentaine au moins. Pour une fois parmi tant d’autres j’ai fait la vaisselle. Je suis donc très au courant.
On ne peut hélas avoir que de bonnes nouvelles. L’email est arrivé ce samedi :
« J’ai l’immense chagrin de vous dire que Daniel a eu une crise cardiaque massive vendredi. Il est dans le coma et il y a peu d’espoir de la sauver. »
Je le connais depuis longtemps et je le voyais presque tous les jours au travail quand nous étions dans le 77. Il avait eu un double pontage un peu avant 60 ans (cholestérol ?) et s’était arrangé pour ne plus travailler par la suite parce qu’il était sûr d’être mis à la porte du fait qu’il avait raté une annuité de brevet pour un client. A cet âge il n’aurait plus trouvé de travail à l’époque. Ce cabinet de brevets d’invention avait une assurance pour ce genre de faute mais le patron ne lui aurait pas fait grâce.
Sa femme l’avait divorcé et il s’était remarié il y a un an, après avoir connu sa deuxième femme grâce à internet, donc d’une façon très tendance.
Je me souviens de lui avoir envoyé un texte, court mais optimiste, pour ce mariage. Il était daté du 20 août 2002 ; donc de moins d’un an. Le voici :
Au sire de la Colinière
Oubliés les vieux remue-ménages,
Il vend sa maison à deux étages,
Et bientôt consomme le mariage.
Serait-il également un sage ?
Sa chemise rose a pâli
Devant la belle Nelly.
Tous deux atteints d’internet-ite
Fondent ce mois-ci un nouveau gîte.
On le savait très débrouillard,
De là, à coloniser le vieil Ozoir !
Du Lésigny aux trente annuités
Il ne reste que le charme breveté.
Nos meilleurs vœux chaleureux accompagnent
Le jeune poisson et sa frétillante compagne.
(Ce n’est pas tout de viser une plage.
Il faut des euros pour toucher le rivage.
Acceptez donc ce faible témoignage
De notre grande amitié de tout âge.)
Poète anonyme, attardé au XXIème siècle
Villardâgé, le 20 août 2002
Au moment où je lui ai écrit le message suivant on le débranchait des appareils respiratoires, à 65 ans.
Nous n’avons connu que les aspects positifs de cet ami. Tout le reste qui est privé ne nous regarde pas. Comme nous n’avons pas pu aller aux funérailles et comme nous ne le voyions plus que tous les ans depuis notre déménagement en Savoie il nous semble qu’il est encore vivant ; il suffit de faire un voyage. Il est venu ici bien sûr au moins une fois pour se rendre compte du cadre où nous vivons. Cette perte nous a secoués beaucoup plus que nous ne l’imaginions, surtout parce qu’il était impossible que lui nous fasse cela. Je n’y crois pas encore aujourd’hui d’ailleurs.
à notre ami Daniel
Ils viennent tous : le fils d’une lointaine Guadeloupe,
Sa fille du sud-ouest, leur mère d’une banlieue tassée.
Ce n’est pas bon signe. Il y a aussi un autre groupe,
C’est la famille nombreuse de son enfance : son passé.
Le joyeux Colin nous a si douloureusement surpris.
Jamais on ne le voyait vieux, il s’est toujours repris.
Il a fallu un août presque désert, une malchance aggravée.
Malgré notre amitié et ses proches, rien n’a pu le sauver.
Pour la première fois il y a deux ou trois semaines
Il s’est plaint de bien douloureux phénomènes
Mais la médecine n’a trouvé que du banal.
Comme d’habitude, ils n’ont rien de génial.
ON POUVAIT TOUJOURS COMPTER SUR LUI,
Les jours heureux et les moments de pluie.
La fumée inhalée tôt nécessite un bel optimisme,
Dire qu’elle est nocive est un faible euphémisme.
Personne n’y croyait quand il a du changer ses tuyaux
Sa bonne mine aurait dû lui épargner ce genre de maux.
Avec lui dans les mêmes brevets nous avons travaillé.
Pendant plus de trente-sept ans on se voyait sans raison
Mais deux années seulement qu’on s’est vraiment tutoyés !
Et on s’est retrouvés par hasard, cherchant une maison.
Dans les e-mails je n’ai jamais réussi à te faire admettre
Que le futur de venir c’est : je viendrai et non : je viendrais,
Ce conditionnel qui n’a plus voulu d’autres jours te promettre,
Avec cette épée de Damoclès ignorée, sur ta tête, sans arrêt.
La dernière fois que nous t’avons vu après la distance
C’est dans ton grand pavillon avec ta nouvelle dame,
Nelly la voyageuse, l’Américaine, que tu as eu la chance
De rencontrer bien tard : trois ans, et c’est ce drame !
Tu m’avais donné l’impression de ne pas autant parler.
Certains auraient dit : il est calmé, il est en mains,
Il ne s’inquiète pas d’aujourd’hui, il a le lendemain.
Rien ne pouvait te DOMPTER, pourquoi cet air voilé ?
Les uns te pleurent debout, d’autres à genoux :
Tu en sais maintenant beaucoup plus que nous.
Pour nous tous tu seras toujours cet amical Colin
Qu’on s’attendait à voir, tout fringant, chaque matin
Michel et Olga, 8 août 2003
Il parait que sa veuve a lu ce message aux funérailles, parce que « ça le dépeignait bien ».
Les deux jumeaux sont nés deux siècles après Napoléon mais un jour avant, 14 août, ce qui fait que tout le temps la famille a été dispersée à ces moments à cause de vacances non synchronisées. Il en résulte que leurs anniversaires ont été rarement célébrés en leur présence. Les cadeaux s’en ressentent. C’est le cas cette fois-ci encore. L’une est à Paris ou Champigny, l’autre à Stuttgart rivé sur son entreprise.
Celle de Paris a trouvé moyen de se distinguer en se faisant gicler un produit dans l’œil, comme si c’était normal de refaire le plancher quand les gosses sont absents. Il faut s’arrêter de temps en temps.
à Anne 34
Une peau satinée, sur-bronzée par le soleil corse
Qui te démange bientôt jusqu’à l’écorce,
L’œil à lentille subitement enrichi de cif.
Y verrais-tu d’un destin malicieux la griffe ?
A Lésigny un service pour un ami a lieu ce jour
Mais tous tes soucis te font manquer ce détour.
Tu as donc choisi de fêter là-bas dans la douleur
Les congés de ton trente-quatrième anniversaire.
Ici ce qui nous console c’est qu’en attentive mère
Tu nous ais confié tes deux chefs-d’oeuvre à humeur.
Dans cette tranche d’âge on ne compte plus,
Profite, profite de ces ans, ça ne durera pas !
Le soleil nous attaque aussi ; il n’a pas plu
Depuis bien longtemps mais pas à pas
L’espoir renaît. Septembre pourrait changer
Nos sécheresses en inondations et prolonger
En soirées humides les clartés des vacances.
Ton jumeau lui-même n’a pas beaucoup plus de chance,
Il est escroqué par deux Turcs en couple infernal.
Vivement une solution à ses ennuis peu banals !
Pour une fois nous sommes en retard de date,
Je glisse en grande vitesse ce billet dans la carte
Et au nom de tous t’envoie nos meilleurs vœux
Pour que dans ta vie tout aille bien mieux.
Arnaud ne viendra pas non plus d’autant plus qu’il a des « esclaves » démissionnaires et des ennuis commerciaux. En effet, les deux Turcs qu’il emploie pour vendre dans la zone industrielle sur laquelle il compte le plus parce qu’il y fait ses bénéfices ont trouvé l’astuce consistant à donner une liste de prix beaucoup moins chers dans le but de faire des delikatessen du même genre dans leur cuisine personnelle. Heureusement une cliente a prévenu Mr. Baguette. Il est obligé de les licencier dans toutes les formes légales et de prendre un avocat qui lui a déjà demandé quelques 2000 euros. Les employés eux ne paient pas l’avocat, en tant que salariés, contrairement au futur milliardaire. Espérons qu’il arrivera à se sortir des combines des disciples d’Allah.
Il a réussi à récupérer la majorité des clients. Quand la vedette n’est pas là tout devient fragile car la poussée des concurrents est forte parmi tous ces exilés.
à Arnaud 34
Le ciel bleu brûle les rampants qui lui font confiance
Mais d’autres sont à l’ombre dans la cuisine suréquipée
Où on produit ces baguettes qui donnent leur pleine chance
A des travailleurs sortant voitures utilitaires et coupés.
Le chef relève quelques manquements et rassure,
Son souci est toujours de garder fière allure
Pour dompter ses esclaves et attirer les clients,
On ne sait jamais, ils pourraient changer de fabricant.
Hélas, d’horribles Turcs en couple noir diabolique
Cherchent à faire couler la boutique dynamique
Mais Mr Baguette relève le défi et attaque sec
Pour contrer les méfaits des enfants de La Mecque.
Dans son magasin où on se régale de pain baguette
De crêpes à recette Olfra et de sandwichs inventifs
Rien ne peut ébranler la foi innocente du fier exécutif,
Même si d’affreux bronzés étroitement le guettent.
Cet optimiste de souche stable va sur ses 34 printemps.
C’est le moment aujourd’hui, un petit jour avant,
De lui souhaiter tous les bonheurs de sa compétence
Et beaucoup de bonnes surprises, dues à la chance.
Bon anniversaire, Arnaud, en cette Germanie compliquée
Au nom de toute ta famille, par l’ardent soleil traquée.
Ne restons pas là : la fête supposée la plus importante de la Savoie c’est le 15 août à Villardâgé. De plus loin qu’ils habitent ils viennent préparer l’Assomption pendant des semaines. Jeunes et moins jeunes y passent beaucoup de temps avec le récent maire qui a l’âge de travailler et un ou deux enfants à l’école. C’est bien d’avoir un maire retraité car il est là tous les jours mais un maire à l’âge dit actif renouvelle davantage les sphères d’intérêt et innove ou répare dynamiquement. C’est le cas de Phébus Noël-Ruisselard.
J’avais prévu le soleil ( !!!) dix jours avant et rédigé un compte-rendu prophétique de cette fête. A un jour près il n’a pas plu et je n’ai pas été déçu du tout par l’évènement.
Villardâgé, le 15/VIII/2003
Où sont les durs et venteux quinze aoûts d’antan
Quand on luttait contre le mauvais temps ?
Le soleil est un énorme concentré de mouches
L’horizon, les monts et la fournaise se touchent.
Je vous ai vus à l’église pour la messe ;
Il faut au moins l’Assomption en kermesse
Pour que vos travaux bien séchés cessent
Et que vous vous mêliez à la foule en liesse.
A Villardâgé les généreux intermittents du spectacle,
Hors politique, ne finiront pas en minable débâcle.
Un à un, artistiquement, sur des chars ils défileront
Pour qu’on admire des jeunes vieillis et des tendrons.
Le haut lieu c’est bien sûr l’humide et fraîche buvette
Où se croisent et se choquent Apremont et canettes.
Il est temps de griller les saucisses de picnique
Qui plaisent également à tous ces Britanniques.
Vers le soir un faible espoir hydrofère de fraîcheur,
Mouille un peu les joues d’une fille en rondeur.
Mais ce n’est pas encore le moment de changer
De style : les impers pour de bon sont rangés.
C’est le BAL : les choses sérieuses commencent,
Les Goyets* en goguette démarrent en transe :
Ils dansent.
* = habitants de V.
vieux rimeur anonyme, 15 août 2003
Le fournisseur de saucisses et de polenta doit être content de sa journée car avec les tables accueillantes installées sur l’herbe il n’a pas perdu son temps.
Sur les photos anciennes montrant les fêtes antérieures on peut reconnaître des cousins ou des « tous-risques » vivants ou morts car la population des vacances est aussi stable que le groupe permanent.
Le mois d’août est un peu avancé mais il n’est pas sur le déclin. Tout le monde est encore là et le soleil bien que plus aimable s’accroche tous les jours. Les averses ne sont que du vent violent ; ce n’est pas demain qu’elles vont faire chuter gravement les thermomètres.
Vive le mois d’août et ses promesses de fêtes et de fruits !

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