Chapitre V
L’équipe jaune est très intéressante. On rencontre ici surtout des Vietnamiens mais aussi un ou deux Japonais.
Arthur a ramené du Vietnam une femme de 40 ans pendant la saison d’hiver ; elle s’est très bien adaptée au climat malgré le froid. Si on passe l’hiver on est capable de passer toute l’année. L’année chaude en fait les fait souffrir autant que nous car il fait trop sec.
De temps en temps ils retournent au Vietnam pour se recycler. Ils ont la chance d’avoir cette môme de quatre ans qui réunit les qualités de deux races et dont le développement intellectuel est celui d’un enfant de huit ans sans qu’elle perde son innocence de quatre ans. Elle demande des bonbons en disant que sa mère ne veut pas qu’elle en demande mais va tout de suite lui dire. L’éducation n’est pas sévère mais semble avoir de bons résultats. Elle arrive même à donner des bonbons à d’autres enfants. Ils la nomment Mélanie mais elle a un nom viet (Tuyêt = neige) aussi.
Sa mère, Lan, est très active, c’est normal à cet âge mais le jardin la passionne et aussi le bricolage, en plus de la cuisine obligatoire. Si vous aimez les nêms, achetez-lui en, elle en vend.
En cinq ans elle en a fait plus pour entourer le jardin et planter des fleurs que tous les Arthur en 30 ans. Dans ces familles de quinze enfants ou plus il y a toujours la visite d’une sœur ou d’un frère et puis de neveux ou de nièces. Il y en a au Canada, en Allemagne, en Suisse ou en Amérique. En plus dès qu’un jaune voir un autre jaune ils font connaissance, surtout s’ils sont de même langue. A Bourg il y a un restaurant viêt avec des serveurs plus ou moins Chinois et Coréens. Ca fait une ambiance.
On trouve aussi à Villardâgé une Japonaise au moins, Tomoko (= grande enfant)
/ tous les prénoms de fille se terminent par ko = enfant /, qui a fait une fille, Anna, avec un moniteur, Firmin. Lan la garde puisque la mère travaille dans un hôtel. Qui aurait dit cela il y a dix ans seulement ?
Lan a une nièce, Hoa qui a été adoptée par sa tante d’Allemagne qui n’a pas d’enfants. Elle est là depuis deux mois. Quand il ont beaucoup d’enfants il leur arrive de donner une chance à l’un d’entre eux en le faisant adopter par un(e) parent(e). Il est assez facile de voir qu’elle aime mieux la France car ses « parents » sont très occupés : ils ont deux camions et une grande voiture et ils ont déjà travaillé 35 heures quand les autres se réveillent. La môme de 18 ans répond parai-il au téléphone la nuit (en vietnamien ?). Leur business consiste à acheter et à vendre des produits alimentaires. Ce sont des fous du boulot.
Cette fille, Hoa, semble aimer beaucoup plus la France et Villardâgé. Ce n’est pas étonnant : elle doit être très isolée là-bas. Elle aimerait même trouver l’âme sœur sur place mais des oiseaux rares il n’y en a pas beaucoup : ils sont tous en main ou mariés.
Pas très loin de là il y a un veuf de 50 ans, mince et sportif qui est notre copain car on peut toujours compter sur lui. Cette fille s’est mise dans l’idée de le séduire malgré la différence d’âge, ce qui est assez étonnant. Il est probable qu’elle veut rester en France à beau coup de prix. Le problème c’est qu’elle n’a pas l’air très éveillée et c’est un vrai mystère en ce qui concerne la parole. Normalement elle va à l’école en Allemagne mais elle ne comprend aucun mot. La première fois que je l’ai vue j’ai même cru qu’elle était muette ; elle regardait avec ses grands yeux noirs sans dire un mot. Par la suite j’ai bien entendu des tchang, tching, tchong échangés avec sa tante et cela m’a rassuré à ce sujet. Sa tante dit d’ailleurs qu’elle a l’âge de sa propre fille pour le comportement. Je n’en sais rien mais c’est une vraie énigme. Je l’ai vue copier des mots allemands avec traduction viêt ce matin en les prononçant très mal bien sûr et elle écrit très bien en vietnamien.
D’après Armand ce copain, elle vient le voir vers 10 heures du soir et il n’arrive pas à s’en défaire jusque souvent 2 heures du matin. Comme il travaille le lendemain il s’endort presque. Elle lui dit : bébé, bébé en montrant son ventre, ce qui est assez explicite ! Pour plaisanter on lui avait dit qu’en France on fait d’abord le bébé et on se marie ensuite. En tout cas il ne veut pas profiter de la situation, c’est évident. Elle lui écrit quelques mots en anglais qu’il ne connaît pas sauf quelques mots parce qu’il est technicien et ils se comprennent un peu de cette façon. Je pense que maintenant elle a bien compris que ça ne commencerait pas. D’autres en auraient profité mais lui il est très honnête.
Je pense aussi qu’il n’aime pas les Asiatiques que personnellement j’adore. Il ne veut pas l’avouer mais j’en suis sûr après quelques confidences qu’il m’a faites. Il n’est pas « raciste », à proprement parler puisqu’il aime les noires. Il en a même épousé une qui était très malade et qui est morte. Personne que je connaisse n’aurait fait soigner cette personne avec ses propres deniers jusqu’à ce qu’il l’épouse parce qu’il ne pouvait plus dépenser pour son traitement.
En plus, il a définitivement des idées très étroites sur la beauté féminine ; à moins d’un miracle il restera seul et ses lingots iront à ses neveux et surtout à l’Etat.
Il bégaie plus ou moins mais je ne le remarque plus. Comme on m’a dit que lorsqu’on parle une langue étrangère on a beaucoup moins de chance de ne pas bégayer dans cette langue, je lui ai conseillé d’apprendre l’anglais et j’ai essayé de lui inculquer ce langage qui est très utile à cause de tous les Britanniques qui ont acheté des maisons. Hélas, mes efforts sont restés vains.
Au téléphone il ne bégaie pas parce qu’il ne voit pas l’interlocuteur. Et avec la téléphonovision future ?
Cette histoire de langue est stupéfiante à plus d’un titre pour un vieux. Parler allemand pour un ou une vietnamien(ne) est particulièrement difficile à cause de la prononciation. Leur langue est un ensemble de syllabes types, en nombre limité, comme pour le chinois, dont ils n’arrivent pas à sortir. Réaliser des sons nasaux comme in, an, un est certainement impossible à l’âge adulte. La tante Lan n’arrive pas à dire pain : elle entend : pa. Même un mot comme menthe pose problème car ils entendent men mais pas tellement le te muet. Ce t devrait appartenir à la syllabe précédente. Cette fille prononce Jackchonn’ au lieu de Jackson et un ch est prononcé s. Disons qu’elle particulièrement peu douée pour les langues européennes. Elle se débrouillerait mieux en français mais va à la Schule ( = école) qu’elle prononce évidemment soule.
Est ce que sa tante a raison pour son développement mental ? On dirait effectivement une enfant.
Cette histoire me montre que je ne supporterais pas une femme qui ne peut communiquer avec la parole pour des raisons mentales. Elle pourrait parler n’importe quelle langue, même vietnamien, mais qu’elle parle, qu’elle s’exprime ! Une muette, ce n’est pas la même chose : elle cherche à tout prix à se faire comprendre par d’autres moyens.
Les Japonais sont aussi très particuliers. En général, ils ne tiennent pas à ce qu’on apprenne leur langue, contrairement aux Vietnamiens qui ne demanderaient pas mieux si on faisait un effort que peu de gens font. Dans mon cas, j’ai l’Assimil viet avec le disque mais je n’ai guère commencé bien que je sache prononcer correctement si je le veux. Si je connaissais quelqu’un de familier que je vois tous les jours, d’accord, je ferais ce travail mais ici à Villardâgé nous n’y sommes que l’été. En plus, un étranger sait si bien se faire comprendre qu’il décourage les gens du pays qui voudraient étudier sa langue (lesquels gens du pays ?).
Moi qui ai collectionné les dictionnaires et les grammaires de japonais depuis 20 ans je connais un peu quelque chose. Je dis à cette fille : Konnichi wa ou Ohayô gozaimasu (= bonjour) mais elle ne répond qu’en français et ne cherche pas à m’enseigner quoi que ce soit. Elle parle très bien français d’accord, ce qui fait que son chéri ne s’intéresse pas du tout à son japonais et probablement son anglais. C’est comme si c’était leur trésor que de misérables Européens n’ont pas le droit de toucher. C’était la même chose avec l’ancien mari de la nièce d’Olfra et c’était même pire puisqu’on le voyait plus souvent. Leur fils de 11 ans n’aime pas quand on écoute ce qu’il dit à son père de peur qu’on ne comprenne quelque chose, ce qui est exclu.
La Japonaise qui a presque 40 ans parait 13 ans et sa fille est une copie conforme. Les pères roses n’ont pas grand’chose à faire dans les ressemblances lorsque les femmes sont d’une couleur différente.
Au Japon ils n’aiment pas les mélanges de races pour éviter les ennuis supplémentaires que ne manqueraient pas de subir une ou plusieurs de leurs îles. Ils ont raison sur ce point.
Pour en finir avec cette fille, Tomoko, je lui ai demandé quel était son nom de famille. Elle m’a répondu ; Ozawa (comme le chef d’orchestre). Ca veut dire : petit marais __ Non, c’est petit ruisseau, m’a-t-elle répondu, ce qui est faux, bien entendu. Il suffit de regarder le dictionnaire des noms propres que je possède. Peut-être ne sait-elle pas ce qu’est un marais (Sawa, zawa en combinaison) ? (Pour avoir « petit ruisseau » il faudrait dire : Ogawa, avec o = petit et kawa = ruisseau). Mais non, c’est pour la raison que j’ai exposée qui pour nous est incompréhensible.
Si l’oreille du vieux a capté ozawa (à cause du chef d’orchestre Seiji O.) au lieu de ogawa, par erreur, tout ce raisonnement fumeux s’écroule. A vérifier ! J’ai vérifié : c’est Ozawa (= le petit marais).
On peut ajouter que les noms de famille ont été composés il y a cent ans, sauf pour les noms historiques qui existaient déjà. Il est facile de les comprendre, il s’agit de deux mots, généralement relatifs aux lieux : rivières, montagnes, ponts et champs.
Les prénoms par contre, beaucoup plus anciens, sont souvent incompréhensibles car quelquefois seul le possesseur du prénom connaît les caractères qui le composent et c’est grâce à ces derniers et non grâce au son qu’on peut voir ce qu’ils signifient.
Pour essayer de comprendre l’effet que nous leur faisons il faut voir le film tiré du roman d’Amélie Nothomb (le titre est à peu près : « Stupeurs et tremblements »). C’est quand même la langue la plus difficile du monde, la civilisation lui ressemble forcèment : il ne faut pas y toucher.
Moi j’aime la vie de tribu ; ça ne me dérange pas que la maison soit pleine.
(__Evidemment, ce n’est pas toi qui fais à manger pour tout ce monde. Je suis malade depuis trois jours. Si je n’avais pas eu mes deux filles pour me remplacer qu’est-ce qu’on serait devenu ?
__Je te signale que ce sont tes deux filles qui les ont procréés, ces cinq garnements ; elles en connaissent le mode d’emploi et possèdent leurs clés. Nous, nous les avons perdues il y a longtemps. Moi, d’ailleurs, je suis essentiellement fainéant pour la bouffe : cinq minutes de préparation ça me suffit. Je ne vais quand même pas leur faire des saucisses grillées tous les jours !
En outre, ils n’aiment rien ; parmi les trois petits cornichons ce Valentin (6) n’aime pas avant d’en avoir goûté. Quelle intuition ! Heureusement il ne « gnangnache » plus comme l’année dernière. Hugo, le futé (6,5) qui était si raisonnable et joyeux commence à faire les pires âneries avec les deux autres. Ils ont commencé à enlever tous les crépis du vieux mur du voisin.
Et ce Maxime il fait le maximum de bêtises et ment comme un habitant de la Mongolie. Hier soir il m’a dénoncé : comme on cherchait le chocolat il a dit : « J’ai vu pépé prendre une rondelle de saucisson, c’est sûrement lui qui a pris le chocolat », alors que chacun sait que je ne l’aime pas, c’est trop sucré.
Je vais charger Clovis (13) à la voix de Rébroff de mettre un peu d’ordre dans tout cela.
Quant à l’empereur Adrien (15), sa moustache ne l’empêche pas de faire la vaisselle mais il n’est pas commode. Attention aux teens qui commencent !
__Tu fais un rosbif ; ce n’est pas la peine ils n’aiment que les pizzas et ils laissent la croûte que pépé s’enfile. Quant au poisson n’en parlons pas : il a des arêtes ! Avez-vous vu un poisson sans arêtes ? Même les filets ont des arêtes mais les deux mères retirent les minuscules arêtes comme si elles faisaient de la broderie pour que les petits anges ne s’étranglent pas. N’ont-ils pas des mains comme tout le monde ?
__Je les ai bien eus l’autre jour en leur ramenant des darnes de saumon soi-disant sans arêtes. Si j’avais été seul j’aurais même acheté de grosses sardines mais vider les sardines « qui puent » (elles sentent le poisson !) et exposer une maigre carcasse de poisson avec des arêtes en éventail à la vue de ces désincarnés, c’est impossible. Surprise ! le saumon, nourri comme chacun le sait des farines que ne veulent plus les vaches folles, était excellent, une fois grillé péniblement sur le gril électrique ! Je dis péniblement parce qu’il est très difficile de le retourner sans faire « du patchwork » (patchok).
Il a fallu insister lourdement pour arriver à finir le poisson le lendemain. J’exagère : ils étaient presque civilisés.
S’ils continuent à ne rien aimer on va les enfermer et après quelques jours les trois cornichons auront mangé les deux potirons).
Je me souviens d’une année où les fans ont inauguré le Macdo de Bourg (Venez à Bourg mais pas à cause de ça !). Maxime m’a supplié de l’emmener et j’ai fait mine de pleurer parce que je ne voulais pas y aller. Le cruel riait de plus en plus et finalement pépé a été obligé d’y aller. Ils étaient ravis parce qu’on leur a fait croire que le jouet d’accompagnement était gratuit.
Le mois de septembre commence à montrer son nez, un degré de moins. Aujourd’hui Isabelle va remmener tout son monde : plus que deux, plus la mère Anne que nous gardons encore une semaine. Les vieux commencent à défaillir d’émotion latente et future.
Notre fille Anne la mère des deux mômes restants m’a dit hier : « Je n’aime pas lire » __Pourquoi ? Tu vois clair ? et tu as eu le bac du premier coup comme tes deux frères et ta grande sœur ? __Oui mais je n’aime pas lire. Mystère profond pour moi qui ai tout appris par des livres. Quand on vient d’un trou isolé…
Ah, ces jumeaux hétérozygotes : ils sont spéciaux tous les deux !
Demain matin c’est le marché. Qu’on y achète quelque chose ou non, on y va tous les samedis. On connaît tout le monde et les autres ce sont des Parisiens (ou des gens du Midi) qu’on voir défiler.
Quelle plaisir de prendre un café chez Jean-pierre, là où l’escalier s’illumine automatiquement, avec la comtesse qui ne manque jamais le marché sauf quand elle revoit son appartement du XVIIème à Paris tous les deux mois. Chez Jean-Pierre les gros du club colchimax sont déjà sur pied autour du bar. Il y en a moins qu’avant. Est-ce que l’acide urique aurait fait son travail de goutte ?
Je ne vous ai pas encore parlé de la comtesse Glycine de Latarre née Voudral d’Aigueclaire et veuve du colonel-comte. Un poète a osé lui envoyer ce chef-d’œuvre il y a déjà un certain temps :
à Glycine
Poésie sauvage
Pour tout âge
Ce n’est pas une histoire d’amours et de caresses,
Ni même une savoureuse histoire de fesses,
Mais un hommage plein de noblesse,
A une illustre comtesse.
Dans sa vaste gentilhommière,
Au milieu des chaumières,
Des Plaines d’Aigueclaire,
Elle a vraiment grand air.
Parfois elle s’éclipse, trop longtemps.:
On dit qu’elle nous quitte pour Landry
Mais en vrai, ce qui la tire c’est Paris,
Le dix-septième, la ville des amants.
Quand elle nous revient, toute gonflée
De souvenirs de théâtres, de giroflées,
Elle nous fait honte, à nous pauvres terreux,
Que seuls nos creux et nos à-pic rendent heureux
Bien loin de ces manifestations de culture,
Et sans elle et ses hauts-faits, qui ignorent la verdure.
A son arrivée, nous l’accueillons très grossièrement
Avec de la polenta et des diots cuits fermement.
La tradition pour elle est un noble devoir
Et à d’ignares citadins elle aime faire voir
De son atelier musée les rabots, les avaloirs,
Les scies enrubannées et les bois à histoires.
Des croisades elle ne parle pas : qui la comprendrait ?
Elle use sa main droite, mais n’est-elle pas de gauche ?
Seule l’obscurité des urnes nous renseignerait,
Mais pour elle, royale, la politique n’est qu’ébauche.
Amis lecteurs, sensibles au pathos théâtral :
Ceci n’était qu’une blague : elle ne connaît que VOUDRAL
Et préfère de tout cœur ce nom plus social,
A de traditionnelles et grandioses appellations.
Enfin, elle vénère de la Bastille les lampions,
Doux symboles d’une républicaine Nation.
Donc de temps en temps la nostalgie la prend et le TGV a l’honneur de l’accueillir pour l’aider à accomplir dans la capitale deux ou trois semaines de galas.
Olfra était levée à l’aurore ; elle ne dort que peu et le matin je la retrouve sur un divan ou dans une autre chambre pour écouter la radio. Aujourd’hui elle prendra donc la Lamborghini et le vieux la Porsche pour arriver au même endroit.
Les clients étaient rares ou se sont levés tard après 9 heures. Rien à dire de spécial sur les commerçants puisque ce sont des habitués que vous vîtes la dernière fois. On a pris un poulet tout cuit qui vient soi disant de… et qui ne devrait pas être bon. Bien que je ne coure pas après la poulaille j’ai toujours pensé que ceux-ci étaient bons.
Jimmy n’a pas voulu me vendre des CD réinscriptibles car son fournisseur n’en a plus. Sa sœur Isa va repartir vers sa Seine-et-Marne malgré le poème qu’un poète inconnu lui a fait la semaine dernière :
à Isa
Elle impressionne tous les passants par son air gracile
Accommodant subtilement des objets fins et fragiles.
On croirait que c’est juste une fille aimant le dessin
Et la peinture, mais c’est une artiste qui a le dessein
De montrer aux alentours qu’un rude élément de matière
Peut changer du tout au tout lorsqu’on sait le parfaire.
Dans son home Seine-et-Marnais où le calme est roi
Elle s’inspire des feuilles et des fleurs pour orner
Petits coffrets, jouets, coffres et bougeoirs en bois.
Son style rafraîchit et rehausse le moral des aînés,
Qui croient encore qu’une copie réussie de dame Nature
Renforce les liens écologiques que la planète assure.
Pour vous, amateurs de belles choses, le temps presse
Le soleil se voile, bientôt les brûlants degrés cessent,
L’enfant de St Germain-Laval va regagner ses pénates,
Il n’y en a pas pour tout le monde ; elle liquide en hâte.
Avant de bloquer ses valises, vides de bibelots enchantés
Isa fait deux chefs d’œuvre, pour Jimmy, sur l’ordi pointé.
Peut-être reviendra-t-elle à Bourg un autre bel été
Pour nous offrir son art, son sourire, un rêve de beauté.
vieux rimeur local
Après le café, une visite à la boulangerie et aux marchants de légumes ; le vieillard porte les sacs et le cageot vers sa Porsche. J’ai horreur des cageots ! Ce n’est plus le temps du boudin, il fait trop chaud, il vaut mieux prendre un reblochon, bien que le cholestérol menace le troupeau.
Les Parisiens et Marseillais défilent. De beaux châssis égayent la rue piétonne. Elle est toujours dans l’ombre, ce qui cette année est un atout considérable.
Un habitant de la résidence d’hiver, les « Mélisses », habillé en scout juif me salue pour que je lui offre un restant de liqueur. Ce gypaète de 60 ans, qui a rasé sa barbe, monte très bien et ces temps-ci pour fuir la chaleur il était perpétuellement à plus de trois mille mètres. Il a beau m’encourager à en faire autant, chacun ne fait que ce qu’il peut. Il est nettement parano mais comme je ne manque pas de lui dire et de dire aux autres ce n’est pas de sa faute, il est (dé)fait comme ça et n’y peut rien. Les histoires qu’il raconte ne passent même pas par une de mes oreilles. C’est un voisin de palier pour l’hiver. C’est le seul à part les « camps volants « des locations : il faut le respecter.
Les deux petits cornichons vont donc partir. Le plus vieux (bientôt 9) est très intéressant et j’ai peut-être un faible pour lui mais il ne faut pas le dire parce que les autres penseront que je n’ai pas un faible pour eux. Je le vois très bien comédien parce qu’ils s’intéresse aux autres, jeunes ou vieux. Quand il n’allait pas encore obligatoirement à l’école sa mère l’a emmené à des castings et il a fait quelques photos de mode. Maintenant avec l’école ce n’est plus possible à moins d’avoir un talent héréditaire non pistonné (= fils d’acteurs).
Le plus jeune (6) qui était si…casse-pieds les autres années s’est nettement amélioré : l’année prochaine il sera civilisé et aura enfin compris que les pleurs c’est pour les bébés.
Les deux parents travaillent au métro, qui le matin qui le soir. Ils sont donc élevés par les deux parents isolément.
Un jour Maxi-filou a eu son poème, le plus jeune, Val-heureux, c’est pour la prochaine fois ;
à Maxime
Du haut de nos blanches cimes
Nous t’écrivons ô grand Maxime
Pour te transmettre tous nos vœux
En ce jour de novembre trop pluvieux.
Pépé et mémé voudraient être près de toi
Dans ta maison pour partager ta joie
Et te serrer bien fort dans leurs bras,
Mais ce jour encore on ne le pourra.
Tu as enfin le plus bel âge. Huit ans
Que tu es la gloire de tes parents !
Mémé a déjà huit fois plus d’années
Et Pépé a neuf fois l’âge de ton nez.
Comme d’habitude tu joues avec ton frère
Qui j’en suis sûr va être heureux et fier
De te voir à l’école des plus grands
Dépasser les petits diables dans le rang.
Les cadeaux, comme je te l’ai dit en été,
C’est quand on est encore assez gâté.
Profites-en, car quand tu seras plus vieux,
C’est toi qui vas rendre les autres heureux.
Mille fois bon anniversaire, beau Maxime
Et crée de beaux rêves en cette fête très intime.
7 novembre 2002 Pépé et mémé
Les autres, ceux de la fille aînée, bien qu’habitant près d’Annecy, on ne les voit pas souvent.
Une des raisons c’est la bisaïeule, Zézette, 91 ans. Elle n’a pas de maladies, elle habite dans un immeuble destiné aux très vieux mais il faut s’en occuper et se faire remplacer : linges, couches, médecin, médicaments, infirmière, femme de ménage, etc. Avec 11 cachets par jour, pour la calmer, pour l’exciter, pour la faire dormir, avec le calmant à la mode pour l’empêcher de se lamenter comme une sourde dans le couloir… elle a une analyse de sang splendide, même pas d’urée.
Olfra a une âme de poire très dévouée ; on ne se refait pas.
Zézette nous enterrera tous mais n’ira pas à nos funérailles parce qu’elle ne sort plus de l’immeuble depuis qu’elle a adopté le déambulateur. Ses sœurs et frères ont tous vécu plus de 80 ans et sa mère plus de 90. C’est sans doute un gage de longue vie et c’est la plus jeune de sa famille, seule survivante.
L’année dernière elle a refusé d’aller au « sixième âge » médicalisé. Maintenant il n’y a plus de place ; il faut attendre des coupes sombres dans l’effectif. Il y a de plus en plus de clients et pas de nouveaux établissements.
N’ayant plus rien à dire (que de secrets éventés !), le vieillard va étendre ses carcasses (la partie souple et la partie craquante) pour une petite heure.
Chapitre VI
Serge, le mari juridique et théorique de Fléchette (Pierrette), est du type « courant d’air » ; à peine l’as-tu vu qu’il est déjà parti. C’est ce qu’il a fait pour de bon un jour de manque de chance (?) pour Fléchette.
Ils avaient fait à vingt ans une fille, Coralie, qui a maintenant une fille, Violette et un garçon, Bill.
Papy Serge, bien bronzé, en petit short tout l’été, a fini, après de multiples plantations, selon ce que dit une femme très jalouse, par avoir un fils, Kevin, sur le tard. Ce dernier a maintenant plus de 10 ans et pour sa demi-sœur de plus de trente ans avoir un petit frère à cet âge c’est plutôt un choc mais comme elle a bon caractère et qu’elle est généreuse, elle a fini par l’admettre, je suppose.
Si on veut le gosse il faut aussi vouloir la mère, ce qui est une raison de relative stabilité. Ce môme est de très bonne fabrication : intelligent, très extraverti et bien éduqué, sans doute par ses deux parents, bien que le mérite en revienne plutôt à la mère.
Coralie qui travaille depuis le début dans un organisme financier est donc mariée à James, un pdg, très juriste, d’une entreprise immobilière, fondée en collaboration, avec son frère architecte.
Elle a reçu aussi un poème travaillé mais tourmenté :
à Coralie
Une femme jeune et mince, avez-vous dit ?
Vous parlez sûrement de la fulgurante Coralie.
Souvent James ose oser et propose,
Mais toujours Coralie décide ou dispose.
Dort-elle donc sur un doux lit de roses ?
Mais oui, vous voyez bien, vieux moroses,
Qu’il s’agit du bonheur à haute dose.
Les langues la disent un peu serrée,
Il ne faut naturellement pas exagérer.
Seule une enfance sans vitamines
Avec permanente mauvaise mine
Pourrait psychologiquement expliquer
Cette maligne peur de manquer.
Dans son monde, et partout, elle est chérie.
En ses jeunes années, riches en avatars,
Elle ne s’est pas permis le moindre retard
Pour récupérer, après leurs querelles en série.
Elle se croit très ronde, il est vrai;
Et son régime, fermement, elle suit.
A James, participant, le régime réussit,
Mais avec sa ligne parfaite, qui pourrait
De Coralie déceler ce complexe secret ?
Elle possède un entier et franc caractère,
Le même que celui de son excessive mère (?).
Et la preuve ultime, qu’en fait, elle est bonne,
C’est que de tonton les bavardages elle pardonne.
Ce mince et grand James est allergique, à 90%, à tout, mais heureusement pas à Coralie. Il ne cesse d’avoir des ennuis de santé qu’il surmonte avec courage et médicaments.
Un jour, pendant une période de souffrance abdominale il a reçu ce texte alambiqué qui n’avait pour but que d’essayer de le distraire, mais en évitant les toux douloureuses :
à James
Il a fait à nouveau le jacques :
Son ventre éventré est mis à sac,
Quel horrible, cruel massacre !
La douleur est plutôt âcre,
Mais rembourrée par une plaque.
Saura-t-il rassurer et calmer la douce Coralie ?
Vous me dites : il se trouve au bord d’elle
Dans la rude ambiance chaude du Blossel.
Pourra-t-il supporter les brutes mélodies
Des sauvages hordes z-ARNAUD avinées,
Les cris des marmailles à peine nées ?
Gageons que lentement l’oubli
Des pavés rugueux de Paris
Moult bien au teint lui fera.
Plus grand, on le récupérera.
L’euro, pleure-t-il, est du type nain,
La bourse est super-molle,
Elle décolle, elle dégringole,
En êtes-vous si certain ?
Chez nous, le vieux franc a encore cours
Pendant tout le gai, ensoleillé séjour.
Et en vacances sous nos Savoisiens cieux
L’avenir du futur ne peut qu’être radieux.
Poète obscur du XXIéme siècle
L’intellectuel à lunettes bricole beaucoup mais surtout en Normandie, dans son immense domaine, le week-end. Au Blossel, où tout le monde se retrouve en été dans la maison de papy, il ne bricole plus depuis qu’il existe un autre héritier potentiel. C’est ainsi : quand les jeunes ne possèdent pas entièrement une bâtisse ils ne font rien.
En Savoie, comme les vieux vieillissent éternellement, s’ils n’ont pas l’intelligence de transmettre assez tôt, les héritiers de plus ou moins 60 ans n’entreprennent jamais rien.
Violette, la petite fille, étincelante, de papy, nous a amené cet été un beau Diogène, au moins un tête de plus qu’elle, qui est très sympathique. Actuellement, on couronne sa flamme tout de suite ; quelle simplicité !
Papy en culotte courte risque d’être à tout moment « bisaïeul »(Quel mot moyenâgeux pour dire : « super papy » !) et on ne lui demandera pas la permission.
Bill, seize ans et demi, très gosse de riche, Paris XVIème, mais bon cœur, fait rugir sa moto japonaise Toyota ( = abondant champ) sur de courtes distances. Il a peut-être compris maintenant que s’il étudie il ne travaille pas pour papa ou maman mais pour lui-même. Qu’il profite de sa chance !
Son père laisse de temps en temps sa puissante 4x4 ISUZU ( = cinquante cloches) pour taquiner sa propre moto. Le village dormait : il monte en puissance.
Voici un hommage à sa jeunesse :
à Bill
L’illustre Guillaume, bâtard de Normandie,
Traverse la Manche sur ses voiliers vikings
Et pourfend les Saxons à la bataille d’Hastings
En comptant sur ses preux, dont Bill le hardi.
Ce Bill aux yeux bleus ne ménage pas l’épée
Lorsque sur sa Toyota enragée il parcourt
L’immense terrain de ses ennemis rattrapés.
C’est avec raison qu’on l’appelle le vautour.
A l’école qu’il fréquente sur ses jeunes jours
Bien souvent il pense qu’avec de beaux atours
Il pourrait briller prés du Roi et de sa cour
Et peut-être du Roi séduire la fille, en amour.
En vacances la pâle réalité du Blossel ensauvagé
Calme un peu cette ardeur à nulle autre pareille
Mais il rêve encore beaucoup à ces histoires âgées
Pour se relancer vers un avenir à merveilles.
Lève-toi, noble fils de temps plus modernes,
Les études bien techniques vont donner des cernes
A des yeux insouciants fatigués par des ordinateurs
Et combler les ambitions d’un pater moins joueur.
Bon voyage vers les contrées boulogneuses !
Sois bien sage avec les filles scrogneugneuses !
Mais grâce à la société où travaille Coralie ils font tous les ans des voyages de Comité d’Entreprise en Chine, à Bali, en Afrique du Sud, au Brésil, en Inde… Si les voyages procurent le bonheur ils sont heureux.
Pierrette, qui constitue à elle seule une joie et un dynamisme, dérivant directement de la nature, a eu bien ennuis de santé. Précédemment, elle a été opérée d’un sein, avec radiations et le reste. Elle s’en est sortie convenablement et l’année dernière nous racontait toutes ses péripéties avec les professeurs de médecine. La vie de ces derniers a été changée définitivement de l’avoir connue. On lui a dédié ce qui suit après les vacances de l’année dernière :
à Pierrette
(fini le Blossel !)
Après les vacances, elle oublie les autres bavards,
Le vieux village où l’on n’a pas beaucoup ri,
En rejoignant le toujours gai Paris
En atteignant les grands boulevards
Loin des monts verts elle s’apprête
Pour la future Noël à faire la fête
Mais ce n’est pas d’enfantines dînettes :
Aucune chance de souffrir de disette.
Pour contrer l’obstiné diabète
Elle ne lui fournit que des arêtes,
Mais invite sans faille tour à tour
De bons amis, ses copains un peu sauvages,
En leur apprenant bien goulûment
Que la vie s’écoule plus gentiment
Quand avec elle on oublie les cassures de l’âge.
On me dit qu’après du sucre tu halètes :
Tu ne vas pas maintenant manger bébête,
De pain tu t’accordes quelques miettes.
Des croissants on refuse que tu achètes.
Ne sont-ils pas mieux chez la stricte Coralie,
Pour les langueurs matinales de Violette-Emilie ?
Mais je crois qu’en voyant les croissants le beau William
Dit à James : « daddy, c’est bon de faire miam-miam ».
Fera-t-il beau, neigera-t-il sur le tard ?
Peu probable, sans doute une froide pluie
Nous confinera sous l’abri chaud toute la nuit
Tandis que des clochards siroteront leur pinard.
Quelle que soit la froidure, tous seront religieux.
Car au milieu des ripailles ils penseront aux Dieux.
Cette année elle est donc revenue à la maison commune du Blossel et ses enfants l’ont bientôt rejointe mais entre temps elle a été opérée de l’autre sein et doit subir des rayons en septembre. Le moral est en dessous de zéro, ce qui est plus que normal.
La première fois ça donne un rude coup mais elle a encaissé ; cette fois-ci, ce n’est plus pareil. Lors de cette dernière opération ils ne lui ont pas mesuré le diabète si bien qu’elle était en hypoglycémie (0,45) et a failli y passer. Heureusement que sa fille a dit : « Ma mère n’est jamais aussi endormie, il y a quelque chose d’anormal ». En effet, elle était presque dans le coma. Hôpitaux surchargés, manque de personnel, urgences, urgences !
L’année précédente elle avalait quotidiennement 11 cachets mais après une étude sérieuse de son cas elle n’en a plus que 3, plus deux piqûres pour le diabète.
Son médecin généraliste, le dr Sécroula, qui habite l’immeuble mais approche plus de 80 que de 75 ans et ne devrait plus exercer, lui a provoqué une cirrhose grâce au médicament contre la tension (aldomet) qu’il lui a donné pendant des années sans faire les indispensables analyses. Quand elle va à l’hôpital on lui dit : « il faudrait moins boire », alors qu’elle ne boit que de l’eau. Ce poison médicamenteux lui a donné des abcès dans l’œsophage, qu’il a fallu enlever en 3 ou 4 fois.
Cet imbécile nocif ( mais que c’est pratique : il habite le même immeuble !) lui a aussi donné un médicament pour les crampes qui diminue le nombre de plaquettes. Or actuellement __ je ne sais pas si c’est sa maladie qui fait ça__ elle a en dessous du minimum théorique de ces fameuses plaquettes sanguines.
Même si on n’y connaît rien et qu’on n’a pas envie de parler de maladies avec d’autres ignorants, le simple bon sens nous montre qu’elle n’a pas vraiment de chance en ce moment.
Comme le vieux la voyait vraiment hors de son assiette il a essayé vainement de la remonter en lui délivrant ce qui suit :
à Pierrette
Est sortie tout récemment la nouvelle Pierrette.
Pour l’encourager à foncer on la baptise Fléchette,
Mais il faut rehausser le moral de cette nénette,
Sinon elle va bientôt tomber en poire blette.
Dans la soupe elle écosse haricots et fèves
Pour gâter un peu leur copine Geneviève
Celle-ci toute en cuisses et bien bronzée
Nous ferait oublier Nolwenn, Lorie et Alizée.
En proie bientôt aux douleurs de l’enseignement
Celle-ci sait que file trop vite son libre temps
Et qu’il faudra regagner la turbulente Eloise
Loin des plongeons frais de la Mer d’Iroise.
Sa fille Charlotte, l’enfant de « Gérard Lanvin »,
Dans le Blossel, esseulée, offre son sourire en vain.
Fléchette, en humeur noire, nous voit en viandes froides.
Elle voudrait pleurer sur nos corps glacés et roides
Et recherche même comment nous cuisiner.
James à ce sujet voudrait bien lui faire plaisir
Mais son hypoglycémie les autres et Coralie fait rire.
Calme-toi, Fléchette, ce n’est pas pour cette fois.
Le soleil sur la butte toujours énerve, sèche et brûle,
Favorisant cafards, blattes, guêpes et tarentules.
Vivement la pluie et les vents, pour réjouir les couvées.
Ce n’est qu’ainsi que le Blossel unique sera sauvé.
un vieux de la montagne, 10 août 2003
Elle va partir bien sûr en même temps que ses enfants car elle a ses rendez-vous médicaux pour la semaine prochaine. Tout le monde lui souhaite un meilleur moral et une bonne santé car nous ne l’avons jamais vue aussi soucieuse et flagada.
La belle Madame Coralie et sa famille vont bientôt rouler dans la puissante ISUZU, en passant par la Normandie sans doute, avant d’arriver à leur cher Boulogne-Billancourt :
Villain, départ
Noble jeune Bill, Violette ensorcelante,
Psychédélique James, Coralie époustouflante,
Nos yeux humides silencieusement accompagnent
Votre courageux départ, loin de notre campagne.
A peine arrivés, pas loin d’un rivage,
Vous regretterez notre beau et sauvage
Blossel, un village clair, sans nuances,
Peuplé d’authentiques paléo-ambiances.
Un e-mail enthousiaste, de circonstance,
Remédierait à une cruelle absence.
Le soleil nous reste, mais quel silence
Troublant. Rien ne vaut votre présence.
Bisous pleins d’affection des tata et tonton,
Vœux encourageants de vieux croûtons.
C’est un peu exagéré : les vieux survivront (peut-être) à leur départ.
Il ne restera plus que l’équipe brune qui habite dans l’autre partie de la maison. Elle est composée d’un homme rose bien charpenté :
.
à Norbert
Pour un rhume, consultez un docteur,
Pour une prune sur cet ordinateur,
Seul Norbert le neveu vous dépannera,
Car il y détecte les gros rats.
Le voyant scotché au lointain Internet
Vous dites qu’il ne fonctionne pas très net.
Ce sont de graves erreurs de perspective :
Simplement, il exerce sa grande mémoire vive.
Tout branché, de larges yeux il roule,
Pour contenir ses deux mômes excités.
Pas branché, il les guide dans la dense foule,
Et par moment, gentiment, défoule
Leurs gourmandes et jeunes velléités
De franche et pure liberté .
Quelquefois, comme Jehanne, il a tré-buché.
Va-t-il, comme elle, finir au bûcher ?
Que non pas, sa science d’usage
Lui fait retrouver la bonne page.
Comme il ne vient hélas qu’en courte période,
D’une année à l’autre on lui garde, c’est la mode,
Tous les blocages, toutes les énigmes, chers à l’expert,
Pour lui montrer qu’en lui seul on espère,
Lorsque cette horrible et géniale machine
Nous contrarie, nous réjouit et nos rêves ruine.
Bientôt, seuls avec l’ordinateur il nous laisse,
Et sa jeune indifférence grièvement nous blesse.
Sous peu de jours, sans remords, rapidement, il nous quitte
Pour rejoindre ses stations de métro mal blanchies.
Et il nous livre, sans technique, à nos vieilles mites,
Mais demain, nous aussi, nous irons Place Clichy.
poète mûr et obscur du XXIème siècle
L’équipe brune est aussi constitué par sa femme, la mince et exotique Eugénie qui était sérieusement collée à son travail, l’année dernière. Pour son anniversaire il lui a envoyé une carte postale, avec beaucoup de fleurs mais aujourd’hui c’est changé, elle est arrivée de Paris juste à temps pour son anniversaire par surprise.
C’est le jour idéal pour se remettre à l’ouvrage et la taquiner :
à Eugénie,
(dont le bronzage est authentique
et ne doit rien à l’électrique)
Aux âmes sages et bien nées
Peu importent les rapides années.
Pour ses un an, plus quatre fois huit,
Elle nous a fait sans un bruit
La surprise immense, merveilleuse
De surdévelopper, sexy, voluptueuse,
Une ligne mannequin, un look charmeur,
Des formes moulées, un sourire ravageur.
On lui connaît deux beaux rejetons
L’un avec de gros yeux en boule,
Et l’autre, qui clairement déroule
Un net caractère de mère poule.
Sont-ils le début d’une grande maison ?
Les prémices pacifiques d’une petite foule ?
L’avenir d’une comptable semble rocailleux,
Garde-nous quand même ton air joyeux.
Les lingots aux banquiers sont bien funestes,
Ils n’ont en fait que du bonheur les restes.
Toi, tu possèdes une tendre famille,
Qui te souhaite en buvant une douce camomille
Un éclatant anniversaire quelque peu solitaire
Dont tes trois exilés sont pour sûr solidaires.
Mais qui arrive ici ? C’est la brune Eugénie
Qui est venue rejoindre ses trois chéris !
White is beautiful,
Black is bountiful.
A la fin de la semaine les vieux vont se retrouver seuls. Ouf, quel repos ! Si on était doué pour l’anglais on dirait même qu’on est déstressés et qu’on se sent délivrés d’un doute qu’on pouvait les bien accueillir.
La place de la mairie va être vide de voitures. Heureusement ce chameau de soleil est toujours là. Rien de tel que le brouillard pour faire sortir le cafard.
C’est la rentrée ; il est temps d’acheter du papier machine pour l’ordinateur, un rapporteur à degrés pour mesurer l’inclinaison du satellite et de quelconques outils pour écrire, en regardant l’air affolé des parents à budget étudié et des clients étudiants, en culottes courtes de marques renommées.
Chapitre VII
Olfra prend soin de sa mère qui se trouve dans « un foyer logement ».
Le vieux voit bien qu’elle se fatigue, surtout ces temps-ci mais ce qui est pire, c’est qu’on entend tout le temps dire qu’elle a reçu quelques vaches en plus lors de l’héritage pour « soigner sa mère ».C’est évidemment faux et c’est d’autant plus injuste qu’elle n’obtient aucune aide. Ils sont pourtant trois.
A cause de cette situation elle (et son vieux) ne voyagent presque jamais. Après, ils n’en seront plus capables. Comme il ne faut pas vexer les intéressés par l’exposition de la vérité le vieux a écrit une fable sans aucun nom de personne et sur des lieux fictifs.
Cette tentative d’explication a pour but de faire taire certains imbéciles qui prennent leurs désirs pour des réalités. Le vieillard en a assez de toujours expliquer que le fait de se dévouer gratuitement, bien que rare, existe encore en dehors de 35 heures.
Fable savoyarde
« Le père est mort en 1992 à 83 ans, laissant une veuve de 80, deux héritiers et une héritière.
Au point de vue matériel il y avait une maison à Mercury et une maison au Villard en plus d’un deux pièces à Albertville, des liquidités et quelques actions.
Par manque d’imagination, par insouciance ou manque de communication, on n’a jamais fait trois lots qu’on aurait pu par exemple tirer au sort, les biens étant de valeurs inégales. Souvent les héritiers ressemblent à des montagnes séparées par des cols.
Au décès il faut se décider dans les 6 mois.
Les héritiers qui habitaient Paris ou la région parisienne venaient en vacances tous les ans, qui avec les parents à Mercury, qui en commun au Villard. Les parents en hiver habitaient le deux pièces depuis peu (5 ans).
Aucun n’envisageait d’abandonner sa part matérielle pour une compensation financière car ils tiennent à la Savoie, c’est leur patrie. C’aurait été cependant la meilleure solution si les liquidités étaient suffisantes, mais l’étaient-elles ?
Un héritier n’a jamais exprimé son goût pour le Villard mais tout le monde pensait qu’il le voulait. Apparemment il lui plait.
Il était évident qu’on ne pouvait être à deux au Villard qui n’était guère apte à être partagé physiquement. Les deux autres le lui ont donc laissé s’il le voulait.
Il fallait alors partager Mercury, ce qui était plus facile. Un héritier avait déjà fait des frais pour habiter en été avec ses parents à Mercury. Il n’a jamais demandé de compensation.
L’héritière avait dépensé de l’huile de coude et de l’argent pour améliorer le Villard. Elle a quitté le Villard sans demander la moindre compensation pour ses efforts qui consistaient entre autres à faire deux étages de plancher qui y sont encore.
A Mercury l’héritière a fait quinze plans de division qui étaient acceptés le soir mais refusés le lendemain. Finalement, un accord a été trouvé donnant à peu près un tiers ou un quart à l’héritière et le reste plus les champs (20000 m2 évalués à 1F le m2 par le notaire) à un héritier.
Le deux pièces habité par la veuve était attribué à l’héritière.
Il est à noter que d’habitude les vieilles maisons sont sous-évaluées par les héritiers pour diminuer les frais de transmission.
Dans ce cas particulier ce n’était pas possible à cause du deux pièces acheté récemment. Le notaire a soutenu mordicus qu’il valait le prix payé précédemment 5 ans avant. Les maisons ont donc été évaluées sur cette base pour qu’un partage soit possible.
11 ans ont passé et les maisons grâce aux Anglais valent 2 à 3 fois plus. Ce n’est pas le cas du deux-pièces d’Albertville. Les héritiers se réjouissent de ce que les maisons valent plus : ils sont donc tous contents puisqu’ils n’ont eu que la peine de naître comme chez les princes.
Il y avait aussi une maison à Boissy St Léger. Cette bâtisse en très mauvais état a été vendue grâce aux efforts pendant un an et demi de la seule héritière. Les héritiers qui étaient à l’Hôtel des Ventes ont été extrêmement discrets et absents pour la réussite de cette vente.
Lors de la signature il ne leur est pas venu à l’idée de donner une compensation à l’héritière pour avoir réalisé seule cette vente. Celle-ci n’étant pas très intéressée par les biens matériels n’a rien dit non plus. Les héritiers l’ont d’ailleurs fortement encouragée moralement.
Le partage a finalement été accompli en Savoie. A cette occasion chacun avec ou sans lunettes a parfaitement lu l’énoncé et les clauses éventuelles de l’acte de succession. Il n’y eu aucune remarque.
Récemment, une RUMEUR a couru disant que l’héritière avait été avantagée sous la condition de s’occuper de sa mère. Il faut dire qu’un héritier à choisi de vivre définitivement à Mercury tandis que les deux autres étaient en région parisienne.
Cette rumeur ne pouvait venir des deux héritiers car ils ont des liens affectifs très forts avec leur sœur, la communication est quasi-quotidienne, chacun est prêt à aider l’autre. Ces liens sont d’une qualité fraternelle rare dans le meilleur sens du terme.
En plus, ladite héritière habitait la Seine-Maritime : comment pouvait-elle s’occuper » de ladite mère ? Y avez-vous pensé, chers producteurs et convoyeurs de rumeur ?
D’ailleurs comment le notaire aurait-il pu préjuger de l’avenir et « donner » quelque chose de plus à l’héritière alors que la veuve n’avait besoin de rien, n’étant pas du tout visitée par le Dr Alzheimer. Le mémoire de succession est parfaitement muet à ce sujet. Cette rumeur ne peut donc provenir que de gens que cette situation ne regarde pas, de cousins éloignés, jaloux et bourreurs de crânes.
Il est donc évident que les deux héritiers ont TOUT FAIT pour démentir cette injuste et jalouse rumeur, mais on n’arrête pas les imbéciles : ils sont trop costauds.
La veuve en parfaite santé physique et mentale, à part ses oreilles, a tout de suite décidé à 80 ans, sans savoir qu’elle en tirerait profit plus tard, de quitter le deux pièces pour s’installer au Foyer des Vieux. Le deux pièces qui devait être indéfiniment habité était donc libre.
S’occuper de sa mère ça veut dire quoi ? La loger, lui donner la becquée, faire son ménage, laver son linge, lui prendre la main pour éviter toute dépression ?
Il se trouve que la veuve a bénéficié des services d’une cousine très dévouée pendant quelques années.
En 1998, son vieux étant en retraite et les 4 enfants étant partis, l’héritière a décidé de déménager et d’habiter Albertville dans le deux pièces (alors libre !) et l’été à Mercury.
Chacun des trois héritiers a amélioré sa part matérielle et comme par hasard c’est l’héritière qui a dépensé le plus pour ce faire.
Ladite cousine étant démissionnaire l’héritière s’est alors occupée (1998 et avant, de loin par l’intermédiaire de la cousine) de sa mère jusqu’à maintenant, ce qui est paradoxalement la raison de cette stupide rumeur. Cette activité purement bénévole n’a soulevé aucune objection de la part des deux héritiers en raison de leur discrétion et de leur absence habituelle.
Il s’agit d’attendre des heures le médecin, avec médicaments, infirmière, femme de ménage, papiers innombrables pour les payer, milliers de kilomètres pour visiter la veuve presque tous les jours, appareils de surdité, couches, lavages presque quotidiens, etc., le tout gratuitement bien entendu.
On ne peut pas dire qu’ils n’aiment pas leur mère, ils viennent la voir, l’un régulièrement, en lui donnant peut-être une douceur, l’autre plus fugacement puisqu’il habite Paris davantage ; il lui donne peut-être aussi quelque douceur.
Un des héritiers étant sur place à cette occasion n’hésita d’ailleurs pas à exiger par téléphone la présence immédiate de sa sœur, se trouvant alors à 15 km , pour régler un problème futile (TV) avec une parfaite innocence (?). La prend-t-il pour sa jeune mère ?
Quand l’héritière veut partir quelques jours elle se fait remplacer par ladite cousine qui ne dit jamais non et qu’elle dédommage sans doute. Sans doute par pudeur et discrétion il ne viendrait pas l’idée aux héritiers, dont l’un est marié à une femme jeune, de demander si l’héritière n’aurait pas besoin d’un coup de main. Ils aiment leur mère et leur sœur ; sinon, comment agiraient-ils ?
Il faut quand même dire qu’un héritier, celui qui habite Paris offre avec une générosité spontanée l’hospitalité à l’héritière, pendant quelques jours, dans l’appartement qu’il possède, mais n’occupe pas, avec sa femme séparée, à Paris. C’est vraiment un rare exemple d’une fraternité de remarquable qualité.
La veuve de 91 ans n’a pas de maladie décelable. Vu la longévité de ses ancêtres elle enterrera beaucoup de ses héritiers mais n’assistera pas aux funérailles parce qu’elle ne quitte pas son déambulateur.
Elle devrait être dans un établissement médicalisé car sa fille elle faiblit, n’ayant pas tout à fait le type de santé savoyard.
L’année dernière la veuve a refusé d’habiter dans un tel établissement. Maintenant il n’y a plus de place mais la prochaine fois on ne lui demandera pas si elle veut ou non y aller.
Sont-ils égoïstes, insouciants ou moyenâgeux ? La fille doit-elle obligatoirement tout faire pour la mère ? Ont-ils raison ? Après tout quand quelqu’une prend l’initiative pourquoi ne pas la suivre, surtout si elle est plus douée ? Et les années passent… sans se rendre compte…
Disons, pour ne pas être méchant, qu’ils sont irréalistes et insouciants et que chez eux le sentiment d’éventuelle… gêne est très faible. Disons aussi que quand on vieillit on devient plus tolérant pour la conduite inexpliquée des autres et c’est le cas ici.
Hélas, lorsque la mère sera dans un établissement médicalisé il faudra bien qu’ils s’en soucient !
Ce n’était qu’un héritage savoyard parmi tant d’autres. Où est-il le temps où le garçon héritait de tout et où on « donnait » une maison pour soigner un vieux ou une vieille qui en plus n’étaient pas malades ? »
La charge résultant de ces soins au fil des années devient trop lourde.
Il ne faut pas oublier de dire que ce vieux adore cette « veuve » malgré le style un peu sec et indifférent de cette histoire.
Entre temps Olfra a fait une crise de calcul et se trouve à l’hôpital pour tenter de résoudre ce type de mathématiques. Vésicule ? Nettoyage ultrasonique ?
Comme j’appelle « imbéciles » ceux qui me parlent de ces vaches en plus je ne pourrai guère leur montrer cette fable bien que selon mes deux filles il n’y ait pas de quoi fouetter un chat dans ce papier. D’autre part celui qui répand une rumeur a tendance à nier.
Je l’avais donné à James le mari de Coralie parce que c’est un des seuls qui aime lire et parce qu’il est comme moi une « pièce rapportée ». Je lui avais demandé d’être discret. Il n’a rien trouvé de mieux que de le faire lire à sa femme qui est la fille d’un des héritiers.
Celle-ci m’a vertement fait remarqué que j’essayais de soulever des problèmes qu’on aurait du oublier depuis longtemps.
James voyant le résultat de ses actes, disons naïfs, m’a dit qu’il croyait que je voulais déclarer la guerre, ce qui n’était évidemment pas dans mes intentions, le tout deux jours avant leur départ ! La guerre avec qui ? Si j’avais voulu communiquer ce papier à quelqu’un je n’aurais pas eu besoin d’intermédiaire.
Ce fut en pratique une grosse bourde de ma part.
Je pense dans ma grande sagesse qu’ils refroidiront rapidement et qu’ils survivront. Ils s’en vont ce vendredi vers de plus studieux endroits.
Olfra donc il y a deux jours, vers 7 heures du soir s’est allongée sur le canapé du haut et à commencé à haleter et à se tenir le ventre et le dos en pleurant sans dire un mot.
J’ai été chercher sa fille cadette Anne qui se trouvait dans la rue avec ses deux maxi et mini-microbes. Elle adore sa mère et pourrait peut-être lui faire dire ce qui se passe. Malgré son refus nous avons appelé les pompiers et aussi le docteur de famille qui était de repos et qui a promis d’arriver tout de suite. Bizarrement, je perds mon sang-froid avant ou après le danger mais jamais pendant.
Le jeune médecin est donc venu un peu après les pompiers. Ceux-ci, comme d’habitude, m’ont intimé l’ordre de me taire alors que j’essayais d’expliquer la situation. Je n’ai d’ailleurs pas dit qu’elle avait vomi pendant deux jours la semaine d’avant bien qu’elle ne vomisse que très rarement. Tout le monde l’avait oublié. De plus, elle est allée chez le médecin samedi et il lui a trouvé de la tension.
Le jeune docteur est monté au premier aussi vite qu’une jeune gazelle mâle et après quelques mesures a exclu la crise cardiaque, ce qui a beaucoup soulagé le vieux. Quand on a une femme plus jeune on se dit que c’est elle qui se trouvera dans cette situation d’attente anxieuse et non le vieux. En conséquence, direction hôpital avec les pompiers et le médecin.
Les pompiers, pensant à une crise cardiaque, n’avaient pas de médecin : il ne faut pas tomber malade au mois d’août, surtout cette année.
Le vieux s’est retrouvé à la tête d’un 4x4 américain énorme qu’il a fallu ramener à Bourg st Sulpice. Ce médecin pense que le vieux est malin mais en fait il l’est beaucoup moins qu’il ne le suppose. Arrivé à l’hôpital impossible de retirer la clé ! Il y a parait-il un interrupteur derrière que seul James a été capable de déceler.
Après deux heures d’attente comme dans le feuilleton de TV « Urgences » mais avec beaucoup moins de monde on apprend qu’elle a reçu de la morphine pour pouvoir se reposer et dormir et que c’est probablement une histoire de tuyau bouché par un calcul qui veut sortir.
Finalement, on va lui enlever la vésicule dans quelques jours. Ce viscère ( ?) est un sac qui collectionne de la boue et des cailloux comme un coffre-fort plein de faux billets. On survit à son élimination mais ça fait terriblement souffrir quand il manifeste sa présence, à l’improviste. On ne va pas attendre la prochaine crise.
Ce n’est pas la femme aux bijoux mais comme elle avait oublié sa montre je lui en ai acheté une qu’il a fallu changer pour une plus petite avec trotteuse et date. Il faut bien qu’on lui fasse croire qu’on tient à elle.
Anne est donc partie un jour plus tard par le train de huit heures. J’en baille encore parce qu’il lui faut au moins deux heures pour emballer la marmaille. Maxi ne voulait pas porter un petit sac, je l’ai réprimandé mais en fait il voulait porter le gros sac rouge. Ca m’étonnait aussi d’un môme de cette qualité. Evidemment le Mini-microbe n’a pas voulu m’embrasser. Moi qui avais un grand père à barbe blanche qui n’a jamais voulu nous embrasser !
Olfra m’a habitué à des chutes et des catastrophes. Quand elle était enceinte de la première fille à Paris, dans une rue en pente elle a gravi trois degrés et est tombée en arrière. Les voitures ont freiné à 10 centimètres de sa tête.
Il y a sept ans j’étais dehors pas loin et j’ai entendu un bruit d’armoire qui tombe : c’était Olfra qui était tombée en bas de l’escalier avec la tête ensanglantée. Je me voyais évidemment déjà veuf. Les pompiers lui ont demandé plusieurs fois la même chose, ce qui m’a fait dire : « Elle vient de vous le dire »__ « Taisez-vous on fait notre boulot » !
S’ils m’avaient dit que c’était pour voir si elle était inconsciente j’aurais peut-être compris mais étant importants ils se sont bien gardé de me le dire. Mais je les eus quand même car j’ai répliqué : « Je suis cardiaque, je suis chez moi (ce n’est pas vrai, je suis chez elle !) et je veux savoir ce qui se passe ». C’est le mot magique, ça les a calmés (Si le vieux nous tombe dans les pommes que va-t-on faire ?).
Quand elle était plus jeune elle est tombé de scooter à l’âge de vingt ans : trois jours de coma. C’est sûrement pour cela qu’elle a des maux de tête périodiques. On paie toujours ce qu’on dépensé dans la jeunesse.
Le bilan ne serait pas complet si je ne disais qu’après des jumeaux de 3,5 kilos il a fallu remédier à l’éventration par une opération.
J’espère qu’elle ne lira pas ces balivernes. Finalement c’est elle qui est malade, pas moi. Enfin presque…
Le jeune docteur m’avait trouvé un rendez-vous à 17 heures. Au mois d’août lui et sa femme remplacent au moins deux collègues. Il avait en plus été de garde la nuit. J’étais sûr de ne pas passer l’examen car après ma douche annuelle un peu trop chaude je m’étais senti comme fiévreux et avec le temps lourd qui sévit à Bourg je n’ai pas été surpris qu’il me trouve un pouls trop élevé, je n’ose vous dire le chiffre. Pour les ignorants il faut savoir qu’on ne doit pas dépasser 80. Avez-vous pris la digo ? Non, docteur ; après deux jours j’ai voyagé et ensuite encore voyagé et d’après mes calculs (non rénaux) je faisais du 70. Par la suite j’ai oublié.
__Il faut prendre la digo, sinon la pompe va se fâcher.__Bien, docteur.
Battements de palpitant irréguliers, astigmatisme irrégulier, cervelle et humour irréguliers : comment font les gens normaux ? Moi qui ai toujours voulu être normal !
Il m’avait préoccupé, je ne dis pas que j’ai la trouille : je m’en balance, ça ne me regarde même pas en fait, mais du coup j’ai pris cette digo le soir même. Résultat : au lieu de regarder jusqu’à minuit un film américain, en version originale, je vous prie, avec des sous-titres en arabe, sur Nilesat (Oui, monsieur, on en trouve où on peut !), je me suis effondré, à pouls faible sans doute, vers 9 heures et demie.
Encore une idée farfelue de prendre un cachet le soir. C’est pour cela que je suis avec vous à 3 heures du matin. Je suis seul cette nuit mais quand on a plusieurs pièces dans cette campagne bénie des dieux, de toutes les façons on est sûr de ne réveiller personne. , Non, ce bâillement ridicule ne va pas me permettre de reprendre mes rêves !
Il faut que je vous parle de ce docteur VINOGRADSKI (= la vigne, en russe) Mohamed. (En Savoie, comme en Hongrie et au Japon on place le nom de famille d’abord). Il parait qu’en cherchant bien on trouve un saint Mohamed ! Ce mélange de type slavo-arabe est excellent.
Anne, qui n’avait pas perdu entièrement la tête malgré ses pleurs lors de l’arrivée des pompiers, n’a cessé de répéter : qu’est-ce qu’il est beau ce docteur ! Elle m’a déçu : je croyais que c’était moi qu’elle trouvait beau. Il devrait se méfier car elle est avec un Corse : gare à une vendetta éventuelle !
De façon générale, je préfère un jeune médecin à une vieille barbe expérimentée. Les vieilles barbes un peu moins vieilles que soi-même il faut tout le temps leur dire pour les flatter : « Au moins vous, vous allez me survivre, je suis plus tranquille ! ». Avec un jeune, pas de problème !
Le précédent était très bien aussi ; il est d’origine vietnamienne et a quitté sa pratique pour aller à Londres faire de la recherche. Quand on va à l’étranger et c’est très bien si on est assez jeune, on fait d’énormes progrès de toute façon.
Il en avait assez de cette vie de perpétuelles allées et venues. Par ailleurs, je pense qu’un Asiatique même né en France ne comprend jamais entièrement les Européens et que ces derniers comprennent encore moins les Asiatiques. Moi, je les adore ; je respecte ce qui est plus grand que moi : leur civilisation de 5000 ans, au bas mot, entre autres.
Voici un poème pour ce jeune docteur Vinogradski :
à DOC
Doc, malgré la dense et collante foule
Is always COOL, not fool.
Pensant profond, il prescrit,
Et soudain, s’enfuient les bactéries,
S’écroulent les hypertensions,
Se débloquent les congestions,
Tandis que le maigre s’épaissit,
Que le gros se rétrécit,
Et que se purifient reins et foie
Dans ce chaud pays de Savoie.
Pour nous, il a quitté le cruel Levallois
Et sa faune sans foi ni loi.
Sur nos monts bien accroché,
Il refuse, fermement, de dérocher.
Et à part l’impitoyable percepteur,
Plus rien à présent ne lui fait peur.
En son domaine médical,
Il accueille sans partage,
Jeunes fous et têtes sages,
Pin-ups, mômes et vieux bancals.
Mais Doc fait de savants mélanges
En ce monde bien étrange.
Au club « Colchimax » il offre le zyloric,
Et tue sans pitié l’acide urique.
Il tâte du lazilic et essaie aldalix
Pour provoquer une diurèse
Et sans pitié, rincer les obèses,
Qui ne veulent plus quitter la chaise
Dans l’ombre des mélèzes.
Il se plait parmi nous, nous en sommes flattés,
Auriez-vous une maison à lui faire visiter ?
En plein sud, avec un jardin, un grand silence,
Pas chère du tout, de préférence … en France ?
Tandis que les jeunes se défoulent,
Que la vie en son temps se déroule,
Et que d’aucuns se mettent en boule,
Toujours, il demeure le docteur COOL.
Sa femme est médecin aussi et ils ont eu une petite fille que je n’ai pas encore eu l’honneur de voir de près mais elle a eu droit à son poème, malgré qu’elle ne sache pas lire couramment:
à Myrtille
Vous savez la nouvelle : les docteurs COOL
Nous ont fait une petite bouboule.
Son nom a été donné à l’improviste,
Maintenant on choisit de Maéva à Améthyste
Car on n’est plus tenu par une traditionnelle liste
Et on donne dans l’exotisme, ce n’est pas triste.
Il parait qu’elle est belle comme son père
Et aussi intelligente que sa mère.
Jusqu’ici les médecins tapotaient les joues,
Faisaient faire risette et stoppaient les toux.
Dorénavant, c’est les biberons et les couches
Et bientôt les petits pots pour la petite bouche.
Vous dites que plus n’est besoin de biberons,
Qu’on la nourrit selon les paléo-traditions.
Souvent le moderne est très très ancien.
Pourquoi ne serait-ce pas aussi bien ?
La neige bientôt du sol se détache
Les pistes soudain s’arrachent :
Il ne reste plus que le soleil
Pour cette petite merveille.
Dans ce siècle plein de surprises
Tu verras bien des inventions,
Bien des progrès, bien des remises
En question. Tu vivras avec passion
Une bonne centaine de printemps.
On te souhaite beaucoup de bon temps.
Aujourd’hui tu débarques : ce sera donc court,
C’est juste pour te dire un petit bonjour.
mars 2003
Ce vieillard a fait des poèmes pires et ce n’est pas elle qui va le contredire aujourd’hui.
Il est cinq heures, je ne sais pas si Paris s’éveille mais un autre bâillement pousse pépé vers sa couche. Comme je suis seul dans le silence savoyard, j’ai à ma disposition 4 lits au moins, plus un canapé-lit de deux places et 7 matelas qu’on a récemment déployés dans le semi-grenier.
Sera-ce suffisant ? La suite a montré que non. Réaction irrégulière à un médicament banal. Doc m’a demandé hier de contacter le palpitologue que je n’ai pas vu depuis un an mais il faudra attendre la fin des ennuis d’Olfra puisque ce spécialiste est en vacances et qu’il habite Annecy. Belle occasion d’aller voir la princesse Caïmahé !
Ma poussiérophobe voudrait revenir de l’hôpital aujourd’hui assez tôt : coup d’œil rapide à la cuisine qui est sans doute dans un état déplorable. Il est inutile que je me fatigue les yeux à contrôler. C’est sans espoir malgré les performances aspirantes de sa fille.
Partons maintenant.
Chapitre VIII
Olfra commence à se poser des questions au sujet de l’opportunité de faire pratiquer l’opération localement. Une cliente de VINO se fait opérer d’un fibrôme à Chambé.
__C’est beaucoup plus compliqué ; il faut reconstruire, analyser et pas seulement couper.
__J’ai pris une résolution et je m’y tiens.
__Il n’y a rien de plus idiot de ne pas changer d’avis quand on en a le temps. Bien sûr, tu ne veux pas avoir de crise pendant notre séjour à la Léchère en octobre : une seule suffit. Réfléchissons ; il s’agit de faire une entaille, de tripoter la viande, de couper et jeter un sac plein de cailloux. Il faut quand même suturer, dériver la bile ( ?). Ici ou ailleurs l’important c’est surtout de se réveiller après l’opération.
__L’anesthésiste est sympathique, elle m’a parlé de sa retraite future.
__Evidemment qu’elle est sympa ; dans le commerce même médical si on n’est pas sympa…on peut se rhabiller.
__On peut peut-être téléphoner à VINO mais je ne le ferai sûrement pas pour ne pas le déranger.
__Il ne demande qu’à être dérangé : il t’a dit qu’il suivait l’affaire.
C’est donc le vieux qui le fera vers 1 heure quand VINO déguste son rôti, après ses visites à domicile. En ce moment il remplace ses deux confrères, avec l’aide de sa femme. Un bref coup de téléphone pendant le rôti et tout est réglé : nous restons ici.
J’ai des pressentiments ni noirs ni blancs mais gris. A toutes ses opérations elle est allée en toute innocence. C’est tout à fait le mot : innocence, en fait comme si elle allait…au restaurant.
Est-ce que je vieillis trop vite tout d’un coup ? Je me préoccupe beaucoup trop à ce sujet, si on prend le point de vue de la logique.
On a encore trois jours et trois nuits. Normalement ça ne m’empêcherait pas de dormir mais cet après-midi j’ai fait une sieste bien méritée qui m’a remis d’aplomb. Aussi, bien que la sieste n’empêche pas le sommeil de la nuit suivante en général, je me réveille une fois, comme d’habitude, mais cette nuit je reste éveillé après une allée et venue à cause de la tisane.
Toujours cette question : les petites vieilles s’endorment, il faut qu’elles se réveillent après l’anesthésie. Pas fatigué du tout cette nuit le vieux qui veille ! Olfra s’endort souvent avec la radio alors que le vieillard tend alors davantage l’oreille pour entendre tous les sons ; ce qui fait qu’il ne tolère pas la radio la nuit. Il ne l’écoute d’ailleurs plus depuis bien longtemps puisqu’il y a la TV. Autrefois il a appris au moins l’anglais grâce à la BBC. Il ne reste plus à écouter avec grand intérêt que la musique super haute fidélité au moyen des satellites.
Pour dormir il y a le choix à cause de tous ces lits. J’entends la radio à travers la cloison ; tiens, elle s’arrête pour faite place à de (légers) ronflements. La radio reprend peu après avec les mêmes ronflements.
Le vieux a un système pour évacuer les pensées inutiles et nocives. Je ne vous dirai pas lequel parce que vous ne me croirez pas et qu’il peut ne pas fonctionner avec vous. D’ailleurs il ne fonctionne pas aujourd’hui avec lui non plus.
Elle ne me contredit même plus et il arrive parfois qu’elle m’approuve. Ca devient inquiétant ; elle fait un tas de lessives et de repassages. Le plus choquant c’est qu’elle me dit en souriant : »S’il m’arrive quelque chose tu me mettras dans une petite boite (urne ?) dans le nouveau cimetière ». C’est juste ce qu’il faut au vieux, il est k.o. debout.
Les Philémon et Baucis de la version latine avaient moins de soucis : ils sont partis le même jour et à la même heure, si je me souviens bien.
Le mieux c’est de se transporter par la pensée, sinon par avion, à Acapulco. Ainsi, tout ce qui arrive ne me concerne plus.
Tant qu’il n’est pas cinq heures il est interdit de se lever. Un bon moyen c’est de sentir le bruit du silence dans la maison, puis sur la place et plus loin sur les routes qu’on connaît par cœur, jusqu’à Sainte Fouette et la route en colimaçon, à un kilomètre, qui y monte. Le silence, résultant de l’absence des puissants et souvent injustifiés 4x4 et de voitures de touristes, est si précieux. Il calme les éventuels agités.
Ce qui me ferait tout oublier tout d’un coup c’est de penser à l’ordi portable qui est en panne partielle. Ca me rase tellement que je n’ai plus envie de penser même la nuit en éveil. Il faudrait téléphoner à un numéro 08. Je viens justement d’obtenir une pièce (graveur) au bout d’un mois après 6 ou 7 coups de téléphone, mais la panne n’a rien à voir avec cette pièce.
Aujourd’hui il faudrait que je parcoure la maigre documentation pour que je comprenne un peu quelque chose avant de les contacter.
Le graveur combiné que j’ai reçu marche très bien. Ouf !
Mais maintenant et soudainement il n’y a plus de son : une sorte de blocage qui fait que la fenêtre qui devrait faire apparaître la gestion des périphériques est insensible. Et aucune possibilité de connexion à internet par ce portable alors que tout marchait très bien il y a un mois. Olfra ne comprend pas qu’un appareil soit en panne.
On croit que tout est parfait dans ces indispensables outils mais c’est faux ; ils sont faits par des humains.
C’est la dernière fois que j’accepte de faire un achat par correspondance aussi loin. Si je n’arrive à rien je donnerai le tout à Charles le jeune assembleur et dépanneur, plein de talent. Le vieillard est trop décati, incompétent et ininteressé pour s’amuser à ces jeux.
En parlant de jeux, lors du championnat de France d’échecs c’est un gars de 20, bien connu, et une belle blonde du même âge, ayant tous deux un nom français, qui ont gagné. Bien loin, le temps bouseux où des gens de 50 ans gagnaient ce championnat. On peut actuellement se présenter à des compétitions internationales. C’est le seul jeu qui m’ait tenté et qui m’a passionné et me passionne encore mais uniquement pour refaire les parties de maîtres. Qu’est-ce que j’ai dépensé comme temps dans les tournois !
Il est cinq heures ; il devient honorable et acceptable de se lever maintenant mais il ne s’agirait pas d’en prendre l’habitude et de remplir des pages à cette heure tous les jours.
« Quand Olfra reviendra après son entrée à l’hôpital mercredi soi, tu dormiras mieux » __Même avant, docteur, il faut se discipliner.
Se porter plusieurs jours à l’avance vers le futur et « sentir » comment on sera à ce moment, vous savez le faire ? Ce serait super ! Qui prendra le brevet pour ce procédé ?
C’est elle qui va se faire charcuter et c’est le vieux qui ne dort pas !
Pour s’occuper raisonnablement pendant la journée ce gros a eu l’idée un peu tardive de faire un poème à l’intention d’une vendeuse du marché du samedi qu’on ne peut s’empêcher de voir tout l’été. Il est un peu tard parce qu’on ne la verra sûrement plus en septembre car je n’ai pas réalisé qu’elle va vraisemblablement à l’école. Elles sont tellement développées à cet âge que rien ne leur manque et que l’école ne semble plus d’actualité.
Allons-y pour le poème du vieillard :
à Aline X
Elle a l’air câline, angélique et mutine.
Vous ne la connaissez pas ? C’est la joyeuse Aline.
A la voir, sentez-vous une cardiaque secousse peu légère ?
Elle fait bien huit sur l’échelle de Richter !
Elle vend volontiers des crèmes et des fromages
Dans une occupation comblant son jeune âge,
Mais peut-être se cramponne-t-elle au bastingage
Car parmi les séracs bien frais et les beauforts d’été
Il faut encore supporter les reblochons en pâtés,
Les bries entamés et les munsters déjà décotés ?
Les Parigots du samedi toujours sous presse
Sont partis vers les métros aux clients compassés.
Nous sommes entre nous, le soleil nous caresse
Et ce n’est plus les brûlures du récent passé.
Sur ce marché plus raisonnable et moins tassé
On va pouvoir tranquillement passer et repasser.
Vivement ce soir sur les coteaux verts de Séez !
Aline et son chéri vont enfin pouvoir danser
En oubliant l’étalage des odorants en pente,
En rêvant des jours heureux de l’école montante.
Sera-t-elle une étoile filante de ce marché
Ou une valeur sûre par la fortune recherchée ?
Ne voyons pas si loin, elle a bien le temps !
Elle est là ; pour nous, c’est déjà du printemps.
(Une horrible pensée soudain me traverse :
Août s’efface, est-ce son dernier samedi ?
Septembre arrive, l’école commence mardi.
Lui donnerez-vous ces lignes, avant l’averse ?)
Trop tard pour qu’elle m’offre un robloch déclassé, mais qui sait ?
Nous avons rencontré ce dimanche non seulement la comtesse mais sa copine Odette. Celle-ci m’avait montré les peintures de son fils qui sont très réussies ; c’était juste à la fin de l’exposition : il remballait pour l’école. J’admire totalement ce genre de talent.
Sa mère écrit des poèmes depuis que son mari s’en est allé pour un monde sans retour il y a une douzaine d’années. Je suis pratiquement obligé de lui écrire quelque chose : c’est une question de dignité sinon d’amitié mais faire un poème à une poétesse ce n’est guère à la portée d’un rimeur de banlieue reconverti ! Prenons des risques. Il est à noter que j’ai remplacé deux lignes plutôt…directes qu’Olfra trouvait trop dures : « Elle saura d’où ça vient ! ». Les voici quand même :
Certains la disent un peu serrée ; serait-elle près de ses sous ?
Mais non, ce n’est pas une calamité, juste une petite sécurité.
Voici donc l’intégrale définitive, sans les images que j’ai réussi à insérer pour faire joli. En général, les gens regardent les images et négligent violemment le texte ; je ne mets donc plus que des fleurs.
à Odette
Sur les hauteurs ombragées de Provenchère,
En maison retranchée, cette jeune douairière
Adore bois, jardins, nature et vieilles pierres.
Sans arrêt elle s’affaire, accrochée à cette terre.
Fière d’un de ses fils au moins, dont le talent
Enrichit d’images l’atelier des artisans,
Elle voyage souvent entre deux capitales.
Pour réactiver en elle moult forces vitales.
Un maître à penser, c’est certainement Odette,
Dont les poèmes mystiques exposent de façon nette
Sur quoi se basent et se développent sa piété et sa foi
Dans un monde où des cultures les refusent parfois.
Nul autre ne décrit comme elle les éléments naturels,
Les gens, les animaux, les araignées et les sauterelles.
Ces vers, il faut bien qu’ils sortent et nous ravissent,
Faits main, denses, colorés, à traits rudes ou lisses.
Odette aime les églises et les villes, le croiriez-vous ?
Elle parcourt la grande Savoie et visite ses amis en été.
Elle semble parfois dans la lune, n’est-ce pas normal ?
Quand on regarde en haut du mont, on néglige l’aval.
De ses yeux malins elle observe ses contemporains.
Qui sait ce qu’elle dirait si elle me voyait en train
De tresser une nappe de roses et d’orties douces
A une poétesse méconnue, caressant arbres et mousses ?
un admirateur transi (2003)
Je lui avais demandé auparavant si je pouvais citer une de ses œuvres. Elle m’a aimablement autorisé à reproduire ce qui suit :
(Où est passé son recueil de poèmes ? Il faudra attendre le réveil d’Olfra ce mardi !)
Petite araignée du soir
Je me défends d’être superstitieuse
Mais pour une petite araignée du soir
Qui se promène, malicieuse,
J’y vois là un grand espoir.
En as-tu fait des allers et retours
Tout au long de la grande pièce !
Et tu passais devant moi à chaque tour
Persuadée que je te tendrais un piège.
Toute la soirée tu t’es promenée,
Cela m’a beaucoup intriguée.
Devant moi, tu t’es arrêtée
Comme si tu voulais me parler.
Mon dieu ! Mais j’ai perdu la tête !
Croire qu’une araignée même du soir
Puisse changer quelque chose…c’est bête.
Pourtant, je lui ai dit mon espoir.
Sur l’image d’accompagnement on voit une très belle araignée. Bien sûr, pour le Nobel de littérature, il nous faudra encore beaucoup travailler tous les deux, mais je trouve ce récit très mignon, d’autant plus que je crois les araignées et les dinosaures aussi intelligents que nous mais dans d’autres mondes non communicants.
Une des grandes caractéristiques de l’humanité, c’est sa prétention excessive. Il y a d’autres êtres plus malins que nous mais vous êtes incapables de les voir !
Finalement, après trois coups de téléphone sans succès (chaque fois un quart d’heure d’attente sans technicien) je me suis décidé à me jeter sur l’ordi portable pour tenter moi-même la réparation. C’est la dernière fois qu’on achète ainsi un portable avec une maison mère à Montpellier et une fabrication en Irlande. Les seuls contacts ont lieu, quand ça marche, par téléphone 08 ou par un email étriqué qui dit la plupart du temps qu’il y a une erreur, donc qu’on ne peut communiquer. J’ai malgré tout envoyé quelques messages internet plus une lettre de pleurs et de colère à la ville française.
Il n’y a plus de son, la liste de matériels n’apparaît pas, il me dit qu’il n’y a pas d’audio et on ne peut pas avoir de connexion internet. C’est donc le blocage et la panique complète. Si je travaillais pour de bon qu’est-ce que je ferais avec cette merveille en panne ?
Le moyen que je vais tenter d’appliquer c’est de réinstaller le système d’exploitation qui a du se mettre plus ou moins au repos. Il faut d’abord enregistrer les dossiers importants, ce que je fais le plus possible puisque le graveur nouveau fonctionne.
Ensuite, je tente de lancer le CD de Windows. Après une ou deux heures pendant lesquelles j’arrive à échapper, par miracle, à une exigence de dossier que je ne connais ni ne possède, on me dit qu’il faut activer cette version (d’origine) en contactant Windows. Il est évident que je ne le peux pas puisque que la connexion internet n’existe pas et que le menu « démarrer » n’apparaît pas. Quelle stupidité technique !
J’essaie donc de revenir au passé. Impossible. Mettre une version plus évoluée comme sur le PC, l’ordi portable ne le veut pas non plus. Il est insensible au CD et comment le secouer ? Je commence à rassembler tous les éléments pour emmener les débris à Bourg et soudain par un miracle digne de Fatima j’appuie sur une touche, n’importe laquelle, et il se met à lire le CD de XP pro. Ce système, plus sérieux, formate le disque dur en une heure de temps et s’installe. Ouf !
Après, mettre les pilotes et le reste ne constitue plus rien de difficile. Même la connexion internet s’installe. Je ne trouve plus les jeux dont la belote mais on les trouvera ailleurs. Quel soulagement !
Toute la nuit suivante j’ai rêvé d’ordinateurs en panne.
Après avoir laissé Olfra à l’hôpital il était entendu (par elle) que je devais aller au cinéma voir des demi-dieux d’Hollyhood et en particulier Bruce Willis et Monica Bellucci.
On est demi-dieu lorsqu’on dépasse un cachet d’un certain nombre de millions de dollars. Le film s’intitule : « Les larmes du soleil ». Ce titre très poétique raconte une expédition de secours au Nigéria qui comporte plein de tribus et autant de rebelles qui luttent contre d’autres rebelles. Il faut du courage pour faire un film sur la guerre.
Je m’attendais à voir survivre les vedettes masculine et féminine seulement mais ils ont laissé en plus quatre soldats. Bravo ! Le son est magnifique et terrible et on s’y croirait, le scénario étant assez lent au début et forcément très simple. Dur de jouer le héros à grimaces d’héroïsme et de sentiments, quand on sauve le monde depuis 20 ans !
En rentrant j’ai recommencé à développer des pensées nocives mais sur les une heure je me suis engouffré dans un couloir d’impuissance et d’indifférence jusqu’au matin.
Entre temps quelqu’un m’avait rassuré en me disant très finement qu’on endort les malades mais que la plupart se réveillent !
Après quelques visites à l’hôpital j’ai obtenu l’assurance vers 2 heures que Madame était dans la salle de réveil. Comme ils n’ont pas pu faire la coelioscopie (par le nombril ?), très à la mode, elle restera sans doute une semaine.
Je contacterai le palpitologue d’Annecy quand on verra plus clair au sujet de la disponibilité d’Olfra. Il faut sûrement une attente de deux ou trois semaines, je ne suis pas du tout pressé. C’est fou tous les cardio-vasculaires qu’on rencontre tous les jours : c’est l’occupation principale des pépés!
Ca me fait penser qu’on va voir bientôt Isabelle dite « Caïmahé » dans un village un peu au-dessus de cette grande ville et que son fils aîné a eu quinze ans il y a peu de temps. C’est une date importante et un beau cadeau s’impose. Ce garçon très calme et un peu timide apprend très bien à l’école mais depuis toujours on lui a parlé du fait qu’il n’est pas un géant comme ceux de son âge. Ce n’est que provisoire mais actuellement il ne faut être en retard nulle part, il faut passer les examens, séduire les filles dès qu’on a un soupçon de moustache et faire des exploits sportifs. Pas étonnant qu’ils vieillissent vite puisqu’ils ne donnent de valeur qu’à la jeunesse. Sa voix a mué, il est prêt pour faire son « devoir ».
A cette occasion, il a reçu un poème de pépé mais je crois qu’il apprécie plus les maths et les choses techniques que la littérature.
à Adrien
L’empereur au vaillant cœur
Domine ses deux petites sœurs :
Cloclo, la remuante gigolette
Et Huguette, la fusée tartiflette.
Tu es zinzin, pépé ; ajuste tes lunettes :
Ce sont de vrais garçons, pas des fillettes.
Mille excuses, Adrien. Avant d’atteindre Choisy,
Je dois de toute urgence soigner ma tête à Annecy.
Il y a quinze ans, Caï était aux premières loges
Espérant que rapidement de la grotte tu déloges
Et quand apparut ce tout petit bout de choux
Tous applaudirent l’aîné, comme des fous.
Cette année charnière te rend bien intéressant :
Tu cesses dorénavant l’âge bête enfantin,
Pas encore adulte, ils t’appellent l’adolescent
Sans remarquer que tu grandis chaque matin.
Tes vieux se tassent un peu tous les jours,
Pépé et mémé se placent hors concours.
Pour l’instant ton enfance tu rejettes :
Certains les tendres années jamais ne regrettent.
Accorde-toi cependant une jolie boite à souvenirs
Puisque tu quittes en ces jours de jeunes armures
Pour faire face à des surprises du futur
Car la flèche du temps te pousse vers l’avenir.
Des craquements subtils se font entendre.
Ne cherchez pas toujours à comprendre :
De leur char, fourbus, les seniors débarquent,
Tandis qu’il neigeait dru à Bourg-les Arcs.
Voici ton ordi personnel, une idée de mémé.
Etant le plus grand tu devras fort ramer
Pour t’ouvrir les portes des universités
Et remplir des pages studieuses à satiété.
Ta barbe pousse, laisse-la librement s’échapper
Il n’est pas le temps encore de regrouper
Ces poils farfelus qu’on modèle en moustache
Pour peu qu’on s’attelle soigneusement à la tâche.
Nous terminons à présent sans plus de détours
En te disant joyeusement en ce noble jour :
Nous te souhaitons tous à toi, le premier né,
Un heureux quinze ans et une vigoureuse année.
Pépé et mémé
Bien entendu le môme a du être content de ce cadeau. Pour les études il n’y a rien de tel qu’un ordi pour chercher et pour présenter.
Chaque fois que je téléphonais à l’hôpital ça ne répondait pas : officiellement Madame se reposait et dormait. Finalement, après enquête ces inconscients avaient donné un faux numéro, qui évidemment sonnait ailleurs, et que j’avais transmis jusqu’à l’autre bout du monde par email.
Elle est fatiguée sans doute et a une faible tension, c’est plutôt normal. Il parait qu’il y a moins de complications lors d’une opération selon les anciens principes que par coelioscopie.
Soulagement pour le vieux…et les jeunes qui s’informent constamment.
Chapitre IX
A part Olfra, qui se remet lentement et qui devrait revenir ce mercredi, et les deux ordinateurs que j’ai réussi brillamment et par chance à réparer, c’est maintenant le satellite qui est en panne.
Je connais la question depuis une quinzaine d’années ; aussi je ne crains personne sur ce terrain. Au début ça me passionnait mais maintenant je préférerais que tout marche indéfiniment.
J’ai honte de le dire mais j’ai une parabole de un mètre quatre-vingt dont j’ai hérité depuis que nous avons quitté le 77 et que je pensais ne jamais utiliser. Mais finalement il y a un vieux cerisier au bout du toit en pente qui ne fait que deux mètres de haut à cet endroit et j’ai installé l’engin sur une poutre parallèle au cerisier, lequel n’a d’ailleurs pas bien supporté d’être ainsi crucifié ; il a de plus en plus de branches sèches, surtout avec la chaleur de cette année.
Au milieu de la parabole il y a un petit convertisseur, LNB, pour faire Américain, et devant, un dispositif pour changer la polarité de verticale à horizontale. Ce cylindre mystérieux fonctionne magnétiquement (ferrite) en recevant 2 ou 4 volts. Il est impossible de l’ouvrir et quand il ne veut plus changer de polarité on le soupçonne, on l’accuse, mais rien ne l’indique à part le fait que certaines chaines ne sont plus reçues.
Actuellement la grande mode c’est de prendre un LNB dit universel qui change la polarité intérieurement par une tension amenée directement par le câble. C’est plus simple mais moins sensible, d’après mon expérience. J’ai donc mis ce type de LNB à la place des deux pièces et ça remarche. Je n’ai pas besoin d’une sensibilité énorme pour recevoir ce qui m’intéresse mais en tant qu’ancien technicien je veux toujours obtenir le maximum.
Pour donner un exemple, le satellite égyptien qui est un des plus difficiles à recevoir m’envoyait au moins 140 chaînes dont beaucoup sont codées et maintenant il n’y en a plus que 110, une misère ! On ne trouve plus guère de polariseurs magnétiques séparés sur le marché parce que les autres systèmes sont beaucoup moins encombrants. C’est le deuxième qui me lâche (sans raison, comme toutes les pannes).
En vérifiant le lendemain les deux polariseurs en panne je constate que le premier a une résistance infinie (donc le bobinage est coupé) mais que le deuxième a une résistance de 60 ohms. Il est donc bon et c’est la connexion entre ses fils et le câble de 20 m qui est fautive. Après réinstallation et une connexion révisée je retrouve 190 chaines sur ledit satellite égyptien. Je regarde surtout les films Américains en anglais, avec sous-titres arabes, que transmet une des chaines.
La panne était arrivée après la pluie et le vent.
Cette nuit même la pluie est tombée violemment.
Pour montrer comme c’est pratique la rapidité des communications par internet (probablement avec des lignes téléphoniques par satellite, ce qui fait 72000 km) je peux citer un exemple banal : j’ai envoyé ma liste téléphonique à Paul en Amérique pour lui demander comment on arrive à mettre les noms par ordre alphabétique. Comme il était réveillé il me l’a renvoyée presque immédiatement selon le format voulu, par email, ce qui fait un voyage de 20 000 km sur la planète.
Ce vendredi soir est venu Patrick le Suisse, avec sa femme et sa fille, toutes deux vietnamiennes. Quand on vit avec une ou plusieurs personnes de cette nationalité on reçoit les compatriotes de tous bords car ils prennent contact immédiatement et constamment. La vie n’en est que plus variée.
L’habitant de Bernay-Genève est dans les montres de luxe. Il m’a dit que plus c’est cher plus ça se vend, évidemment pas à la France d’en bas. Après avoir bien bossé avec talent, sans aucun doute, il est responsable de 80 personnes. Toutes les fabrications qui se faisaient en France se font maintenant en Suisse.
Les 35 heures font peur à beaucoup de gens. La retraite dans ce pays est à 67 ans : on croit rêver quand on voit certaines corporations qui prétendent à des conditions bien plus avantageuses comme s’ils étaient seuls au monde. L’Allemagne c’est 67 ans et l’Autriche 65. Enfin, chacun fait ce qu’il peut pour obtenir « le bonheur ». Il est à noter qu’en Suisse les maçons peuvent partir à 60 ans : ils le méritent bien.
Ce Suisse est très intéressant à beaucoup de points de vue et il ne manque pas d’acheter une vingtaine de fromages de chèvre à chaque fois pour les copains. Hier il y avait une inflation de noms en Hanh ou Anh , au moins trois. Si j’ai bien compris sa femme s’appelle Hanh et sa fille Anh, ce qui pour nous se prononce pareil. Comment ils s’y retrouvent ? En donnant un surnom à la fille qui n’a pas voulu d’un prénom européen (en plus ?) quand elle a été adoptée à 10 ans. Si c’est pour remplacer le sien, je la comprends mais si c’est un prénom additionnel pourquoi pas ?
(En revenant sur les prénoms, je peux parler de celui d’un cardiologue égyptien qui était à l’hôpital. Son prénom : Mamdouhh était fait pour tester le souffle de ses patients car il voulait qu’on prononce le double h qu’on appelle communément « aspiré » mais qui est plutôt expiré).
Comme j’étais tout seul on m’a poliment invité à déjeuner en compagnie de cousins qui ont d’ailleurs aussi adopté une fille qui a maintenant 27 ans. A l’instant je reçois un email d’un couple qui a aussi adopté une fille il y a bien longtemps. Anciennement, on pouvait adopter plus facilement un enfant européen mais c’est plus difficile à la présente époque.
Je parle petit viêt avec ma belle-sœur , ce qui me vaut les reproches des autres mais je ne suis pas chargé de lui apprendre le français. J’ai d’ailleurs une méthode luxueuse pour enseigner le français à des étrangers : il faut parler comme eux avec leur accent et petit à petit les amener à une meilleure prononciation et un meilleur style. Pour l’instant il faut simplement se comprendre : « Tonton manger avec nous ? Non, merci, tonton manger bifteks, ba (= 3) ou bôn (= 4) dans frigo . Vieux déjà ».
La famille suisse repart ce dimanche après-midi, lui pour faire ses 50 ou 60 heures et les autres pour effectuer des remplacements dans un restaurant ou pour aller à l’école. Leur fille étudie très bien et veut comme avant devenir médecin, ce qu’elle arrivera sûrement à faire.
La nièce viêt de 18 ans se fait aussi inviter en Suisse pour trois ou quatre mois et ensuite va au Viêtnam pour Noël. Est-elle née sous une bonne étoile ? Celui de 50 ans qu’elle voulait séduire est étonné qu’elle ne lui a pas dit qu’elle partait. Moi, pas. D’ailleurs, elle ne le savait probablement pas avant le dernier jour.
Les clients de Patrick sont des cheikhs arabes et beaucoup de Japonais et de Chinois. En Chine il y a parait-il des milliardaires au Comité Central !
L’importante question aujourd’hui pour moi est de savoir si la comtesse va me faire l’honneur d’accepter mon invitation au restaurant ce midi. Va-t-elle se sentir compromise ?
Ce samedi au marché la destinataire de mon court poème était évidemment absente. L’école a repris. En passant discrètement ( ?) j’ai entendu la patronne dire qu’il était temps d’aller boire un café. Je l’ai donc suivie pour en prendre un aussi. Elle était accompagné d’un garçon de 16 ans ou plus (son fils ?) et il se trouve que la conversation s’est tout de suite établie. Quand je lui ai dit que l’ordinateur avait fait une carte postale pour cette petite vendeuse et qu’elle pourrait peut-être lui remettre ce qui l’a intéressée c’est surtout que je pourrais peut-être taper son curriculum vitae.
Elle a employé un mot plus simple que j’ai oublié. Bien sûr, je lui taperai. (J’adore la simplicité de la province !). En fait c’est une vendeuse aussi qui a commencé à travailler à 14 ans et le garçon va rentrer dans une école technique pour devenir mécanicien de motos. Ma commission est donc faite, je suppose. « Vous lui direz que c’est un admirateur qui a 2 ou 3 ans de plus qu’elle ( !!!). Peut-être qu’elle devinera ».
En parlant plus tard avec la cousine qui s’occupe de la belle-mère pendant l’absence d’Olfra j’apprends que Aline est la fille d’une nouvelle serveuse, qui vient de prendre son service à ladite Auberge et qui est la sœur du mari de la cousine. En plus, je connais la mère. Comme ce monde est petit !
Ce dimanche la comtesse ayant accepté noblement mon invitation je rencontre par hasard Zibeline qui accepte hautement mon invitation. Bien sûr elle veut nous inviter parce qu’elle a compté combien de fois elle est venue chez nous mais elle n’a pas le choix : si elle veut descendre à Bourg elle est invitée. Quel plaisir de voir des gens sans radinerie ; c’est souvent ceux qui n’en ont pas les moyens ; les autres… mieux vaut ne pas en parler.
Nous allons donc à l’Auberge du saint Gothard. A Bourg il n’y a pas un choix phénoménal de restaurants mais on arrive à trouver un ou deux endroits où le fameux rapport qualité/prix est acceptable.
La patronne apprenant qu’Olfra est à l’hôpital nous offre l’apéritif. Ce n’est pas l’émotion qui lui dicte sa conduite car elle l’a déjà fait mais c’est la seule qui le fasse. C’est d’autant plus méritoire qu’on ne prend jamais l’apéritif en temps ordinaire.
Je me souviens de ce que m’a raconté une cousine au sujet d’un autre restaurant que je ne nommerai pas. Elle avait invité six personnes, ils ont pris le menu le plus cher, avec du vin, pas de la piquette et elle a eu l’idée de demander qu’on téléphone à la mère du restaurateur pour l’inviter à boire le café, ce qui fut fait. Au moment du départ après l’addition le patron lui a couru après pour lui dire qu’il avait oublié de compter le téléphone (pour sa mère !). Bien sûr, il a perdu énormément en gagnant un franc car elle n’est plus revenue. Compter c’est bien mais faire une aussi grande bêtise psychologique ce n’est pas très fort.
Toujours est-il qu’on a bien mangé (léger) et qu’on y retournera.
L’Auberge du St Gothard
La grande salle est splendide,
Elle n’est donc jamais vide.
Sous l’immense cheminée, l’âtre domine ;
Même les touristes pâlis ont bonne mine.
La mince et élégante hôtesse,
Toute en fines et sobres rondeurs.
Accueille avec une optimiste ardeur,
Et jamais le client ne délaisse.
Le cuistot hors du four ne se voit pas ;
Seuls émergent ses bons petits plats
Que fait naviguer le couple dynamique,
Qui bloque en sourire un début de panique,
Lorsque soudain le gros de l’hostellerie
Par un club des « 40 heures » est envahi.
Bientôt, toutes générations confondues,
Les rassis attaquent avec fièvre leurs fondues.
Les menus chaque journée varient
Et quotidiennement deux fois se modifient.
Ainsi, le déjeuner le plus frugal
Chez les joyeux chalands est un régal.
C’est alors que les soupirs râleurs s’éteignent
Et qu’au dessert une bonne ambiance règne.
Pour qu’on ne vous croie pas en retard,
Accourez, en famille, au St Gothard.
!
Olfra va donc partir bientôt de l’hôpital et je la trouve très fatiguée. Dois-je mettre les pieds dans le plat et dire au beauf que sa femme de 40 ans pourrait bien laver les affaires de sa belle-mère ? Il parait que non. Attendons les événements.
Je suis allé au « 6ème âge médicalisé » voir la directrice qui n’est évidemment pas là. La personne qui m’accueille dit qu’elle fera son possible, mais comme mémé a refusé d’y aller l’année dernière elle a perdu sa place. Ils remplacent les hommes par des hommes et les femmes par des femmes. Bien sûr il y a trois fois moins d’hommes. A 91 ans, du moment qu’on s’occupe de cette personne entièrement elle ne devrait pas pouvoir choisir son emplacement de séjour. Un enfant ne choisit pas : elle en est là.
Pourquoi nous prolongent-ils alors que la sécu ne fait que se creuser ? Une centenaire fait honneur à l’institution mais auparavant il y en a tant de choses à faire, des draps à laver et des couches à acheter. Si la cervelle n’est pas alzheimérisée ça va encore mais ce n’est pas toujours le cas.
Pour contrarier un peu l’hôpital où une pancarte indique en trois langues qu’il est strictement interdit de venir avant 11 h et demie, je pars à 9 heures et arrive tranquillement à 10 après avoir acheté le fameux magazine de TV qui comporte entre autres des mots croisés. En passant devant le repaire des infirmières j’ai dit bonjour en toute innocence. Pourquoi se cacher quand on va contre le règlement ? Dans un service de chirurgie il n’est pas logique d’avoir des heures de visite très strictes. Tout le monde n’est pas en retraite, heureusement : on a des obligations qui ne correspondent pas ! Ils me mettent à la porte quand ils changent le pansement, et après ?
En repartant vers le haut j’amène un filet de poisson à Blanchette qui commence à ressentir les approches de l’automne. Elle me dit tout net qu’il commence à faire froid, ce qui est idiot : il fait très bon. La diminution du nombre d’heures de lumière agit négativement sur ces tempéraments fragiles bien que de fond savoyard. Ma secretaire viêtnamienne de Paris a suivi un traitement par la lumière artificielle et ça fait vraiment de l’effet sur des gens qui sont nés avec le soleil (accroissement du nombre d’heures de lumière).
Il y a un peu de brouillard sur 500 m en partant du Blossel mais le soleil est là tout l‘après-midi. Pas de quoi défriser un chien !
Cet après-midi sont venus des cousins éloignés qui habite un hameau appelé Champoulet. Ils vont bientôt repartir eux aussi pour les environs de Moutiers. Ils ont adopté la fille de 27 ans dont on parle plus haut.
Encore deux « transhumeurs » qu’on ne verra plus guère cette année. Nous aussi on ressent l’effet des pluies. Pour les Savoyards résidents c’est pire parce qu’ils savent qu’il faudra chauffer au bois (peu de chauffages au fuel) et l’influence de la nature est ici primordiale et plus énergique.
Comme Olfra quitte l’hôpital demain j’ai laissé une petite carte postale aux infirmières :
à l’Hôpital
Vous aussi vous êtes à l’ hôpital ?
Vous vous y sentez bien ou plutôt mal ?
Je n’ai pas grand chose : c’est la tête
Elle est assez vide, ils la rendent moins bête.
Je venais visiter ma femme : elle est au bloc
Ils ont voulu retirer tout ce qui la bloque,
Mais finalement ils n’ont enlevé que la vésicule.
C’est mieux de lui laisser ses bonnes molécules.
Ce jour il faut qu’elle rentre, on la libère
Et ce matin elle va regagner sa vaste maison.
Tout est prêt pour elle, elle se fera une raison :
On ne peut pas toujours être loin de sa mère.
Le soleil a décidé de se montrer sans fards
Il ne faut pas que la limousine soit en retard.
Accélérons pour donner à Olga sa camomille,
Ce n’est pas tous les jours qu’on rentre en famille.
Vous voudriez y retourner, revoir le docteur Yoghour ?
Il est bien gentil, mais je préfère passer mon tour.
Il n’aura pas de mal à trouver des jambes enflées,
Des estomacs à récurer et des varices à dégonfler.
Poète obscur attardé au XXIème siècle
Olfra est donc revenu avec le caractère inchangée mais elle fatigue. Pas question de se mettre au lit à cause d’une éventuelle phlébite et juste un peu de marche. L’obscurité envahit progressivement la zone, les températures baissent ; c’est très spectaculaire. Le soleil a vraiment pris son virage d’automne. En fait, c’est la première fois qu’on est ici en septembre puisqu’on est habituellement à La Léchère pour se tremper trois semaines, c’est beaucoup plus bas. D’habitude il fait un temps splendide pour se faire pardonner un mois d’août plus douteux mais comme il faisait très très chaud en juillet et août la météo se venge. Il ne fait pas froid mais l’automne agit fortement sur les tempéraments fragiles et les solitaires de tout poil.
En attendant j’ai pris rendez-vous avec le cardiologue qui fait partie d’un groupe de spécialistes.
L’année dernière un petit vieux espagnol a été obligé de quitter son cher Villardâgé pour rejoindre un milieu plus protégé. Il avait son petit jardin et très fréquemment nous apportait de la salade : quand çà pousse ça n’arrête pas de produire. Son petit logement sur la place est vide.
Energique comme tous les immigrés (de très longue date, 1936 sans doute !) il s’est bien adapté en bas mais au début c’était dur de ne plus se promener, sans canne, vers la Bosse. On le voit tous les samedis au marché et il a gardé son humour et son goût pour les histoires car il lit encore malgré ses rustiques 89 ans. Je lui ai trouvé des ancêtres illustres dont les noms sonnent comme au pays de don Quijote.
à Félix
Dés l’automne, el marqués de Villardâgé
Reçoit des avis concordants : tu es trop âgé,
Quitte ton domaine froid, très ombragé,
Pars vers la dense cité, près du fromager.
Don Félix de la Reguera y Osorio de Moscoso
Gayoso de los Cobos y Fernandez de Cordoba
Sonne alors son équipage et part à l’assaut
Du gros bourg, vers la France d’en bas.
En été, chaque jour, entre deux promenades
Il cultivait carottes, citrouilles et salades.
Pour grimper à la Bosse, la canne en mélèze
Etait un symbole d’une verdeur bien à l’aise.
Dorénavant, la chaude Roselière l’accueille
La canne est rejetée, à l’envol des feuilles
Et le marché bruyant entoure l’ancien esseulé
Qui, hier encore, se trouvait bien isolé.
Aujourd’hui, tu es vivement invité
A la fête, pour siroter les vins et déguster
Le repas des anciens et jeunes retraités,
Maintenant qu’est passé le brûlant été.
L’hiver lentement se fait neigeux,
La limousine attend Félix le valeureux.
Le voyage court atteint bientôt l’église,
Puis l’hôpital, et l’indispensable dialyse.
Il pense bien sûr encore à sa maison blanche
Et compte revenir, après les avalanches.
Le printemps, comme toujours, se montrera beau.
Le soleil chauffera et le vieil hijo de algo
Sentira l’irrésistible appel. Nuestro amigo
Se laissera alors rêver à la France d’en haut.
Miguel y Olga
Ce vieil Espagnol, super-savoyardisé, continue à faire sa popote et à subir ses deux ou trois dialyses hebdomadaires mais regrette toujours son village trop haut, qu’il ne verra plus à cause du « corazon » qui bat trop vite.
On parle de supprimer l’hôpital (et la dialyse !) pour en faire un plus grand à Albertville, à l’aide de quelques milliards. Toute la population est mobilisée contre ce projet technocratique.
Comme ce sera pratique d’y aller sur la route unique, très souvent embouteillée en hiver. Les hélicoptères vont valser !
Tout passe, tout change, mais ce sont ceux qui ont eu la vie la plus dure qui s’en sortent le mieux.
En attendant faisons nos petits bagages pour le court voyage dans la capitale de la Haute-Savoie où se trouve un lac que tout le monde adore bien sûr. Il y en a beaucoup qui aimeraient y habiter : au moins il y a toujours du mouvement et sa bibliothèque est très fournie !

No comments:
Post a Comment