Sunday, November 18, 2007

SAVOIE 3

Chapitre X

Notre belle-sœur Viêt répète ses phrases françaises telles que : je suis directeur, je suis fatiguée, avec beaucoup de constance. Elle me fait répéter : tôi là mêt (je suis fatigué).

Si je restais toute l’année en contact avec elle j’apprendrais peut-être quelque vocabulaire mais nous allons transhumer dans un ou deux mois. Mon enthousiasme est donc peu élevé. C’est pourtant bien plus facile que le chinois et le japonais puisque les missionnaires leur ont donné l’alphabet latin avec beaucoup d’accents (six au bas mot).

Son mari Arthur a une opinion bien tranchée sur la question et s’intéresse à cette langue comme à ses dents de lait. Sa phrase viêtnamienne préférée est la suivante :

Lang à là công, ce qui est bien sévère.

Ils ne peuvent pas tellement prononcer les consonnes finales qui n’existent pas chez eux dans cette position. Par exemple, elle m’appelle toujours : Missenn mais de temps en temps, je ne sais pas si je rêve ou si je perçois son intention seulement, il me semble entendre : Michel. Il en va de même de : directeu et directiss, le r se prononçant souvent z ou j.

En chinois il existe une liste de syllabes limitée d’où on ne sort jamais. C’est sûrement la même chose en viêtnamien.

Je suis stupéfié de la faculté d’adaptation de ces gens qui arrivent sans connaître un mot de français et se débrouillent magnifiquement. Quant aux prénoms jusqu’ici je n’ai pas trouvé beaucoup de variété. On trouve : Hanh (2 fois), Hân, An, Anh et l’homme de An s’appelle Na. Formidable ! Ma secrétaire s’appelait Nghi et sa sœur Zoung, ce qui est nettement plus distinctif.

Le temps est très beau mais j’ai hâte de me secouer et faire un petit voyage. Olfra récupère lentement et ne peut s’empêcher de faire à manger. Elle ne peut plus rien porter.

L’expérience montre qu’il vaut mieux pour une jeune femme épouser un vieux qui a du pognon, mais de loin comment le savoir ? Lorsque nous partirons en novembre pour arriver en bas à Bourg à 13 km cette fille ressentira fortement notre absence mais ils ne manifestent pas leurs émotions tristes car ils croient très fermement à la vie.

Aujourd’hui c’est la chasse. Il parait qu’il y a trop de sangliers : ils font des dégâts. Le remède c’est de les nourrir avec de la polenta pour les fixer. C’est le grand branle-bas des congés payés d’automne. Il ne sert à rien d’élever des chiens sans s’en servir au moins une fois. Moi qui ne tire que sur les mouches et malgré mon peu de goût pour ce sport j’ai écrit un poème symbolique pour un voisin :

à Irénée

A l’ouir on dirait plutôt un noble père de l’Eglise

Mais c’est un citoyen à cravate et à blanche chemise.

Il faut bien que quelques hommes de forte corpulence

Montrent que le dimanche pieux de survivre a sa chance.

Autrefois, il visait les hauteurs raides et sublimes,

Grimpait sur les pentes et skiait sous les cîmes,

En quittant son village pour les tire-fesses de Valloire.

Maintenant, il se contente de regarder rougir l’avaloir.

La période automnale d’aventures le taraude. Il envoie au Maroc

Sœur et femme pour pouvoir chasser le chamois et l’aurochs ( ?).

Il s’entraîne sur Solliet dans des terrains de bric et de broc,

Et de son puissant fusil vise d’innocentes et poilues créatures

Que lui offrent sans honte avec circonspection mais démesure

Les gardiens du paradis de la sauvage et généreuse nature.

Que fait-il dans sa vaste demeure bien équipée, en sapin,

Avec chauffe-eau, lave-linges et cheminées à cassettes ?

Réalise-t-il de bons petits plats ? Ecoute-t-il du rap ou du Chopin ?

Ou simplement, se cultive-t-il sur TV, en cassant des bûchettes ?

A Villardâgé il a trouvé moyen de trébucher et de mal tordre

Ses articulations. Rectifier les dommages, souder les cassures

Ce n’est pas une mince affaire et les vicieuses brisures

Nécessitent du temps perdu pour effacer les désordres.

A présent, il ajuste les jumelles et sent en lui bouillonner l’ardeur,

Il oublie les plâtres orthopédiques, c’est le Savoyard grimpeur !

Pas de quoi donner une entorse à un sanglier dont ne parle d’ailleurs pas mais je compte les points et je surveille les chasseurs quand ils reviennent bien chargés ( ?).

Par hasard je vois mon copain l’électricien qui me dit qu’Irénée a reçu de moi une carte postale, que c’est bizarre et que d’après lui je suis spécial ( ?). Je lui avais placé dans sa boîte puisqu’il promenait son chien. Mon copain me dit : tu peux être sûr qu’il ne t’en parlera jamais. Le lendemain je parle avec Irénée un quart d’heure devant chez lui et effectivement il ne m’a parlé de rien.

Nous allons au Blossel pour voir la cousine. Blanchette creuse sa dépression automnale et hivernale et pour l’aggraver elle se met mal avec sa voisine ; elle ne parle donc plus à grand monde, ce monde étant déjà très réduit depuis le départ des Parisiens. Quand on lui parle de la grave maladie de quelqu’un qu’elle connaît elle se trouve beaucoup plus malade et malheureuse. Le remède ce sont des drogues pour dormir ou se réveiller, ce qui augmente fortement cette névrose. Que peut faire le médecin ? L’humanité cherche à s’occuper ; quand la vie est vide on se crée du souci pour rien et on finit par devenir malade pour de bon.

Elle n’a qu’une fille née posthume et qui est mariée. Lors de ce mariage un vieux (qui n’était pas au mariage) a fait un poème. C’était le début d’une vocation tardive mais il n’avait pas d’ordi, juste une machine à écrire, avec correction au moyen d’un liquide blanc. C’était beaucoup moins facile et les 15 corrections habituelles de maintenant étaient exclues.

VILLARâGé, le 2 septembre 1989

(bicentenaire de la Révolution au Blossel)

Toute seule, Blanche

A fait un ange

Comme Marie

Aujourd’hui l’ange marie

Albéric le valeureux :

Grand, fort, heureux.

Montagnes, ciel bleu, contemplez

Le cortège enrubanné.

Tous au Mousselard

Pour la soupe au lard.

Quel mélange :

La mésange

Et l’arbre fruitier.

Sûr, c’est un héritier.

Car bientôt sur berceau se penchent

Germaine, Blanche, Ange et Marie-Ange.

A-t-il les yeux pervenche ?

Est-il aussi un ange ?

Froidure, neige, tremblotements,

Piaillements,

C’est le nouveau-né

De la nouvelle année.

/Tous les cousins vous congratulent et vous envoient leurs meilleurs vœux de joyeux accomplissements, d’empoignades et de réconciliations.

En un mot : de bonheur.

Olfra, Michel, Arnaud et Paul

(retenus par de sévères obligations parisiennes)

Isabelle et Anne (sur place)/

En fait l’héritier fut une héritière qui a maintenant 13 ans et plus tard apparut une autre héritière de 10 ans. Les parents qui étaient relativement modestes dans leur poids ont grossi beaucoup trop et de même les deux filles. C’est la famille typique à obésité précoce. La deuxième fille qui était mince, blonde aux yeux bleus est devenue aussi un exemple d’élargissement très décevant. Elle a peut-être encore une chance de s’en rendre compte à l’adolescence mais dans cette ambiance, c’est douteux.

La carte postale du mariage était très optimiste pourtant.

C’est le moment de faire le voyage vers Annecy, à peu près une heure et demie de route en une seule file. Quand on n’a plus l’habitude de voyager même modestement c’est tout de suite impressionnant. Après Moutiers et le service des impôts qui a mis toutes les taxes immobilières au nom du frère aîné (crise cardiaque assurée si on ne fait pas changer les noms !) on file vers Albertville et sa voisine Ugine. A Albertville nous contactons les services du téléphone pour obtenir un combiné pour le fax puisque la prise creuse où est branché le fil ne fonctionne que quand elle veut. Pour la livraison il faut aller sur place : impossible de se faire envoyer la pièce ! Sont-ils commerçants ? J’en doute fortement.

Un temps idéal d’automne sans automne et si peu de voitures. Tous les touristes sont repartis. Le long du lac on passe par le village de Duingt qui n’est pas remarquable seulement par son nom mais par le fait qu’un gisant du XVème siècle au nom de Bertrand de Duingt repose à l’église de Séez près de Bourg. Il y a sans doute encore un château le long de l’eau.

On arrive tranquillement au dernier tournant et quand nous voulons nous arrêter au parking en face de l’hôpital il n’y a évidemment pas de place. Que de voitures en plus par rapport aux autres années ! Il faut aller dans la rue du poète André Theuriet dont je me souviens qu’on en parlait à l’école primaire. En parle-t-on encore maintenant ?

Un petit coup d’œil au menu du « Coriandre » qui nous convient parfaitement. Isabelle est là juste à temps pour le rendez-vous. Au cours des quinze dernières années les prestations sont de plus en plus petites dans l’assiette mais c’est toujours excellent et c’est la classe. Pourquoi ne leur as-tu pas fait de poème ? Bonne question.

Il faut aller voir le palpitologue pour 15 heures. Il s’excuse de son retard mais il n’est que 15 heures 5. Très rare chez les médecins ce type de comportement. Le vieux ne l’a vu que quatre fois au cours des années précédentes mais le souvenir qu’il en a c’est une personnalité sympathique et simple. Sa barbe poivre et sel cache son âge qui n’est que de 53 ans. Pour me racheter de mon absence de un an et demi je lui ai fait un poème que finalement je lui ai donné avant l’échographie non pas pour qu’il me prescrive un médicament en plus mais pour le mettre de bonne humeur. Mais il est toujours de bonne humeur ! D’habitude les intéressés regardent les images et font des commentaires sur les images dont seul l’ordi est responsable. Les médecins eux lisent le texte sérieusement comme si c’était un rapport de maladie catastrophique. Evidemment s’il ne s’était pas appelé comme indiqué ci-dessous je n’aurais pas eu l’idée de départ.

au Dr Kauping

Aujourd’hui, vous allez consulter le Dr Kauping

Il ne s’agit pas de faire votre beau malin,

Il faut même vous lever de très bon matin

Pour arriver tôt au pays des verts sapins.

Vous le connaissez : mérite-t-il son nom ?

Je dirais volontiers : plutôt oui que non.

Pour observer et choyer le siège des émotions

Il faut que sa pompe aussi ait des commotions.

Il vous arrive parfois des cardiaques secousses

Dans ce domaine où rien à neuf ne repousse.

Que fait le spécialiste alerté ? Il ralentit vos soupirs

Par des produits dont les effets sont difficiles à prédire.

Donné imparfait par la nature il fait de nocives lenteurs.

Le palpitologue se précipite pour accélérer le moteur

Et vous implante une délicieuse et efficace pile

Qui vous permet de recoller de cet écheveau le fil.

Parfois, vous haletez pour une valve pas mal déclassée

Il vous introduit du plastique et jette l’élément du passé,

Ce qui vous rend à nouveau heureux de respirer,

Prêt à courir, avide de sentir les efforts et d’aspirer.

C’est bien vous qui m’avez dit : mon vieux palpitant

Se met à faire des pointes d’accélération, il me ment,

Car pour faire le peu de choses que je lui demande

Il fonce, il fonce comme s’il allait rater la commande.

Allez voir le cardio-soucieux, il vous ralentira le rythme,

Par ses secrets bêtabloquants ou ses anti-asthmes.

Quelquefois, il vous dit : vous n’avez pas assez vécu,

Creusons davantage et durablement le trou de la sécu,

Ce muscle dépassé, ce gros enflé morbide est trop usé,

Changeons-le, puisque certains jeunes leur vie ont brisé.

Tout cela me gonfle terriblement, après tout que m’importe ?

L’échographie mesurera des distances bien décevantes

Chatouillera les oreillettes, verra les athéromes sur les aortes.

Ca suffit, ne me racontez plus vos histoires secouantes !

J’étais venu joyeux comme pour visiter un copain

Dans ce pays où poussent les rectilignes pins.

Poète attardé au XXIème siècle : sept.2003

(Suivait une image de bateaux à voiles)

Enfin des vacances avec des sourires ensoleillés !!!!

Tout cela pour dire à la fin que le moteur est toujours aussi douteux mais n’a pas empiré. Dans la lettre au médecin traitant, le Dr VINO, il parle de dilatation habituelle d’oreillette et de FEVG inchangée de 47%, ainsi que d’absence de HTAP.

Autrement dit : arythmie perpétuelle jusqu’au tombeau.

Il est content et je suis content… qu’il ne m’ait pas donné une drogue supplémentaire.

Après recherche, FEVG ne veut pas dire : formation éventuelle d’une vacherie globuleuse, mais tout simplement : fraction d’éjection du ventricule gauche, ce qui est nettement plus médical. La valeur normale est de 60%, ce qui est moins éloigné que 100%. Entre 40 et 60% le muscle est altéré plus ou moins. Après, c’est pire. Quant à HTAP il s’agit d’une hypertension artérielle pulmonaire qu’il vaut mieux ne pas avoir, d’après ce que j’ai lu.

En Savoie nous avons bénéficié il y a quelques années des humeurs de Tchernobyl. La pollution s’est arrêtée à la frontière des Alpes ; ce n’est pas une plaisanterie car les poussières se sont posées sur les hauteurs et avec l’eau et les végétaux on recueille chaque année les dons en provenance d’Ukraine. Il en résulte que beaucoup ont une thyroïde trop active et se font enlever des nodules, beaucoup plus souvent qu’ailleurs. Le vieillard a hérité de sa mère une hypothyroïdie, c’est-à-dire juste l’inverse. Elle aurait mieux fait de me passer les qualités de son cœur qui a fonctionné jusqu’à 90 ans.

Après cet intermède médical nous courons vers Les Crêts de Choisy sur les hauteurs à 15 km plus loin. C’est le domaine de la princesse Caïmahé, Isabelle la fille aînée. Son mari, qui n’est pas prince, et ses trois fils habitent une maison, tous les jours améliorée, avec un jardin de 5000 m2. De tous côtés des pommiers, des pruniers et des poiriers que plante le patron qui est un passionné de pomologie.

Les vieux arrivent en fait juste à temps pour permettre aux parents d’avoir un peu de vacances

à Caïmahé

Cette nuit, j’ai clairement rêvé de toi,

Sans beaucoup d’ordre ni de loi :

Tu étais en voyage réel sur la LUNE

Avec une autre cosmonaute brune.

Dans le journal, en première page

On voyait ton air hardi et sage.

Ne me demande pas pourquoi :

J’en suis encore tout en émoi !

Dans cette lunaire et difficile épreuve

Contrôlée, semble-t-il, par une association

Au nom prometteur de « Peace and Love »,

Il fallait montrer de l’aventureuse passion

Mais ce n’est que de fumeuses spéculations

Qu’une futuriste appellerait encore élucubrations !

Pépé et mémé bloqués sur la planète TERRE

Ont jeudi préparé leurs valises légères

Pour se diriger sous le soleil vers Annecy,

Presque sûrs d’arriver aujourd’hui à Choisy.

Pourquoi pendant ces courtes vacances

Vous agitez-vous loin des trois gamins ?

Voulez-vous à nouveau tenter la chance

D’ajouter une petite blonde à ce jardin ?

Les rassis, tout contents, sont arrivés en douce.

Hugo, le futé, suce ses deux pouces,

Clovis premier, avec son air farouche

Taquine l’empereur, qui ouvre la bouche

Pour signifier qu’Adrien est le chef

Et que les meilleurs cris doivent rester brefs.

Dès qu’Alain et Caï partent en proche voyage,

On s’efforce de tourner de belles pages

Et lorsqu’ils reviennent (déjà !) au pays

Retrouver le chemin de leurs grands petits,

Pépé et mémé à leur train-train retournent

Et le rôt, les crozets et les navets enfournent.

Ce n’était qu’une heureuse et gaie ballade !

En profitèrent-ils pour faire de belles promenades !

Nous les quittons jusqu’à la visite prochaine,

Quand ils nous inviteront la dernière semaine

De l’année, qui dans deux mois s’achève,

Avec l’accomplissement de tous leurs rêves.

Lors de leur retour, comme d’habitude on a fait la fête et même on a dansé, pépé beaucoup moins parce qu’à force de fréquenter des gens qui toussent et qui mouchent il a collectionné le virus et sa forme est retombée, de pas très haut à la valeur zéro.

Soirée chez Caï

Cette fille c’est ma princesse ; elle tangue sous la lune

Dans son élégant caraco bordeaux prune,

Pendant que la méchante pluie goutte à goutte

Trempe jusqu’au ronron la grise Moumoute.

Caïmahé, l’auriez-vous cru, mieux qu’une blonde,

Cuisine en artiste pour tout ce beau monde.

Arnaud, brillant tonton gâteur de dix-sept ans,

Marche allégrement vers ses trente-trois printemps.

Des euros il crache et recrache pour ses neveux

Comme si d’instincts paternels il voulait faire aveu.

Michel-Henri, torturant la frisette et caressant la glaise,

Scrute les plantes de près car pomologie il sait.

Il stigmatise sans prudence les capitalistiques excès

Et en faveur des lingots jamais ne biaise.

Sous une pression discrète (?) il va enfin décider

De dupliquer ses merveilleux et secrets CDs.

Comme d’habitude, un courageux et fort Corentin

De sa grosse voix ne manque pas de faire le malin.

Va-t-il canaliser son trop-plein d’énergie ?

Mais oui, ce beau soir il s’est bien assagi.

Dans un coin tranquille, François pousse son intellect

Sur les plus et les moins du métier d’architecte

Mais s’y penche sans faiblir avec grand intérêt

Car il construit, il dessine, il projette, sans arrêt.

Vous me parlez de ce microbe, le rusé et futé Ulysse ?

Ne savez-vous pas qu’il billarde avec ses complices ?

Mémé Francine, soulagée des tracas des jeunes âges,

Se relaxe en pensant un peu moins à ses tâches

Et pépé Léon, ses archives renouvelle et préserve

Pour éliminer par PC l’ancien papier de conserve.

C’est un séjour à 713 mètres, pas un de moins,

Si vous trouvez mieux, faites-moi signe

Mais ce sera sans doute bien plus loin

Car chez la Princesse tous améliorent leur mine.

Le temps aurait pu faire quelque effort

Son ciel gris est tout brouillé. Aucun ressort

De gaîté ne s’en échappe ; quel désastre humide !

Est-ce le même que virent les Allobroges impavides ?

Fait-il encore trop chaud ? Avons-nous perdu les neiges ?

Snow, schnee, neve, yuki, snieg, nieva et tuyêt

Avez-vous quitté l’hospitalière planète ?

Le blanc immaculé sera-t-il remplacé par le beige ?

Un peu de bon sens ! Vous sentez-vous assez puissants

Pour que vos actes trouent des cieux d’ozone renaissants ?

Ce philosophe chenu fait confiance à la riche Nature

Dont il n’est qu’une mince (?) et fragile créature.

Une fois retournés dans leur sphère villageoise les vieux descendent à l’hôpital pour l’enlèvement des fils d’Olfra par le joyeux Dr Oygour et foncent le lendemain vers la Léchère pour se faire visiter par le docteur Kraus.

Ce dernier mène son petit boulot routinier sans qu’on puisse parler d’autre chose que de membres à tremper. Pour voir où il en est je lui parle de mon bras droit qui me fait mal la nuit et je suggère, en observant son silence, que c’est peut-être un rhumatisme puisque le chaud enlève cette douleur. Sa réaction n’est pas sensible : c’est pourtant sa spécialité. Olfra lui dit qu’elle a été opérée mais il n’est pas assez curieux pour se renseigner de quoi.

Voir des cagneux toute la journée ce n’est pas quelque chose que j’adorerais, en tant que médecin, malgré que les euros rentrent régulièrement comme par enchantement. Il est nécessaire de le voir trois fois pour faire la cure. C’est sûrement une bonne planque.

Cette fois-ci au lieu d’aller à l’hôtel nous louons un studio retenu six mois d’avance. L’année dernière la nourriture de l’hôtel n’était pas acceptable et cette année il paraît qu’elle est bonne. Tant mieux, on l’essayera.

On est donc évidemment bon pour le service. Quelques clients viennent depuis 25 ans. Les commerçants ne vivent que par la cure. Sinon il n’y en aurait pas un.

Que ça produise des effets bénéfiques ou non, on ne peut le savoir vraiment, mais ce sport humide ne fait certainement pas de mal à des gros qui sans cela ne bougeraient pas plus qu’entre deux chaises.

Il paraît que la boue peut même réveiller les rhumes d’artiste ! Pour ensuite les adoucir ?

Chapitre XI

Comme le sommeil a jugé bon d’avantager d’autres personnes que j’entends ronfler discrètement à côté, ce n’est pas l’envie qui me manque de me jeter sur ce chapitre mais la perspective d’avoir froid aux pieds me freine. Il faut quand même se lever pour une autre raison et je mets mes chaussettes et colle les lentilles dures sur les yeux.

Il n’est d’ailleurs pas 2 h comme je le pensais, mais 5 h, ce qui est presque honorable. La nuit n’est pas partie : l’obscurité demeure.

Dans un magazine j’ai vu qu’un personnage assez connu, François Missoffe, est parti récemment vers un monde meilleur, sans doute à un âge très avancé. J’avais lu un de ses ouvrages sur des familles bretonnes nobles et notamment sur une famille dont il a épousé une représentante. Avec ses 7 ou 8 enfants, dont l’une est maintenant députée de Paris mais n’a pu gagner la mairie, il était parti un moment au Japon comme ambassadeur. Ce qui m’a frappé c’est que pour montrer aux Japonais l’utilité ou la nécessité de « léguer » ses organes il avait donné (de son vivant bien sûr) une de ses cornées.

L’héroïsme de ce brave homme s’est quand même soldé, bien que l’article ne le dise pas, par une greffe immédiate d’une cornée d’un mort sur ledit œil car on ne peut laisser l’œil « à l’air » sans lui mettre une cornée : ce serait comme enlever de la peau sans la remplacer. A part cet exemple magnifique, l’opération n’était pas rentable, parce qu’il lui a fallu moins voir et probablement porter une lentille pour compenser la perte d’acuité visuelle du fait du remplacement plus ou moins imparfait de sa propre cornée. Mais peut-être n’ai-je pas compris entièrement l’article : a-t-il « légué » sa cornée ? Ceci serait évidemment plus banal, mais louable quand même.

De plus, comme m’a dit le chirurgien qui m’a greffé une cornée sur un œil et une autre cornée trois mois après sur l’autre œil : « J’ai beaucoup de soucis avec deux femmes noires qui ont « rejeté » ma greffe (c’est assez rare) car je ne trouve pas de cornées de remplacement puisqu’il faut probablement des cornées de même « couleur » et comme les Africains roulent souvent en vélo et non en voitures rapides il n’y a pas de greffes ! »

Il en résulte que le Japonais qui a reçu la greffe de l’ambassadeur a peut-être aussi fait un rejet. En effet, les Européens sont séparés par 100 générations au maximum, c’est-à-dire, 3000 ans, tandis que les autres races par rapport à la race blanche sont séparées plutôt par 30000 générations, ce qui donne 1 millions d’années. Heureusement pour ce Japonais la race blanche est séparée de la race jaune par beaucoup moins de générations et il est vraisemblablement en bonne condition, s’il peut encore me lire.

En en terminant avec les greffes qui résultent habituellement des accidents de la route (dans mon cas, deux femmes dont l’une est passée sous un camion et l’autre était en coma profond après accident) on peut dire que si on est légitimement fier de constater qu’il y a moins d’accidents il n’en demeure pas moins que d’éventuels transplantés ne le seront pas par manque de greffes à cause de cette diminution ! Quelle horrible constatation !

Une dernière remarque concernant les yeux : comment se fait-il que chacun soit si ignorant en ce qui concerne les lunettes que tous porteront un jour, jeunes ou plus vieux ? Une leçon d’une heure ou deux (pas plus) à l’école éviterait bien des déclarations idiotes à la TV.

Une présentatrice très intelligente par ailleurs a dit en faveur d’une vedette qui avait oublié ses lunettes de presbyte : »Y a-t-il quelqu’un dans la salle qui pourrait prêter ses lunettes d’astigmate (?) » Quelque autre artiste à une autre émission a dit pour le même problème : « J’ai besoin de lunettes parce que je suis myope ( ?) », alors que ce sont les seuls qui n’en n’ont pas besoin dans cette circonstance.

Lorsque j’ai raconté l’histoire appelée « Fable savoyarde », qui a été transmise, sans mon accord, à la fille Coralie du plus jeune beau-frère, Serge, par le mari de celle-ci, James, puis audit père, Serge, lui-même, grâce à l’innocence ou au léger goût pour l’intrigue de ce James, j’aurais mieux fait de me coucher trois jours, sans rien faire, car maintenant tout me retombe sur le dos.

Ma seule intention était de faire taire la rumeur et de rappeler, à la rigueur, à l’entourage des deux frères qu’ils ne font rien pour leur mère et que toute la charge retombe sur leur sœur. Je n’avais pas l’intention de leur donner cette « fable », mais j’avais pour but surtout de rappeler les circonstances. Dans ce papier je les absous de la rumeur et je dis même qu’ils sont probablement inconscients de la charge qu’ils laissent. Que dire de mieux ? Il parait que c’est très ironique. Sûrement, et alors ?

Toujours est-il que le jeune papy, Rambo en culottes courtes, m’a pris à part pour me menacer de me jeter dehors si j’avais l’audace de me présenter au Blossel dans sa maison et à Paris dans le logement qu’il ne partage pas avec sa femme légale, qui nous invite volontiers lorsqu’on peut venir la voir. J’en tremble et l’ordi avec moi.

Aujourd’hui est venue d’ailleurs une lettre de Coralie que je n’ai que parcourue, sans lunettes (de presbyte !), et où elle parlait entre autres de la situation de ma mère avec ma sœur et mon héritage. Comme elle n’a pas connu ma mère et que je suis fier de ne pas avoir d’héritage, je ne vois pas ce que ça vient faire ici.

Je n’ai pas à m’en faire sur la santé d’Olfra : elle va beaucoup mieux car elle a lu cette lettre en souriant et comme il s’agit de reproches de sa nièce à une pièce rapportée on fait bloc contre cette pièce rapportée et on lui met tout sur le rable. En effet, ils sont comme l’arbre et l’écorce : même s’ils se font du tort ils ont tous raison.

Si Olfra veut continuer à jouer le rôle de la poire tant mieux pour elle. En attendant c’est « l’indigne » qui porte ses paquets et fait d’autres choses pour mémé ; ce ne sont pas ces fameux héritiers dignitaires.

Ces péripéties tombent mal parce que Arthur, l’aîné avec lequel nous partageons cette maison est devenu plus civilisé : j’ai compris qu’il ne faut surtout pas lui dire bonjour et lui serrer la main. N’étant pas bavard ça le gêne ! Il nous parle un peu, ce qui est énorme mais si l’autre lui « monte le bourrichon » ça risque de changer et j’ai horreur de tous ces blocages.

Le plus jeune de toutes façons nous fait la gueule depuis 10 ans. Ce n’est donc pas une aggravation.

Dans ces jalousies héréditaires je crois que le pire c’est un nombre d’enfants égal à trois. C’est plus difficile que quatre ou quinze.

Tout ceci montre qu’avec les meilleures intentions (trop précipitées) du monde on obtient souvent un résultat inverse et que toute vérité n’est pas bonne à dire. L’effet ou le résultat en général m’indiffèrent, ce qui fait qu’on ne me comprend pas toujours.

En général, je fais toujours l’unanimité mais contre moi !

Après les pluies, les neiges et les vents, si on se revoit l’année prochaine ils auront le temps de se calmer.

Olfra va donc mieux et malgré cette attitude partiale vis-à-vis des pièces rapportées,c’est-à-dire Fléchette, James et moi, Olfra est incapable d’être méchante et Coralie non plus. James a la prudence du serpent (sauf dans cette circonstance : est-il si innocent ?) et échappe souvent au châtiment mais pas Fléchette ni moi (je suis trop ironique et elle trop bavarde !).

Dans ma jeunesse je n’ai jamais compris ceux qui recherchent une femme de tel ou tel type et surtout je n’ai pas compris Sigmund qui disait qu’on cherche quelqu’un ressemblant à sa mère. C’est vrai pour certains, dont Sigmund sans doute, mais certainement pas pour d’autres. J’ai toujours préféré la chance qu’apporte le hasard.

L’année dernière on disait adieu aux deux mômes Maxime et Valentin, de la fille cadette, Anne, et à ceux de Caï à la fin de l’été et c’était l’occasion de saluer ce voyage en pensant à leur mémé :

A Olga

L’étrange et belle Olga

Et son vieux, point gaga,

A Champigny ont par train ramené

Les jeunes de la fille puînée.

(fiction)

Le Cactus microbien

Avec peine se contient,

D’une couche, Olga l’équipe

Pour contrarier les moustiques,

Et redéploie la couche

Pour éviter la douche.

(chaude réalité)

Du Maxi-microbe

Elle reçoit l’opprobre

D’un refus très physique

Corrigé d’un coup de trique.

(re-fiction)

Des soupirs intenses,

De regrets, je pense,

Saluent le départ

Des deux braillards.

(réalité mouillée)

Adrien l’énigmatique,

Clovis l’énergique,

Hugo, le futé pathétique,

Tous fils de la fille aînée,

Rejoignent l’électronique

Du haut Choisy plein d’années.

(volupté)

Très contents et tout sages,

Ils rentrent dans leur cage

Et bientôt caracolent

Vers l’accueillante école.

(triste réalité)

Actuellement, il est normal, en attendant le voyage à la Léchère, de creuser le portrait un peu plus. Dans mes archives récentes je trouve justement une carte postale que je glisse ci-dessous :

à Ol

En ses jeunes années, souvent Savoisiennes,

Son monde comportait aussi des virées aériennes.

Un jour, elle quitta les tisanes à camomille

Pour fonder avec courage une famille

Et émigrer, depuis le joyeux Paris, à cent lieues,

Vers le Lésigny vert de la calme banlieue.

Dans sa maison pleine de fenêtres et de fleurs.

Des enfants naissent et déjà cherchent le bonheur.

Pour elle, tout ce passé est rempli de labeurs :

L’école, les leçons, les docteurs, les pleurs…

Goûtera-t-elle maintenant une pause méritée ?

C’est à voir : la nonagénaire, installée tout à côté,

Occupe sans relâche des journées bien écourtées

Que rempliraient sinon de fructueuses échappées

Vers le plein et magnifique Paris de naissance,

Vers les soleils extrêmes, en abondance,

Vers des plages avec des rires tout trempés.

Ces jours, elle s’occupe d’elle, malgré tout,

Car on lui dit que ses lumières sont à bout,

Et la belle Olga du Clan des Bleus Yeux

Nous montre à nouveau ses grands cieux,

Pour une mystérieuse histoire de cristallins

Qui les lunettes fait quitter en chemin.

Ses quatre lardons, ayant fui rapidement la dèche,

Ne sont plus jamais à portée d’une flèche :

Princesse Caïmahé les hauteurs de Choisy ennoblit,

Et Chrisanol, aux bords de Champigny, a trouvé lit.

Fanarmich le hardi conquiert les foules Germaniques,

Mais Nipostef le curieux colonise l’orgueilleuse Amérique.

Depuis l’Olympia quelques ans ont passé,

Mais toujours Olga la douce recrée la tendresse

Et lors des transhumances de saison redresse

Son paradoxal optimisme jamais lassé.

Son jeune vieux, oct. 2002

Finalement trois opérations, dont deux cataractes, en un an. Ca suffit.

Ceux qui se font opérer des yeux de cette façon ont tort de ne pas interroger le spécialiste sur l’acuité visuelle résultant de l’ablation du cristallin car on peut faire ce qu’on veut sur la base de la lentille intérieure qui le remplace : ou bien rester avec un peu de myopie, ce qui évite les lunettes pour lire ou éviter complètement les lunettes de vue de loin en ayant seulement des lunettes pour lire.

Si on n’a rien appris du tout sur les yeux, ce qui est le cas général, après avoir eu des lunettes toute sa vie, on n’ose pas décider. D’autres spécialistes, dans le cas de deux opérations, vous gardent un œil pour voir de loin et un œil pour voir de près mais c’est le patient qui devrait décider car ce n’est pas toujours supportable.

La plupart du temps ils ne demandent pas au patient ce qu’il pourrait vouloir.

Il y a plus d’un an maintenant, le curé après quinze ans de séjour laborieux a annoncé son départ. Je ne le connaissais que d’assez loin ; il était très occupé par un ensemble de paroisses nombreuses avec un seul adjoint, vivant dans un autre lieu. Il a voulu moins de travail ailleurs, ce qui est normal quand l’âge et les maladies surviennent. Les maladies je n’en sais rien ; mais leur âge de retraite n’est pas le même que celui des autres.

Dans leur jeunesse c’était certainement moins lourd. Il est donc parti dans un lieu proche d’Albertville et on n’en entend plus parler. J’ai envoyé quelques emails mais apparemment ce n’est pas un moyen de communication qui le préoccupe.

Ce curé n’est pas du tout « extériorisé », ce qui est paradoxal pour ce métier : il est très discret et même probablement timide malgré les années. Si on le rencontre dans la rue ou au magasin il ne cherche pas forcément à dire bonjour pour ne pas « gêner » les gens. Il est trop tard pour changer. Cette attitude distante (rigide), compliquée n’a pas plu à certains qui n’ont pas compris pourquoi il n’a pas fait le baptême ou une autre cérémonie de messe tel ou tel jour ou dans tel lieu.

Pour ma part ce genre de difficultés est le dernier de mes soucis. Il y a eu évidemment un adieu avec petits fours et à cette occasion je lui ai fait un poème qui a un peu choqué les mères de l’église. Ce n’est pas le tout de l’écrire, il faut le dire. J’ai donc finalement demandé à Irénée, le nemrod, de le déclamer. Il l’a pris sans l’examiner auparavant et avec ses lunettes pour lire sur le nez il a un peu trébuché. Réaction typique, très silencieuse, du « bénéficiaire » qui l’a mis dans sa poche.

Au père René BROCHE

Entendu un son de cloche :

L’ancien BROCHE déroche.

On passe de René BROCHE

A un nouveau, Rémi PROCHE.

En Savoie, ne manquent pas les roches,

Mais ici, quelle grave anicroche :

Finie la sage brièveté de ses prêches,

On est vraiment dans la dèche.

Il écrit bien et parle encore mieux.

« Croire l’incroyable » pour lui c’est banal,

Car bien haut de la foi il tient le fanal,

Et courbe obstinément nos regards vers les cieux.

Moins diplomate, et alors ? Trop discret ?

N’est-t-il pas là pour garder les secrets ?

Dans le présent désert du Dieu Tévé

Bientôt des femmes sages il faudra trouver

Pour parler du Dieu des béatitudes,

Si des ADAPs on ne veut créer habitude.

Trop peu nombreux, l’âge une fois franchi,

Ils fatiguent, sous les cheveux blanchis.

Que sera le futur des clercs parsemés ?

En quoi ça nous regarde ? _N’a-t-IL pas dit :

Je serai avec vous toujours : je vous laisse l’ESPRIT.

Ce n’est pas l’obscur qui règne, c’est bien LUI,

Tant que dans son Eglise nous nous serons aimés.

Celui-ci est un bon, croyez-moi. Il nous laisse,

Disons-lui au revoir, le temps presse.

Sa vocation sous nos yeux s’est confirmée à l’usage,

Pas seulement dans l’enfance, comme présage.

Aura-t-il une nostalgie méritée pour notre vallée ?

Parions qu’il ne peut totalement s’en aller.

René ne sera pas loin de nous, après tout.

Viendra-t-il un autre prochain 15 août ?

Poète stressé, août 2002

Je ne sais pas si l’effet a été celui recherché mais il a fait un court discours et tout le monde a applaudi pour se précipiter sur la table des hors d’œuvres. Les curés se font tutoyer et il n’y a plus que des « pères » et la messe ne se dit plus « messe » mais plutôt : « célébration de l’eucharistie ». Personne ne me l’a dit mais je l’ai remarqué.

Avec un pape survivant et des célébrants qui ne se reproduisent pas, contrairement aux Popov et autres pasteurs (ils se reproduisent même avec des « pasteuses »), la relève est mal partie. Je sais bien qu’ils sont pistonnés en haut et qu’ils travaillent à contre-courant mais quand même…

Celui-ci étant parti et ayant défilé comme les autres à la clôture du Synode (dont je n’ai rien compris au point de vue signification et utilité) à Moutiers où dans le temps il y avait un évêque, nous avons vu arriver son remplaçant, qui venait d’ailleurs du même Moutiers.

Ce curé-ci est très, très différent : c’est le communicatif, heureux ( ?) d’être curé, qui connaît et serre la main de tout le monde. Ils sont tous deux de Savoie et ont des parents un peu partout. Ce ne sont donc pas des parachutés qui pourraient avoir des problèmes d’adaptation. Avec celui-ci pas de problèmes : bien que je ne le connaissais que de l’extérieur je lui ai fait une carte postale de bienvenue que je lui ai porté moi-même au presbytère.

Un coup de sonnette, il était là : le contact est immédiat. Je ne cherche pas particulièrement à comprendre la psychologie des curés mais comme dans tous les commerces la personnalité fait beaucoup. Il a des cheveux blancs sans âge et sa voix est caractéristique d’un homme viril. Par contraste, sa taille est modeste, à l’opposé de celle de l’évêque (pas loin de deux mètres).

Voici donc le descriptif !

Au père Proche

Nous sommes montés de plaine en roche

Pour venir jusqu’à Rémi Proche.

En guise d’assez tardive bienvenue,

Concoctons-lui un petit menu.

C’est un transfuge du creux Moutiers.

Nous voulons croire que même à pied

Il aurait rejoint notre joyeuse vallée,

Bien qu’elle soit depuis un peu gelée.

Très tôt il a teint ses cheveux en blanc,

Pour éviter des questions sur son nombre d’ans.

Pour lui de toutes façons devenir vieux

C’est se rapprocher davantage des cieux.

Pour nous sans trouver la vie trop triste

C’est aussi la cassure des rhumes d’artiste.

Ils veulent scientifiquement nous faire croire

Que nous sommes les produits du hasard.

Pourquoi pas, après tout ? Du moment qu’on peut

Encore obstinément proclamer que c’est Dieu

Qui s’est amusé à compliquer nos ignorances

Et écoute et aide les humains en souffrance.

De sa voix d’archevêque Rémi s’efforce

De nous persuader de regarder sous l’écorce

Et de toutes les désespérances faire table rase

Parce que la foi et la prière sont nos bases.

Pour s’occuper de nous il lui faudra du courage,

Que nous lui souhaitons vivement à tout âge.

Comme l’an 2003 vient de commencer

Tandis que 2002 des euros est déjà du passé

NOS MEILLEURS VŒUX l’accompagnent

Sur les routes de notre, enfin blanche, campagne.

Un poète irrationnel, janvier 2003

Tous ces évènements me sont revenus en mémoire parce que ce dimanche je rencontre le « Gypaète non barbu » allant à la messe. C’est grâce à lui que je l’appelle ainsi et il en est fier j’espère. Il m’avait prêté un petit livre sur les oiseaux sauvages du coin et il ressemble tellement à ce rare oiseau que je n’ai pas pu m’empêcher de la baptiser d’autant plus que son prénom est le même que le mien, ce qui est gênant pour les salutations. La similitude ne va pas plus loin.

Je respecte sa science de botaniste qui n’est pas courante et qui me rappelle tout ce que j’ai lu dans ma jeunesse sur la flore et la faune tropical de la Guyane, par exemple, dans certains romans d’aventure. Il est utile de dire que je ne connais rien à ses spécialités. Au début c’était le Gypaète barbu, mais il s’est allégé.

D’après lui il a voyagé dans le monde entier dans un service proche des ambassades pour faire bénéficier de ses aptitudes l’Afrique et la Chine, laquelle il adore. Tout est sujet à caution dans ce qu’il dit, parce qu’il est parano, réellement parano.

Il a le droit de vivre comme tout le monde même s’il énerve tous ceux qu’il rencontre. Le docteur VINO parle de schizo mais je ne suis pas d’accord : un schizo se tait, celui-ci a une langue incroyable. Il a des têtes de turc en pagaille, surtout ceux qui ont le pouvoir et/ou l’argent et je suis sûr qu’il raconte n’importe quoi sur n’importe qui. Comme il est à La Mélisse depuis une dizaine d’années il connaît et aborde tout le monde.

Pourquoi est-il là aujourd’hui ? Sa femme souffre d’un cancer depuis longtemps et là c’est la fin. Il est allé au Mans récemment, là où elle se trouve, mais est revenu aussitôt : elle est parait-il dans un établissement dit de « soins palliatifs », ce qui annonce des évènements funestes certains.

Il y a quelques semaines sa fille nous avait téléphoné de Lyon pour qu’on le prévienne qu’elle était au plus mal. Je lui ai dit : « C’est gênant il ne veut pas le téléphone » Elle me répond : « Avec son état mental, c’est normal ». la famille donc ne s’en cache pas.

Nous sommes les seuls en qui il a confiance (surtout moi !); il ne va pas au cinéma parce que ça coûte et à cause de la CIA et du KGB qui pourraient l’éliminer !. Celui qui s’occupe de l’immeuble me dit : « Quand allons-nous l’enfermer ? ». C’est trop sévère : il a le droit de vivre et de commencer et finir la bouteille de cognac croate que je lui ai ouverte pour l’année.

Bien sûr dès qu’il arrive chez moi Olfra déménage dans la chambre surtout que c’est l’heure de son émission. Comme il est le seul à l’étage en temps ordinaire, sans touristes de location, je préfère être « bien » avec lui malgré qu’il me gonfle avec ses histoires qui ne rentrent même pas par une oreille.

Dans son travail ils ont dû le mettre sur une espèce de préretraite et il a maintenant 60 ans. C’est une étonnant grimpeur : c’est la raison de sa présence en Savoie. Pas question de compter sur moi pour ce genre d’exploits.

Cette maladie de paranoïa est sans doute incurable si ce n’est avec des drogues qui l’abrutiraient et ruineraient la pauvre sécu. En le maintenant à distance il n’est pas dangereux.

Le seul moment où il peut éclater et insulter l’entourage c’est lors d’une crise d’avarice : réception de charges et de taxes locales, par exemple. Il a six enfants dispersés dont l’un ou l’autre vient mais que je n’ai jamais vus. Il a aussi un frère épisodiquement dans l’immeuble qui est parait-il également « spécial ». Plus que lui ? En tous cas celui-là, le parano, est plus plaisant que le frère, en général.

A peine avais-je écrit ces quelques mots que sa fille me téléphone de Lyon pour me dire que sa mère vient de disparaître. Elle me charge de prévenir l’éventuelle « victime » des services secrets. Je descend donc à Bourg et lui met un papier sur sa porte puisqu’il ne répond pas.

Sa mère avait 59 ans et 9 années de galère contre la maladie.

Deux heures après je repasse : le papier est disparu. C’est notre fête de nom à tous les deux, le 29 septembre.

Chapitre XII

L’autre jour il y avait une émission de TV très bien faite à propos du 25ème anniversaire de la disparition du chanteur Jacques Brel et tous les vieux l’ont regardée, je suppose.

Il pensait tout le temps à des idées de mort et à 37 ans il a abandonné la scène pour changer de lieu et goûter au soleil. On voit cette prescience de la mort prématurée déjà à ce moment, en particulier lors de la chanson où il confie tout ce qui lui reste et sa femme à ses amis. Il savait manifestement que ses jours étaient comptés mais seulement intuitivement puisqu’il n’y avait rien de grave en vue.

La durée de la période personnelle entre le branchement sur le temps et la déconnexion d’avec le temps (deux dates seulement !) est connue inconsciemment de certains individus beaucoup plus que pour d’autres qui vivront peut-être plus vieux ou n’ont pas cette sensibilité. Le chanteur Brassens était aussi de cette sorte.

Dans cette émission les chansons interprétées par des hommes reproduisaient raisonnablement ce que l’artiste avait martelé dans ses vigoureux mots. Pour les femmes c’était plus difficile car il faut une voix assez ample. Parmi elles, la chanteuse à qui on a reproché de trop hurler (Lara Fabian) a essayé de chanter plus doucement mais elle a été mal conseillée puisque c’est précisément avec de telles chansons qu’il fallait « gueuler ».

Les deux dernières chanteuses (Maurane et Nolwenn) qui ont une voix formidable s’en sont tirées admirablement.

Les paquets ont été préparés pour aller à la cure : encore quelques jours. Si Olfra n’avait pas tout organisé ce vieux n’aurait pas bougé, alors que cet exercice de 18 jours est très bénéfique et salutaire même si ça fatigue un peu.

Auparavant, ce dimanche, on ne va pas manquer le repas des rassis à Bourg St Sulpice à la Salle des Fêtes. Comme par hasard un des vieillards avait concocté une sorte de poème réaliste !

Un repas d’anciens en 2003 !

Si vous avez l’extrême honneur et la chance

De partager notre belle table très dense

Pensez que d’autres, jeunes ou moins vieux

Absorbent en ce moment des mets plus creux.

Nous, les ridés pistonnés, on nous accueille gratis,

Et maintenant que la structure festive est bâtie

Nous commençons à sérieusement croire

Que nous allons bientôt manger et boire,

A la santé des habitants du généreux Bourg,

Une cité pleine de skis et de plaisants séjours.

Les discours brefs étant sortis des officiels gosiers

Et les convives étant placés sur chaises sans gémir,

Des assiettes roboratives commencent à frémir :

L’escouade dévouée attaque les futurs rassasiés.

HELAS, collègues, nous n’avons que peu d’appétit :

Il faut nous FORCER à boire et à manger petit !

En montagne, il est connu qu’on est frugal

Et qu’il faut insister pour qu’on vide le bocal ?

Shocking ! C’est une blague de déprimé, car notre langue

S’impatiente et salive devant les verres exsangues,

Pendant que nous scrutons le menu détaillé et sensible

Et que nous préparons de joyeux estomacs extensibles.

Poème inédit de 2003 (sans garantie du gouvernement)

Je rencontrai un des deux journalistes locaux qu’en fait je ne connaissais pas mais que j’ai souvent vu. Je lui donne cette carte postale, il la prend sans rien dire et quand nous sommes à l’intérieur il fait une photo de moi en compagnie d’une huile politique. Peut-être aurai-je donc l’énorme honneur d’être montré sur le canard local ?

(A la vérité, il n’y eut pas de photo sur le journal mais une mention de ma « prose » (?) avec récitation du premier et du dernier paragraphes, ce qui rend le texte incompréhensible.)

Cette dame a « tiqué » sur l’expression » officiels gosiers » car elle se sent concernée mais je n’ai pas eu de mal à lui montrer qu’il fallait faire une rime et que quelque fois ce n’est pas évident.

J’aurais dû dire à cette huile qu’on mangeait mieux du temps où elle était maire mais ce n’était pas encore confirmé à ce moment. Il est certain que n’importe quel menu même déficient coûte aussi cher à la mairie mais si celui qui choisit le traiteur n’a pas de goût ou si on est obligé de choisir un traiteur dans une très petite liste limitée aux gars du coin le résultat n’est pas terrible. Cependant c’était vraiment meilleur de son temps. Comment faisait-elle ?

Dans ce genre de banquet la seule exigence indispensable c’est de présenter une viande qu’ils peuvent encore mâcher avec leurs fausses dents !

En fait, ce repas sympathique ne fut pas tellement à la hauteur et nous prîmes la route assez tôt pour gagner la cure, sans attendre l’inévitable glace appelée « omelette norvégienne » et sans entendre l’accordéon de Didier. Le dimanche tout était d’un calme parfait sur la route et à l’arrivée.

Une fois la clef récupérée nous déchargeâmes les paquets et le vieux installa son ordi et même internet. Olfra essaya de recevoir ses radios habituelles mais n’y parvint pas à cause du bâtiment en béton. Quant à la TV elle ne voulut rien recevoir par suite d’une panne du démodulateur du réseau câblé local hérité des Jeux Olympiques !

Enfin, tout le monde alla dans les draps pour être en forme le lendemain afin de réaliser le premier trempage.

Pour la première fois depuis deux semaines le vieillard dormit à peu près sans être handicapé par sa toux allergique (à quoi ?) et un espoir de guérison est apparu à cause du changement d’air (davantage de soufre, notamment).

Après quelques hésitations le lendemain la première séance fut maîtrisée de main de maître. Le temps est beau et on se sent très relax. Comme c’est la période de clôture il y a beaucoup de clients locaux.

Etant donné le temps très chaud de cet été les quelques commerçants qui ont vendu beaucoup de boissons ferment plus tôt « pour des raisons fiscales ». On retrouve notre café préféré de l’année dernière mais pour peu de temps. Il est décrit ci-après.

Au loin, la neige garnit de petits sommets ayant une géométrie erratique.

BLEU THE

Bleu est la couleur de l’espoir

Car même dans de vieux grimoires

On n’a rien proposé de mieux

Que la profondeur des cieux.

Venez dans l’angle du Bleu Thé

Aux joies du farniente goûter.

Bien sûr on vous y sert du thé

Mais aux jeunes ou moins jeunes beautés

On offre aussi d’autres boissons

Qui du café au chaud chocolat

Vous font apprécier un coca-cola,

Ainsi que des fruits en jus sur glaçons.

Si d’aventure la faim vous tenaille,

Préparez-vous à livrer bataille :

Des tartiflettes, des diots, des râclettes

Vous attendent, avec des gaufrettes.

Jean-Philippe n’a pas de gros problèmes de poids,

Car en son domaine il est partout à la fois.

Avec sérieux et humour les tous-risques il accueille,

Jusqu’en octobre profond, avec l’envol des feuilles.

Dans cette petite vallée encaissée

Entourée de monts pointus ou cassés

Si vous craigniez que le soleil ne frappe

Faites au BLEU THE une bonne étape.

Aujourd’hui qui s’en va ? C’est Jean-Philippe

La saison finit ce jour d’automne : il flippe

Car dans le village il planifiera un autre travail :

Pour lui, c’est la joie d’éduquer la marmaille.

C’est vraiment le calme du petit creux montagnard. Quand on passe sur la route nationale qui se trouve un peu plus haut on sent une odeur épouvantable qui provient de l’usine de carbone voisine et on se figure qu’il en est de même à la Léchère mais ce n’est pas vrai heureusement parce que chaque village se place dans une sorte d’échancrure protégée, ce qui fait qu’on ne sent rien. Pendant des années j’ai cru que le superbe hôtel qu’on voit au loin était fermé à cause de l’odeur nauséabonde mais c’est tout à fait le contraire.

Si vous avez des économies c’est là qu’il faut les stocker car les mêmes entités possèdent les deux hôtels, tous les logements et la cure (pas celle du curé !).

Comme on est dans un petit logement on a la liberté de manger où on veut sans la contrainte de la pension dans un hôtel. A midi on s’est régalé avec un steak de kangourou mais le choix est mince dans l’unique rue car tous les établissements tendent à fermer avant la fin de la saison d’autant plus qu’il y a beaucoup de gens du crû qui repartent chez eux tous les jours.

Un vieux suggère que si on trouve une poissonnerie on pourrait peut-être faire deux soles mais une spécialiste du droit conjugal énonce : « Bien sûr, tu ne travailles que pour toi et tu as l’habitude de toujours te faire servir… »_ « Mais je les cuirai moi-même ! » « Non, tu vas salir ! ».

Le philosophe improvisé bloque ses axiomes et ne répond pas. Si au moins cette mietto-phobe en profitait pour vraiment se reposer à 100% ! Les hommes sont si raisonnables qu’ils comprendraient.

Mon copain l’électricien de Villardâgé me communique qu’il a été chercher ses moutons dans 30 centimètres de neige. Ici c’est toujours le soleil mais la saison devient normale.

Cet après-midi j’ai essayé de trouver une fréquence pour recevoir l’émission de radio préférée d’Olfra et quand je l’ai détectée sur l’ordi on ne recevait presque rien sur le balcon à cause du béton mais en allant dans le couloir on perçoit Albertville sans problème. Une visite à la voiture sur le parking prouve une fois de plus que cette radio ne vaut rien : elle est juste bonne à passer quelques CDs de vieux chanteurs (ça montre l’âge du capitaine !) tels que Brassens, Brel et Aznavour. Je n’ai d’ailleurs jamais rien compris à son mode d’emploi. En fait, la voiture est trop basse, il faut au moins le premier étage. Comme je n’écoute jamais la radio je ne m’en étais pas aperçu.

Parmi les chanteurs qui ont l’exclusivité d’écoute dans cette voiture j’apprécie particulièrement les deux interprètes d’un âge certain qui ont pour nom S.Reggiani et R.Anthony. Ne cherchant pas à créer et à mettre en valeur leurs propres paroles ils sont plus libres pour produire des nuances. Le vieux Reggiani qui a survécu à Casque d’Or est génial (remarié depuis 5 mois à 81 ans !).

Pour en revenir à la radio, Olfra n’a jamais voulu aller dans le couloir, disant que je me fatigue pour rien. Têtu comme il est parfois, le vieillard a essayé d’écouter cette radio sur l’ordi, c’est l’idée la plus simple, mais après avoir trouvé ce poste il a pensé soudain qu’il avait oublié d’emporter le haut-parleur de l’ordi !

Après adaptation aux délices de la cure je n’ai plus rien à faire. J’ai donc imaginé expliquer aux éventuels curistes ce qui les attend à La Léchère. Il en est résulté ce texte dit « poètique » :

LA LECHERE vous attend

Dans l’eau torride de La Léchère

Vous allez rapidement vous refaire !

Même des gris moines sous la bure

Recherchent les bienfaits d’une cure.

Ne penser plus tellement aux brisures,

Conservez la forme de l’âge à peine mûr.

Faites allégeance à belle dame Nature

Et ainsi jetez les encrassantes souillures.

Phlebos, jambes lourdes et rhumatos, surtout,

Sont ici par trempage traités de bout en bout.

Sur les cuisses et le ventre, dites-vous, de gros lingots

Chez vous provoquent de lourds sanglots.

Mais maintenant, dès lundi, l’heure est venue

De se mettre, ô vérité, (presque) tout nu.

*(Huguette et Valérie, les plus débrouillardes du Far West,

Font circuler et sans erreur retrouvent pantalons et vestes)

Le terrible couloir de la marche vous attend ;

Même si vous appréhendez de durs craquements,

La vigueur que vous fournirez en trois semaines

Fera fondre sans douleur les petites bedaines.

*(Hier, Sonia des Iles se cramponnait pour monter

Aujourd’hui, dans son envol comment l’arrêter ?)

Tout près, dans la piscine, loin de votre gîte,

Vous suivrez le programme olympique

Qui vous rappellera la gymnastique

Que vous oubliâtes bien trop vite.

*Colette, un canon, passe, quelle chance

Et quelle aubaine ! Elle relance la danse

Et les pépés meurtris accélèrent la cadence,

Mais la rude loi exclut toute romance :

Des écarts érotiques feraient handicap

!!!!! Car CHIRAC VA FRANCHIR CE CAP !!!!!

Lors de son séjour nul besoin de paniquer,

L’eau sulfureuse va vite le requinquer.

Si vous avez de la veine, c’est l’école,

Selon un strict et studieux protocole.

Les chauds peignoirs, blancs ou roses

N’ont alors que de bénéfiques pauses.

Des douches voyageuses sur un dos moulu les tensions fâchent

Et l’eau tiède, du cou aux jambes, s’attarde et relâche.

*(Natacha et Sandra soudain plongent sous la banquette

Et retrouvent la lentille de l’humide, désespéré poète)

On se rend vite et volontiers aux coulées grondantes

Qui lèchent les vertèbres des colonnes chancelantes.

*(Un mannequin, Marie-José, embellit son uniforme

Et par son zèle assidu, fait exploser la norme ;

Ne craignez rien, elle maîtrise les trombes,

Qui vous caressent : ce ne sont pas des bombes.)

Les curistes échauffés, fous ou sages,

Sont alors livrés aux joies du massage

Comme si des raideurs et des gonflements

Devaient céder à d’énergiques mouvements.

*(De ses doigts scientifiques, Daniel contrarie l’âge

Et pousse son art à fond, pour le rafistolage,

Car il accueille des Citroën à trous d’air

Et même, très rapiécés, de vieux Latécoère.)

Dans la baignoire bouillonnante on se remouille

Et les bulles envoient de rudes et chaudes secousses.

Sur notre peau les vagues se trémoussent,

Tandis qu’une petite faim en nous glousse.

Ne rêvez pas ici à une fine tambouille,

Visez plutôt de bien légères ratatouilles.

*(La rapide Christelle veille sur le patient immergé,

Qui sous cette eau mobile se sent bien plus léger.)

Pour les innocents et souffrants curistes

Affectés d’encombrants rhumes d’artistes

Le fin du fin c’est l’argileuse, brûlante boue

Dont l’usage balaie tous les vieux tabous.

* Janine, toujours prête, de ses mains d’experte,

Pose du gluant brûlant sur un corps peu alerte

Gagné par une bonne somnolence voluptueuse

Contrariant et apaisant les douleurs tueuses.)

*(La fille blonde de l’accueil s’envole sur son scooter.)

Comme elle, vous n’êtes déjà plus terre à terre.

Curées et rebâties, les trois semaines vers l’arrière,

Comme elle, vous vous sentez si en forme et si légère.

Quel net progrès dû au séjour, sur l’année dernière !

Verte et ronde LECHERE,

Tu nous es bien chère.

Sereinement, tu épures

Les traces de nos usures.

(En fait, ceci est la dernière version car au fur et à mesure que j’ai pratiqué les aides-soignantes et le masseur j’ai introduit leurs prénoms et je leur ai donné une copie de ce texte).

L’année dernière dans un autre texte très différent « nous attendions » le pape mais vu l’état de ce malheureux Pontife je n’en ai pas parlé cette année. Il y a des gens très crédules car certains m’avaient demandé si vraiment le pape allait venir à La Léchère !

Tout se passe très bien et nous sommes contents du mois d’octobre pendant lequel il y a moins de monde et le temps n’est pas mauvais. Comme il n’y a pas grand’ chose à faire vraiment nous regardons la télévision. Il serait souhaitable de pouvoir envoyer ses impressions par courriels mais je suis trop incapable de trouver les emails des vedettes ou je n’ai pas confiance qu’ils leur parviennent.

Une émission très joyeuse est celle de Ruquier (« On a tout essayé »); on y parle de n’importe quoi sans aucun sérieux, ce qui relaxe même ceux qui ne sont pas tendus. L’équipe a eu droit à son poème dont je ne sais pas s’il a été transmis à l’intéressé :

Hymne à la joie

Le chef a préparé de fortes et pétaradantes fusées

Dont sa cervelle bouillonnante va constamment user,

Le vrai Laurent, un franco-Français aux vertus anti-linguistiques

Confond l’anglais avec des patois rugueux et pathétiques.

Mais en TV et radio, c’est le champion des fléchettes spontanées.

Il n’a pas de rival sur ce terrain, même parmi ses aînés.

Un jeune Lemoine, à l’humour plein de direct bon sens,

Avec son homonyme Annie, garde toutes ses chances

De réanimer cette assemblée qui veut grimper au ciel

Et que pondère Jean, un des cousins du glamoureux Bruel.

Le noyau dur inclut le talentueux et Chanceux Philippe

Qui torture et caresse les chats et souvent flippe.

Va-t-on compenser la troupe par un subtil mélange

De profondeur psycho et d’enthousiasme d’ange ?

Voici GERARD, l’adorateur de l’inefficace gauche vertueuse,

Le contempteur et le pourfendeur des droites vicieuses.

Sans lui le sel serait fade et le poivre aurait sinon atteint

Des platitudes, que relève le mystérieux, flamboyant Pocrain,

Dont le contrôle de la blanchitude fonctionne à tout crin.

Alonso la suffragette parfois tolère que l’homme soit en patins,

Tandis que le rare Pierre, en tant qu’homme mur sans complexe,

Etale des plaisanteries poilues et les applaudissements annexe.

L’homme d’Egypte, Raphaël, aux interviews inattendues

Met en œuvre sa fausse naïveté à la langue bien pendue.

Tout aussi percutant et vif, le gang de la sinistre main

Recrute un grand Arnaud, une pétulante et troublante Maureen,

Derec à chapeau vissé et le Jean, fils des tribus maghrébines,

Qui jamais n’attendent l’incertain et fructueux lendemain

Pour plonger leur Dan Bolender dans des périls inhumains.

Et pour taquiner la jeune, un peu geignante Sarraute

Qui nous rappelle que Claude est toujours de la haute.

Péri, une soi-disant bourge, au choukrann provocateur,

Ne manque aucune occasion de vanter de riches moiteurs.

Ai-je oublié Mairesse aux yeux Beretta et Garel la Sagesse

Qui pleureraient, plutôt que de dire des histoires de fesses ?

Steevy, une des consciences du club, pense et met l’accent

Sur une série de vacheries que la vie réserve aux innocents.

Laurent à l’aise sur le gril, hilare et pétant la forme,

Ne loupe pas ses blagues instantanées. Ils sont hors norme.

EXPLICATIONS :

Un des cousins de Bruel ; ce dernier s’appelle Benguigui,

Chanceux = Geluck en flamand,

L’homme d’Egypte = Misrahi = l’homme de Misr (Egypte en arabe),

Le gang de la sinistre (= gauche) main = les gauchers,

Fils des tribus = Benguigui,

Bourge = bourgeoise,

Choukrann = merci en arabe, elle est Libanaise.

La Sagesse = Sophie en grec,

Sur le gril = St Laurent périt martyr sur le gril.

Ce texte est un peu codé ; comme j’ai constaté que personne dans mon entourage ne le comprenait j’ai ajouté des explications.

Avant ce samedi les curistes voulant montrer qu’ils savent utiliser leurs plumes doivent remettre un texte à l’Office du Tourisme. C’est nouveau et il y a parait-il beaucoup de candidats et des prix. Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un voyage à Acapulco mais plutôt d’un kilo de sucre. Je vais donc concourir de toute mon énergie restante. Pour ne pas « m’épuiser » pendant la cure je vais donner la Léchère et l’hymne à la joie, plus un texte spécial qui se lit comme suit :

à trois Vivants

Tu fais partie des vrais actifs

Et tu cours, tu cours bien vif.

Songes-tu alors à l’heureux réactif

Qui mène sa vie tout au pif ?

Dès que grincent les bruyants réveils

Dans ta cotte bleue tu embrayes

Pour sauver les foules du court-circuit

Qui souvent ne fait pas de bruit.

Ton électricité on ne peut plus s’en passer.

Si elle disparaît rien ne nous console,

On ne veut plus retourner vers le passé.

Des chandelles, pas de TV, tous se désolent.

C’est là que tu refais à nouveau des connexions

Mais les ingrats, habitués, n’ont pas de réactions.

(Électricien)

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Toi, pour mettre à leur vie une rallonge

Davantage dans la science tu plonges

Et tu sillonnes monts et vallées

Pour leur faire tes potions avaler.

Dans le cadre des trente-cinq heures,

Feras-tu encore assez de beurre

Pour pouvoir graisser ton bon pain

Ou monter ton mur de parpaings ?

Je sais qu’aux belles et longues vacances

Fréquemment tu soupires ou tu penses

Et que les pieds bronzés en éventail

Te tentent sur les plages du pays Thaï.

(Médecin)

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Avez-vous un zeste de rêve pour le chômeur

Qui a perdu ce qui fait aujourd’hui

La fierté et les éléments d’un bonheur

Qui refuse les moyens réduits et l’ennui ?

Il était pluri-actif, de trente à quarante.

Maintenant qu’approchent les cinquante,

On le jette dans le clan plaintif

Refusez-vous qu’il y soit rétif ?

(Chômeur)

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N’en doutez pas : tous trois sont vivants.

Le boulot pour manger, c’est bien gênant,

Mais jusqu’à présent on n’a jamais trouvé

Une méthode pour autrement se sauver.

Ce dernier texte ne va sans doute pas me rapporter plus de trois bonbons car l’atmosphère sent l’usine et des occupations sans poésie qui n’ont rien de littéraire et ne sont pas assez terribles pour rappeler Zola.

Le jury est présidé par un écrivain, spécialiste de l’histoire du coin.

La décision sera rendue mercredi : je me prépare à l’émotion.

Chapitre XIII

Le pape n’a pas eu le Nobel de la paix qu’il mérite assurément. Ils lui ont préféré une Iranienne qui travaille pour le droit des femmes et des enfants ; il y a fort à faire dans ces contrées. Ils auraient pu lui passer son tour pour la prochaine fois mais qui sait, cette nomination évitera peut-être à cette femme de se faire égorger au nom de la charia.

Je n’avais jamais pensé que le pape pouvait être nommé pour ce prix mais s’il y en a un qui a œuvré pour la paix c’est bien lui. Pologne, Russie, ils les a bien secoués. La plus grande surprise c’est bien la chute du communisme à laquelle il a contribué grandement. Si je ne me trompe pas, à Fatima, en 1917, on parlait d’une éventuelle conversion de la Russie si on priait. Cette « conversion » est arrivée : a-t-on prié ? Qui l’aurait prévue ?

Il n’a pas besoin du Nobel personnellement mais ça aurait fait un bon complément pour ses 25 ans de règne.

J’espère quand même qu’il n’a pas été écarté parce qu’il est pape en face de protestants décideurs. La Suède est moderne, n’en doutons pas.

Olfra et le vieux sont retournés samedi après-midi vers Bourg St Sulpice pour s’occuper de mémé et voir le courrier. Après avoir déjeuné chez les Vietnamiens au self pour engranger quelques saveurs après tous ces repas fadasses de produits congelés de restaurants sans étoiles nous avons passé des moments de travail intenses.

Je suis allé à Villardâgé chercher quelques appareils, papiers et ustensiles pour la future transhumance. Rien ne presse mais si on veut descendre il y a beaucoup de boulot.

Olfra n’a pas arrêté avec le linge et le repassage des vêtements de « l’ancienne ».

Avant de rejoindre la calme Léchère et le studio nous sommes allés dans un château pour fêter notre 39ème anniversaire de vie en commun et le repas étant expédié avec satisfaction et appréciation nous nous précipitâmes vers le logement pour tout ranger.

Peu de minutes après deux ronflements sans témoin éveillé saluèrent cette belle journée ensoleillée car nous étions plus que fatigués. Est-ce la cure, est-ce l’émotion de revoir Bourg et mémé ?

Nous sommes prêts pour demain : il ne me reste plus qu’à préparer des copies de ma description de la Léchère que je donnerai à tous ceux qui y sont mentionnés. Ils ne se rendent pas compte mais ces papiers vaudront bientôt aussi cher que des extraits de l’Iliade et de l’Odyssée du vieil Homère !

Le temps est un peu plus frais mais toujours bon. Olfra me demande toujours d’écouter la météo mais je n’y prête pas attention, ça m’endort parce que je n’y crois pas.

Nous sommes allés ce mercredi à ce fameux concours littéraire où il y avait foule. Les écrits étaient placardés sur un étroit passage, ce qui fait que trois personnes bloquaient tout et interdisaient toute lecture aux autres.

En fait, les curistes étaient considérés comme partie négligeable puisque les concurrents étaient constitués par quelques professeurs et des élèves de quinze ans.

Il en est résulté un concert humide, peu poétique (d’après moi) :

« Je pleure, tu pleures, tu me bats, je suis malheureuse, la vie est dure, je meurs ». C’est ce qu’on appelle un « journal intime » qui n’a rien à voir là-dedans.

Donc, trois profs femmes plus six gamines ont reçu un prix. Aucun homme ou garçon. Je pense que si Victor Hugo avait concouru il n’aurait rien obtenu.

Tout était fait sous forme de poèmes avec fautes d’orthographe et écriture manuscrite assez peu lisible.

On était entre soi, avec l’écrivain du voisinage, qui en a profité pour offrir son bouquin. Il parait qu’il vit de sa plume : chapeau !

Ces enfantillages montrent s’il en était besoin qu’on sort rarement dans la vraie vie lorsqu’on vit professionnellement à l’école. Ce n’est pas comme ça qu’on devrait accueillir les curistes qui les font vivre.

Les œuvres primées ont été soit mal lues en trébuchant soit pas lues du tout, ce qui ne les a pas arrangées. Pourtant sur les murs il y avait des choses valables et prometteuses mais elles sont passées inaperçues. Mon jugement sur ce genre de compétition n’est certainement pas dans le vent !

Je n’ai donc pas eu mon kilo de sucre.

Une heure après nous sommes allés voir un film canadien formidable appelé « Les invasions barbares » qui parlent des derniers jours d’un individu insouciant condamné par la maladie.

(Je suis retourné le lendemain au bureau du tourisme et j’ai subtilisé mes papiers. Pour une fois Olfra était d’accord avec moi).

Un beau jour, il faudra choisir un nouveau pape et à cette occasion on parlera d’un pape traditionaliste ou d’un pape rénovateur mais comme on ne sait rien on se bloquera sur un pape traditionaliste, comme d’habitude parce qu’on a peur de lancer des idées originales.

On ne manquera pas de citer la fameuse prophétie de Malachie, cet évêque du XII-XIIIème siècle. Il cite chacun des papes jusqu’à nos jours sous la forme d’une série de devises en latin. Ces devises descriptives collent assez bien avec l’origine ou les hauts-faits de chaque pape ou avec son blason.

On arrive ainsi à Pie IX qui vivait dans la deuxième moitié du XIXème siècle. La caractéristique de cette « prophétie » c’est qu’elle est très accessible : il suffit de parcourir la liste des devises en face de celle des papes et on apprécie les « prévisions » qui sont parfois troublantes, notamment lorsqu’il s’agit de Pie VII (aigle rapace) enlevé par Napoléon.

On dirait que c’est un prof de math qui l’a faite tellement c’est clair et net. Après ce Pie IX (croix de la croix) qui a souffert des tentatives d’indépendance de l’Italie à l’aide de la maison de Savoie (blason ayant une croix) il y a Léon XIII (lumière dans le ciel) mort en 1903. On constate que le pape qui n’a plus d’Etats ne bénéficie plus d’une devise personnelle : c’est une description du sort de l’humanité, ce qui change complètement l’interprétation qu’on peut en faire.

Si on applique simplement et innocemment chaque devise ça donne :

Pie X : feu ardent (guerre 1914),

Benoît XV : religion dépeuplée (1914-22, le communisme),

Pie XI : foi intrépide (1922-39)

Pie XII : pasteur angélique (1939-58),

Jean XXIII : pasteur et navigateur (1958-1963)

Paul VI : fleur des fleurs (1963-78)

Jean-Paul Ier : lune intermédiaire 1978,

Jean-Paul II : travail du soleil (1978- ).

Il reste : la gloire de l’olivier et le « dernier » pape Pierre II.

Si on examine les trois premiers de la liste ça colle assez bien mais pas du tout avec Pie XII (angélique ?) et Jean XXIII (navigateur ? qui n’a pas quitté son siège).

En revanche, la devise : pasteur angélique convient parfaitement à Jean XXIII et la devise : pasteur et navigateur à Paul VI (et Jean-Paul II).

Il y a donc un « regroupement » évident, comme suit :

Foi intrépide = Pie XI et Pie XII,

Pasteur angélique = Jean XXIII,

Pasteur et navigateur = Paul VI et Jean-Paul II,

l’éphémère Jean-Paul Ier n’ayant pas de devise.

Il reste alors pour les papes futurs : fleur des fleurs (écologie), lune intermédiaire (station orbitale), travail du soleil (effet de serre ?), gloire de l’olivier et Pierre II, le « dernier », ce qui nous mène à 2125, plutôt que 2025.

Ceci n’est qu’une amusette du vieux mais quelquefois les vieux ont une certaine sagesse !

En parlant de tous ces papes passés et futurs j’ai eu l’idée d’adresser quelques lignes à ce vieux soldat de sa religion. Ce n’est évidemment pas super respectueux ni même mièvrement traditionnel :

au Pape

Brave Jean-Paul, tu fêtes ce jour tes vingt-cinq ans.

Qui eut cru que tu pontifierais pendant si longtemps ?

Tu subis ou maîtrises de l’âge les pires inconvénients.

Aphasie, toi qui parlais beaucoup, et tremblements.

Un jour de 1978, Jésus parlait avec sa mère Marie

Qui lui dit : « Pour ce pape, Jean-Paul Ier, je suis bien marrie :

A peine a-t-il endossé son nom et revêtu sa soutane,

Passé le mois de gloire, il glisse sur une fatale banane ».

Jésus répond : « Je suis comme toi, mais pour une fois

Que je regarde ailleurs ces cardinaux en profitent

Pour se mettre à élire une faible santé à grand mérite

Qui ne peut brillamment durer comme il est nécessaire.

Il me fallait régler entre Israël et Arabes une autre guerre ».

« Cette fois-ci il faudrait que j’innove et pourquoi pas un Slave ?

Après tout, de ces Italiens qui monopolisent les conclaves

On est un peu fatigué. Qui choisir ? Un Russe ou un Pole ?

Je n’ai pas le choix, les premiers sont popes, il n’y a que Karol ».

Pour la langue, je lui en ai donné plusieurs, ce Polak

Parle déjà couramment l’italien, il n’aura pas le trac. »

Un petit coup de pouce et voilà le rigide Brejniev furieux :

« Comment osent-ils narguer ainsi mes compagnons sans Dieu ? »

Modestement, tu choisis de continuer la liste des Jean-Paul

A peine entamée, sur nom double, par ce successeur de Paul.

Mais quel changement ! Ta vraie devise : infatigable voyageur,

Tu vas fidèlement la suivre et même surpasser ton prédécesseur.

Or Jésus, encore occupé à de graves conflits et distrait,

Laissa un détraqué Turc te tirer deux balles dans le buffet.

Mais Marie veillait et priait et détourna ta troisième balle,

Elle eu pitié de ta souffrance, te fit tomber dans les pommes

Et ainsi tu pus gagner très vite le grand hôpital de Rome.

Il est sûr que sans cet assassinat retardé ton corps d’athlète

Aurait continué à te servir pendant bien plus de fêtes.

C’est ainsi. Ceux qui te voyaient dans la papale piscine

Ne diront plus que tu as tout fait, sans arrêt, sauf la cuisine

Dans ce Vatican et dans le monde afin de promouvoir

De ton Dieu les préceptes et préserver, vivifier, sans changer

Ni alléger les dogmes, sans modifier les curés ni ton pouvoir

Souverain. Décevoir les faibles, tu n’en as cure, même âgé.

Ce terrible Turc il t’a bien enlevé dix ou quinze ans en sus,

Que tu aurais dépensés joyeusement à voyager. Jésus

Est même super content avec la publicité que tu lui fais

Dans les médias. N’as-tu pas pardonné au Turc ? C’est un fait,

Tu nous as étonné, c’est peu de le dire. En vedette bien rodée

Tu profitais de tes quinze langues pour chacun éclairer et aider

A comprendre toutes les subtilités de la doctrine révélée

Sans céder une once sur les devoirs que tu dois dévoiler.

Marier tes curés, admettre capotes et divorcés, tout ce sexuel,

Tu ne veux pas le modifier, toi qui regardes vers le ciel.

Sûr que pour réaliser tes ambitions apostoliques il te faut

Ignorer les femmes, mais les autres, les ordinaires, les petits,

Comment font-ils lorsqu’ils cherchent vainement le gros lot

En sachant qu’à jamais tu les lies, même s’ils sont mal assortis ?

As-tu ressenti en pleine grande ville la tristesse d’une ADAP

Sans curé ? Est-ce la prévisible, irrémédiable, future étape ?

Ton Esprit Saint ne te suggère-t-il pas une radicale évolution ?

La réserve-t-il dans mille ans à un jeune, plein d’imagination ?

A l’année nouvelle pour tes vœux tu pousses un peu le bouchon

Trop loin. Deux ou trois idiomes, sans aussi le patois de Saigon,

Feraient comprendre clairement que tu nous donnes la paix.

Parkinson, hélas, t’empêchera peut-être de répéter ces souhaits.

Tous t’admirent de nous prouver que la vieillesse montante

Ne peut décourager tes membres aux vertus descendantes,

Tu ne peux donner ta démission car, as-tu dit, où et à qui ?

Tu exagères dans l’humour papal mais ton bel exemple polski

Nous montre que sans un miracleIL n’en fait pas beaucoup

Tu mourras au boulot tel un mineur polonais sous le grisou.

Ils te remplaceront, mais qui pourra oublier sans ingratitude

Que tes hauts-faits firent chuter la soviétique servitude ?

Ce vieillard n’avait évidemment pas l’intention de l’envoyer à quiconque mais en cherchant des renseignements à propos du mot « Vatican » sur internet j’ai vu qu’il y avait une adresse email pour souhaiter bon anniversaire à Jean-Paul II pour ses quatre-vingt-trois ans. J’ai donc envoyé à cette adresse ce texte qui se retrouvera noyé dans un océan de mots et de prières ( ?).

Le pape est un chef de communauté et de temps en temps « pontifie » sur des points de la religion. Il s’est déclaré infaillible à la fin du XIXème siècle (soit seul soit en compagnie d’un synode d’évêques ?) pour les questions de dogme. On a l’impression qu’il s’est déclaré seul infaillible mais il s’est assuré du concours d’évêques pour le dire. Il se déclare rarement infaillible.

Pour le gouvernement il n’est pas infaillible ; il n’est donc pas logique d’adorer tout ce qu’il fait. Du temps d’Alexandre VI BORGIA ce dernier avait la tâche de gouverner les Etats de l’Eglise et de placer ses bâtards. Bien sûr, ce ne serait plus concevable maintenant et on pense que le pape n’a seulement qu’à s’occuper de choses métaphysiques.

Il y a quand même un gouvernement à diriger et une structure comportant des ecclésiastiques à guider et à remplacer quand il y a des difficultés de recrutement.

C’est donc un problème important qu’on ne peut toujours négliger. Le pape est d’abord un homme d’état qu’on peut respecter comme tel mais il n’est pas forcément un génie dans ce secteur.

Sa dimension spirituelle et symbolique est tout autre. Elle est en principe facile à mettre en œuvre puisque basée sur des dogmes.

Tout ce qui concerne l’organisation est par contre très difficile. C’est une tâche primordiale pour le futur pape. C’est ce qu’on dit à chaque fois. Quant aux dogmes peut-il les « aménager » ?

Pour revenir un peu sur terre voici un petit rapport sur l’endroit où nous prenions quelquefois notre déjeuner dans cette station thermale qui autrefois a commencé sa carrière en accueillant des princes, des comtes et des richards (ce qui est souvent la même chose !).

à la Sabaudia

A la Sabaudia ce jour ce sont des ailes de raie aux câpres.

Vous pensez, mais vous avez tort, que c’est dur et âpre

Mais non, c’est excellent ; avec les petits légumes,

Les patates et les épinards vert sombre on assume,

Et même vous vous régalerez, sans rien en laisser.

Les fleurs du tissu de la nappe, la couleur prune du dessous

Le plafond en bois avec les yeux qui surveillent le tout,

La salle est agréable, les petites clientes moins jeunes picorent,

En recherchant d’autres rares clients en ce joyeux décor.

L’autre jour vous n’étiez pas là pour le tendre kangourou

Au poivre. De l’imaginer vous devriez saliver. Votre courroux

De l’avoir raté n’est pas entièrement justifié car bientôt

Ces jeunes restaurateurs vont solliciter à nouveau le cuistot

Pour vous remettre le couvert, après les grenouilles grillées,

Les filets et les plats légers qui refusent de vous barbouiller.

Ce jour est bon, il suffit de regarder le menu, inhaler

Les odeurs de cuisine : du saumon en darne avec une sauce

Qui vient du safran ; les poireaux dans le jus, avec le blé

Biologiquement cuisiné, préparé avec soin par le boss.

Qu’on est loin des filets de poisson si fadasses, si enlaidis !

Gardez le chef : il peut encore vous surprendre ce samedi.

Le dimanche un chamois s’est laissé glisser de ses hauteurs.

S’étant trop approché du couteau et du fourneau en chaleur,

Avec les coquilles saint Jacques et les escargots, il a du sacrifier

Sa chair vigoureuse et les petits veinards s’en sont sentis fortifiés.

(Toujours parler de bouffe : quel gros mangeur ! Dans un resto

De quoi discuter ? Des impôts ? Ou de mets fins et de gâteaux ?).

Si vous êtes assez riche (!), commandez la soupe pour le soir,

Au moins, vous qui êtes fainéant, il suffira de vous asseoir

Tandis que le liquide réchauffe lentement sur la plaque

Et que la TV vous lance des infos sur des têtes à claque.

O Sabaudia, vieux nom de la Savoie, tu mérites nos louanges

En cette petite Léchère, au moins avec toi les curistes mangent.

On sent la fin de saison, c’est la dernière semaine : seuls les plus valeureux restent ces six derniers jours. Il a même plu. Heureusement le cinéma est à côté mais Olfra ne voudra sûrement pas revenir au mois d’octobre. Trop désert !

Les Franco-vietnamiens de Villardâgé s’en vont au Vietnam cette semaine : trois mois de soleil et de cuisine jaune, le plus souvent au poisson, ce qui ne fait pas de mal du tout ! La gamine de quatre ans et demi va être transformée et va parler couramment la langue de ses ancêtres. Après, ce sera l’école continue et plus de voyages aussi longs pendant l’année scolaire.

Aujourd’hui mardi nous sommes allés au-dessus de Moûtiers dans le petit village de Champoulet chez une cousine d’Olfra. Après déjeuner on a marché comme des inconscients vers les hauteurs avoisinantes, sous le prétexte de promener le chien. Il faut dire que le mari appartient à la catégorie des grimpeurs, ce qui n’est pas notre cas. Complètement hors service les deux vieux visiteurs !

Je leur avais fait un poème cet été puisque nous les connaissons depuis longtemps. Voici ce texte :

à André et Olga

Ce grand sec a placé sa tête sur le mont Pourri

Tandis que ses pieds sont encore en France.

Il est bon de savoir qu’il a la constante chance

De trouver à son retour un amour bien nourri.

De la fenêtre du Chatelet, vert et agreste,

On voit quantité de cartes postales éternelles

Avec lesquelles rien ne peut rivaliser sous ce ciel.

En été on mène en ce lieu une vie simple et modeste.

Mais les beaux jours se brouillent, il va bientôt pleuvoir,

Salins-les Thermes et sa douceur il est temps de revoir.

Cueillons nos légumes, Champoulet au loin se réveille,

Ce n’est pas si souvent qu’on le prend pour merveille.

Le Chatelet ici se prépare à rester seul sur sa pente,

Les voisins aussi ferment ; les villes, à nouveau, tentent.

Olga aimerait aussi les monts grimper et coloniser,

Mais tout le monde n’a pas cette fringale à attiser,

Une passion de la nature qui seulement l’air frais apporte,

La technique et la force qui plus haut vous transportent.

Elle se promène au vieux chef-lieu, le Villardâgé,

Elle prépare le rôt, elle jardine ses fleurs, son potager

En attendant le mince bronzé qui vise la pure écologie,

Et qui, après des montées épiques, regagne le fier logis

Ce matin nous sommes très en forme : plus trace des aventures d’hier. Demain nous attendons notre fille d’Annecy, Isabelle, avec ses trois garçons. Séance au resto avec frites à envisager.

Comme elle a un sens aigu de la météo et qu’elle vient toujours à la dernière minute, il pleuvra ; sinon, il neigera.

Ils sont arrivés : il pleut et chez eux il neige !

Après une débauche de frites et de biftecks nous sommes allés un peu nous promener aux alentours et ensuite à la Médiathèque qui est une bibliothèque très complète qui doit sa naissance aux Jeux Olympiques de 1992.

Aujourd’hui vendredi nous sommes allés au resto à Moûtiers avec André et Olga II et ils nous ont fait visiter toutes les ruelles qu’on imagine sans peine très froides en hiver. On est allé à la Voûte qui n’a pas son pareil pour le poisson :

La Voûte

A Moutiers-ville quittez la grande route

Et entrez sous la magnifique « Voûte ».

Elle n’a rien d’un vulgaire casse croûte

Ni d’une sombre grange où l’on broute.

C’est une retraite gastronomique,

Au voisinage de belles boutiques.

Les tableaux qui habillent les murs,

C’est pour l’artistique et locale culture,

Mais dans les grandes et chaudes assiettes

Ce n’est pas la sèche et pauvre diète.

On se lèche sans honte les babines

Car cette cuisine savoureuse et très fine

Rassasie les joyeux convives assidus.

Déguster, ce n’est pas temps perdu.

Comme son nom clairement l’indique,

Le patron ne réalise que de nobles* mets.

Il assure un accueil très sympathique

Et la mince Sylviane toujours le sourire remet.

C’est sûr, vous aimerez la dorade dans sa peau.

Non, elle n’est pas là juste pour qu’on picore ;

Il faut jeter vos habitudes de terrien carnivore

Et mâchonner en bec fin avant retour au hameau.

La soustraction, me direz-vous, arrive assez tôt.

Elle ne va pas, c’est certain, vous éreinter le dos.

Le proverbe chinois stipule : « Oublie tes douleurs,

Si on t’offre plein de bonheur et de saveurs ».

* Edelmann (= noble homme)

Encore une petite journée et à nouveau : home, sweet home à Bourg St Sulpice. Les meilleures choses ont une fin. Il parait qu’il y a trois centimètres de neige dans le coin.

C’est faux : un beau soleil et pas de neige. Il vaut mieux qu’elle n’arrive pas si vite car sinon la saison ne sera pas bonne, d’après les vieux qui n’ont pas besoin de météo.

On apprend le décès de l’ancien maire de Villardâgé. Il inaugure le cimetière agrandi, exactement comme un autre ancien maire a inauguré quelques vingt ans auparavant le précédent cimetière. Ce dévouement à une commune est particulièrement coûteux au point de vue santé, surtout dans les petites communes où tout le monde veut voir et juger le maire surtout s’il est en retraite.

Dans la semaine on transhumera définitivement, en synchronisation avec l’heure d’hiver et avec la transhumance de Oeil de Gazelle et de Indestruc.

Chapitre XIV

Il y eu cet enterrement de l’ancien maire de Villardâgé du type civil puisqu’il était un communiste pur et dur jusqu’au bout. Il est à noter que personne ne va généralement jusqu’à refuser le passage par l’église mais lui l’a fait.

Il y avait tout le village disponible plus quelques huiles et la musique. Cette cérémonie fut très digne et assez longue d’autant plus qu’il faisait un froid de canard sur la place de la mairie. Le passage par l’église a au moins l’avantage pour les survivants qu’il fait moins froid. La petite église n’aurait de toutes façons pas été capable de contenir tout le monde. Le lendemain il a même plu avec un genre de neige.

Les discours très descriptifs nous ont parlé des activités de ce brave homme mais tous n’ont pas été très clairs faute d’usage adéquat du micro. Il faut admirer une vie de cette sorte à une époque où on ne pouvait pas étudier. A l’âge d’homme c’était juste au moment où il fallait aller à la guerre où entrer en résistance.

Il était là tous les jours à la mairie dès qu’il a été en retraite. La maladie l’a rattrapé pour finalement le tuer très peu de temps après la fin de son mandat. Heureusement un jeune s’est présenté pour le remplacer. Dans ces communes c’est une chance.

L’automne est arrivé graduellement et finalement on est content que l’heure change. Tous les ans on dit qu’on ne changera plus d’heure mais en trois jours on est habitué à se lever plus tard sans douleur. Y aura-t-il de la neige ? Tous les saisonniers la guette : encore un bon mois sans doute.

Pour l’instant il fait très beau bien que froid.

J’ai vu sur le journal que le procès de béatification de Jean-Paul Ier peut commencer : ils n’ont vraiment pas grand-chose à faire pour arriver à cette démarche. Ils feraient mieux de s’occuper de nos saintes à nous. J’en connais une qui d’après elle passe maintenant son temps à prier jour et nuit. C’est devenu une spécialiste des petites vieilles qu’elle mène à la main si elles peuvent encore marcher. Le travail ne manque pas.

Elle m’avait demandé un poème que j’ai eu du mal à faire et qui ne lui a pas plu et je l’ai recommencé plusieurs fois. D’habitude le vieillard fait spontanément un récit sans qu’on lui demande. Dans celui-ci il n’y avait sans doute pas assez de pommade mais je n’y peux rien : je n’écris que si je suis inspiré et j’ai du mal à raconter des histoires très lacrymales. Vous en jugerez vous-mêmes :

à Lucienne

Sur l’île de la tentation, Lulu fuit l’attaque

Des mâles velus qui la traquent.

Et la fille aux bleues mirettes, près de la chapelle,

Trouve alors refuge, dans le mystérieux Boissel.

Elle est très fière de son immense tribu

Où d’aucuns bossent dur et d’autres ont beaucoup bu.

L’hiver, aux Angles, elle tire bien fort des fesses

Et en été chaud, dépense toutes ses tendresses.

Elle assura descendance à deux petits malins.

Championne elle est, champions elle procrée ;

Vous doutez, mais c’est vrai ; ne la faites pas pleurer.

On dit qu’elle aime cultiver dans son petit jardin.

Salades, patates et tomates garnissent sa corbeille.

Mais je vais encore vous surprendre :

Elle a une voix musicale et tendre

A faire pleurer un essaim d’abeilles.

L’âge sur elle n’a pas beaucoup de prise,

Les autres sont blanchies, voire décaties ;

Les blondes jamais ne sont bien grises,

Elles snobent les brunes aux graisses mal réparties.

Récemment, lasse de toujours courir,

Dans les églises elle se prend à ralentir.

Personne n’ose dire ici : en mûrissant

Le diable se fait ermite. Méchants

Que vous êtes ! N’a-t-elle pas toujours

Eté fleur bleue dans ses variables amours ?

Une clairvoyance papale un jour la canonise :

Mais Sainte Lulu fait face à la brise,

Vos flèches acérées sans peine maîtrise

Et tous les rampants, lâchement mous, méprise.

Ce modeste écrit, brièvement, expose

Une fine histoire, d’épines et de roses.

Je pourrais lui dire bien d’autres choses,

Mais je finis ici, avant que sa patience n’explose.

La modification ne fut pas très profonde mais la version suivante est sans doute un peu plus édifiante :

Dans les plaines Savoisiennes, Lulu prend les armes

Pour faire face aux mâles, séduits par ses charmes

Et la fille aux bleues mirettes, près de la chapelle

Trouve alors refuge, dans le mystérieux Blossel.

Elle est très fière de son immense tribu

Où d’aucuns bossent dur et d’autres n’ont pas bu.

L’hiver, aux Angles, elle active les tire-fesses

Et en été chaud, exprime ses grandes tendresses.

Elle donna descendance à deux petits malins.

Championne elle fut, champions elle procrée.

Dans une grande maison elle voudrait demeurer

Et on dit qu’elle aime beaucoup son petit jardin :

Salades, patates et tomates garnissent sa corbeille.

Mais je vais encore vous surprendre :

Elle a une voix musicale et tendre,

Qui à la Télévision ferait merveille.

Récemment, lasse de toujours courir

Dans des églises elle se prend à ralentir.

Personne n’ose dire ici : en mûrissant,

Lulu nous donne l’exemple. Passants

Ridicules ! N’a-t-elle pas toujours

Eté fleur bleue dans ses grandes amours ?

Un ami clairvoyant un jour la canonise :

Mais belle Lulu se sent alors incomprise,

N’est-elle pas à son seul destin soumise ?

Et les coups du sort jamais ne la brisent.

Elle ne m’a plus parlé pendant six mois mais semble maintenant avoir digéré la pilule. C’est devenu d’ailleurs une grande « prieuse » d’après elle (voir ma prédiction !).

Je ne pouvais pas faire mieux.

Nous sommes sortis au début de novembre avec le club des Paupiettes de Réez, une bourgade voisine de Bourg St Sulpice. Inscrits depuis des années dans ce club où nous avons beaucoup d’amis nous sommes donc allés à Grésy sur Isère à l’Ecomusée.

C’est un endroit escarpé où se trouvent quelques maisons ou cabanes dans lesquelles quelqu’un a réuni tous les outils et les engins possibles des siècles passés. Pour des retraités ces outils représentent beaucoup puiisqu’ils s’en sont servi très souvent. Suit évidemment une dégustation de vins et une explication sur la façon de planter et soigner le vin. Il parait que la Savoie est championne pour le nombre de plants de vigne vendus dans le monde. Les barrages ont permis de réguler l’Isère et de gagner de nombreux hectares de terrain.

Après bien sûr tous les valeureux membres ont repris le car pour aller dans un restaurant spécial un peu plus loin. Une excursion comprend toujours un repas pour attirer les clients. C’est spécial parce que ça dure cinq heures (un peu long !) et que toute la famille chante : la patronne et sa fille et le fils accordéoniste. Giorgio le patron raconte des histoires et vante la marchandise. C’est sympa bien qu’un peu surfait. Retour au bercail, les courroies étant bien attachées dans le car.

Le président des Paupiettes n’était pas là du fait qu’il récupérait après son opération du genou. Mais ce dimanche c’était le repas annuel du club dans un restaurant très sérieux et très bien. Comme on peut le penser il y avait au moins 60 personnes. A cet âge il y a toujours des amoureux de l’art de (bien) manger.

Le président était donc venu pour sa première sortie. C’est fou ce qu’il y a de gens ayant subi des opérations du genou ou de la hanche. Les sportifs bien sûr mais aussi les amateurs qui se choquent les membres en cas d’accidents. On fait des merveilles de réparation, on râcle les vieux tissus et on met une prothèse.

J’ai l’habitude de conseiller de ne pas trop lire les journaux sportifs : en effet, voici le deuxième qui se fait opérer du genou !

Pour lui souhaiter la bienvenue quelqu’un lui a fait un poème, pas très optimiste :

à René P, en son Club

De l’âge du vieux Yeltsyn et du futé Gorbatchev,

Il est aussi de la classe de ces nobles chefs.

Le club des Violettes lui donna la présidence.

Elle lui suffit, mais que de soucis de finances,

Bien plus qu’au gouvernement central de la France

Où les candidats prétentieux sont en surabondance.

Les petits voyages, les musées plus la râclette

Vident la caisse. Vivement les thés dansants

Et les lotos pour ranimer les euros gisants.

Cette fin de semaine on rassemble les Clubettes

Pour le repas sérieux de l’année. René récupère

Des ennuis de genoux et peut se déplacer pépère.

Tous tiennent à leur chef efficace et bien-aimé ;

Pas question qu’il défaille : il doit s’armer

De toutes ses qualités. Une fois, il a bien essayé

De s’échapper mais les candidats se sont égayés.

Les clubs riches trouvent beaucoup plus facilement

Un responsable et des adjoints jeunes et frétillants.

N’écoute pas ces pleurs, René ; tu as une vice-présidente

De choc ; elle au moins ne peut se montrer vacillante.

// Une horde sauvage pleine de poils monte la pente

Pour atteindre sa caverne à son allure prudente et lente,

Le menu saignant et tout cru est porté sur des épaules rudes.

Ils ne connaissent pas encore le feu, tueur de solitudes ! //

Un rapide éclair dans le temps vers des ancêtres oubliés

Et les clubistes quittent leurs soucis et de rires sont pliés.

En ce jour de relaxe, de boire et de manger, les joyeux ainés

Négligent à jamais les problèmes de sous, au loin emmenés.

Il est certain qu’il est difficile de remplacer quelqu’un de cette valeur qui souhaiterait se reposer après des années parce qu’il n’y a pas assez de plus jeunes ou d’individus dévoués et compétents. Mais ça peut changer si on recrute davantage, bien qu’il soit invraisemblable de trouver des non retraités. Finalement, la question importante est aussi celle des finances et j’ai entendu dire que les impôts vont mettre leur nez là-dedans. Quelle est l’utilité de casser les pieds à des vieux d’un club sans pognon ?

Heureusement, dans ce club il y a la jeune vice-présidente dont les qualités conviennent très bien à tous. Mais elle n’est pas retraitée et a énormément de travail chez elle. Ce n’est pas une raison pour ne pas lui faire un poème.

à Nicole M

L’environnement calme des Colombières

Près des travailleurs actifs lui est cher.

Elle y abrite un beau chat tout blanc

Et apprécie les mélodies aux rythmes lents.

Lorsque Pierrot, las des cimenteries

Branche les fourneaux à pâtisseries

Inlassablement sur notre club elle médite

Et quelques vieilles clubistes avec soin visite.

Accrochée aux cimes de cet endroit

Rien ne saurait l’arracher aux Savoies

Et si quelquefois de voyages elle rêve

Elle ne trouve pas d’assez longues trêves

Pour les faubourg de Paris revisiter

Ou grâce aux camions traverser les cités.

Parmi ses chefs d’œuvre on pourrait citer

La brune Sandra par l’accordéon éclatée

Et son petit frère de bientôt deux mètres

Qui en poids lourds est passé maître

Dès que pointe le soleil du gai printemps,

Avec quand même un peu plus de chaleur,

La famille dépense tous week-ends en campant

Dans son immense propriété en hauteur.

C’est le moment béni où on oublie l’électricité

Et où manger cru fait grande autorité.

Aux Paupiettes la vice-présidente

Ajuste ses lorgnons pour bien noter

Tous les détails de l’actualité pendante.

N’oublions pas : sur elle on peut compter.

Pour nous, cette cousine bien authentique

Fait oublier d’autres erreurs de génétique.

Mais si vous la trouvez à ce point sympathique

Laissez-la écouter : elle adore la musique !

Voici d’ailleurs Sandra la grande qui passa des années à pratiquer l’accordéon et à nous charmer. Actuellement il faut travailler bien loin si on veut parvenir à une situation enviée de spécialiste des camions. Comme son frère et son père ces engins les passionnent depuis l’enfance.

à Sandra

Deux grands yeux noirs ivres de musique :

En avez-vous vu de plus mélodiques ?

Sandra enfile la bretelle d’un gros accordéon

Et nous règale d’harmonieux flonflons.

Elle pratiqua de longues années l’école

En développant, avec frérot, un goût très romantique

Pour les camions du voyage. Pierrot et Nicole

Notèrent joyeusement qu’ils veulent reprendre la boutique.

Pendant qu’elle dirige au loin maintenant le destin

De beaucoup de gros-culs toujours sur des chemins

Elle nous manque un peu plus chaque jour.

Certains disent même qu’elle néglige l’instrument

Pour le travail quotidien et ses ardentes amours.

Ce ne sont peut-être que ragots. Démentira-t-elle vivement ?

En attendant les marchés du samedi et ses plus rares visites

Nous souhaitons que d’autres fois elle nous invite

A écouter ses récitals modernes ou classiques

Qui étonnent les moins doués et ravissent son public.

Que sont ces pleurs ridicules ô vieux barbon ?

Même un philosophe sait qu’une jeune doit aller au charbon

Et pour davantage d’avenir doit seule à tire d’ailes voler

Pour transmettre à son tour de la vie les fructueux relais.

D’accord, Sandra, nous pardonnerons tes absences

Et tes distantes et occasionnelles musicales performances,

Si la prochaine fois tu nous dis que tu es heureuse

Et que tu vis dans une ambiance autre mais chaleureuse.

Le jeune frère de Sandra, rivé à son camion, mérite aussi un poème, mais hélas ce sont les femmes qui m’inspirent le plus !

La neige s’est enfin mise à tomber, de façon totalement inattendue comme d’habitude, malgré les prévisions officielles. Il est temps de prendre la pelle pour libérer la terrasse.

La « bonne » saison est bien finie ; la « meilleure » saison commence, pour les skieurs.

Chapitre XV

L’hiver est passé si vite qu’il est déjà temps de remonter à Villardâgé. Quelle poisse tous ces déménagements ! Ces télés, ces paraboles, ces démodulateurs et tous les aliments congelés qu’il faut transporter vers le mont. Heureusement qu’il y a des bagnoles mais quand même : le vieux défaille. La prochaine fois il faudra tout acheter en double. Sinon … on reste ici, sauf s’il fait très chaud bien sûr comme l’année dernière.

Que s’est-il passé cet hiver ? Eh bien, le nouvel an, quelques chutes de neige, pas bien sévères, mais malgré tout la saison a été bonne et au lieu de râler la plupart des gens d’hôtel et des moniteurs semblent aussi contents que les pisteurs. Il y a hélas des clients en moins puisqu’ils sont allés hors piste et des malheureux pilotes d’hélicoptères qui ont subi des rafales de vent mortelles.

Le soleil brille de façon modeste mais on ne l’échangerait pas pour un autre même plus gros. Espérons que son zèle ne va pas être trop intense. Pas assez fort pour l’instant : attendons le 1er mai.

Vers Noël le même vieux s’excita sur un poème. Comme vous connaissez déjà le scénario de ce film il ne vous étonnera pas, bien que les évolutions des religions ballottées par la TV aient besoin d’un historien pour les fixer. Voici l’histoire :

au Fils de Noël

Jésus devait partir en reconnaissance vers l’humanité.

Depuis des temps lointains, on en parlait par prophètes.

Il était impossible que ceux vêtus de peaux de bêtes

Continuent à suivre les préceptes de guerriers agités.

Le père Noël dit à son fils : c’est le moment vas-y.

Jésus exigea alors la meilleure, Marie, mère du Messie.

Devait-il parader fièrement devant les légions en péplum

Qui sans relâche descendaient des alentours de Rome ?

Il serait obligé de les vaincre pour imposer sa loi.

Il valait mieux se faire obscur pour présenter sa foi.

Ils convinrent donc d’une étable prés du vieux Jérusalem,

Les hommes auraient pu douter qu’il fut né à Bethléhem

Si l’âne et le bœuf n’eussent pas convoqué des bergers

Pour montrer que tout enfant de pauvre doit se loger.

Cette discrétion tu l’as poursuivie toute ta courte vie.

Toi parti, quel dictateur de tuer devrait avoir encor envie ?

N’as-tu pas définitivement livré tes vérités mystérieuses ?

Mais bien qu’après deux mille ans de révélation glorieuse

On invente des guerres saintes jamais par la paix terminées,

L’humaine race sent que tu es son espoir et son destin,

Et que si le gros poisson toujours mange le menu fretin,

Auront tort à jamais ceux qui veulent la Terre dominer.

A sa remuante progéniture, au moins, l’humanité est sensible.

Ton père, après quelque hésitation bien compréhensible,

Est devenu le Père Noël, pour que des enfants innocents

Croient à autre chose qu’à des envahisseurs à accents.

L’Esprit Saint, qui veille, Le fait passer les cheminées

Car sans Lui qui pénétrerait ces maisons bien ornées ?

On dit enfin que ceux qui refusent de Te voir en Sauveur

En ce jour blanc veulent croire au miracle de Ta chaleur.

Noël 2003

Les lecteurs ayant survécu à cette évolution iront jusqu’au premier janvier, date fatidique de la nouvelle année 2004. En ces jours heureux pour certains l’Iran oscille en surface et reçoit des coups de butoir imaginés par cette vieille terre. Déjà oubliées toutes les victimes ; on en fait tellement dans les guerres interminables du Proche et du Plus Lointain Orient.

Nouvel an, déjà 2004 :

Dureté des temps

Une pétarade éclate, la terre s’entrouvre sous leurs pieds.

Comment échapper aux pierres, aux briques, à la poussière

Pendant que s’écroulent les bâtiments en pans entiers ?

C’est le pays de Darius, de Xerxès et des durs Perses d’hier.

Ils ont chassé le Shah, la Shabanou et ses petits pour accueillir

Des barbus dont la culture passéiste fait le peuple souffrir.

Avec ces colères de la nature ont-ils besoin d’ayatollahs

Pour leur enlever la liberté que, disent-ils, réclame Allah ?

Certains peuples à l’histoire immémoriale n’ont pas vraiment

Un destin très heureux. A observer leurs développements

On dirait que la vie pour eux n’est que sévère manquement,

Rêveries vers l’origine, écrasements du faible et commandements.

Ont-ils jamais pensé qu’ils peuvent d’autres idées cultiver ?

Et, sinon un bonheur pacifique, les roses d’Ispahan retrouver ?

Les Ricains, eux, avec le Dieu dollars, se font une belle farce :

Ils appellent innocemment « bigleux » leur sonde vers Mars.

Et faute d’imagination, ils ne savent que faire de Saddam :

Les Kurdes le pendraient bien haut devant leurs femmes !

La vieille Europe, qui maintenant s’offre un temps de paix,

A bien de la chance de ne plus trouver un ennemi à frapper.

Si les incendies, inondations, tremblements aussi la touchent

Des libertés, égalités, fraternités souvent y gardent souche.

La vieille année 2003 est proche de sa fin, pour elle on festoie,

Sacrifiant les canards, les poissons, les décors et les oies.

Quelle débauche de lumières, quelle envie d’oublier l’hiver !

Est-il encore bien vu de vous souhaiter devant un bon verre

Toutes sortes de biens dont vous ne sauriez que faire ?

Dans les yeux d’un enfant près de sa mère et de son père,

Vous trouverez tous les voeux que l’humanité préfère.

En 2004 ils ne varient pas : c’est du soleil et une santé de fer.

En fait, les Européens sont surtout occupés à se multiplier. Bientôt quinze nouveaux adhérents vont rejoindre les anciens, ce qui va faire vingt-cinq si je ne m’abuse. Bon point pour la géographie car qui connaît les petits Etats du récent Bloc Soviétique, à part les profs et les joueurs d’échecs ? Même s’il y a des contraintes inévitables ce ne peut qu’être positif : on revient à Napoléon et Charlemagne mais en mieux puisqu’il y a des subventions !

Espérons que l’esprit de guerre va tous leur passer et que l’euro va les unir réellement !

Pour l’instant l’empire ottoman ne fait pas partie de l’Europe malgré son passage à l’alphabet latin du temps d’Atatürk. On dit que géographiquement c’est l’Asie, qu’ils sont tellement nombreux (70 millions) qu’ils auront la majorité mais on n’ose pas dire que l’introduction d’Allah en masse en Europe pourrait changer beaucoup de choses, qu’on ne veut pas accepter. N’est-ce pas la vraie raison ?

L’avantage d’habiter Bourg St Sulpice c’est d’être près du cinéma et de voir tous les films nouveaux. Les deux vieux en ont vu tellement qu’ils sont très connus en ce lieu. La plupart des films sont bien ; le mardi ils passent des œuvres étrangères, habituellement en version originale. Tous les profs y vont pour améliorer leur anglais. On constate une grande paresse dans la traduction des titres ; autrefois on mettait un titre français et entre parenthèses le titre anglais. Aujourd’hui on donne le titre original sans explications. Les spectateurs cependant ne sont pas plus capables qu’avant de prononcer « The hours » correctement. Si on avait dit : « Les heures », ce serait peut-être plus simple. Quant à « Uznak » (= lointain, en turc) qui n’a pas pensé que c’était un nom d’homme ?

Le pompon appartient au titre « In the cut » (= dans la coupure) en dépit d’un « serial killer» qu’on n’attendait pas.

Seule « La Passion » selon Saint Gibson a obtenu un titre français. Ce vieux l’a d’ailleurs vue et son trouble s’est traduit par le rapport suivant :

Passion selon saint Mel, 3 avril 2004

C’est la foule des grands jours du cinéma qui rapporte

Mais moins que pour Harry Potter et ses sorciers en émoi.

On entre tout de suite dans la nuit noire. La cohorte

Des Romains avec torches, lances et épées envahit le bois.

Pourquoi utiliser Judas ? Jésus est accessible, c’est la débâcle,

IL recolle l’oreille du serviteur, son tout dernier miracle.

Auparavant, on nous le montre doutant de sa mission

Mais à froid, on n’y croit pas, c’est court pour l’émotion.

Les choses sérieuses commencent avec les coups de bâtons

Qui pleuvent comme si les soldats manquaient d’ennemis

Alors qu’il est mené aux Grands Prêtres, voulant des raisons

Officielles pour condamner le prophète et ses peureux amis.

Rien que de banal dans tout cela : Jésus contredit leur lois

Et prêche le pardon, l’amour du prochain et même de l’étranger.

Ils sont désorientés et veulent à tout prix leur place ménager.

Où est ici l’antisémitisme ? Ils veulent garder Moïse et sa foi !

Les tortionnaires le ballottent de Caïphe au gouverneur

En frappant comme des sourds. Le film est-il antiromain ?

Les Juifs n’ont rien compris à sa doctrine. Ils l’ont en main

Et veulent se débarrasser de cet étrange qui leur fait peur.

D’autant plus que lui si bavard d’habitude se résigne au silence

Comme s’il voulait renforcer son impressionnante absence.

Si Saint Mel a l’intention de nous dégoûter de la flagellation

Il a réussi son coup ? Trop c’est trop ! La peinture vermillon

Envahit l’écran et les scientifiques fouets arrachent et déchirent.

Ce cruel supplice de vingt minutes nous ferait vite les fuir.

C’est si long qu’on a le temps de voir le timing parfait

Entre les chocs supposés des lanières évitant le corps défait

Et les chutes synchrones, si on garde un peu de retard,

Devant cette peau striée, coupée, écrasée sous les fards.

On reste, parce qu’on n’y croit plus, c’est hors vraisemblance

Mais ceci avalé tant bien que mal, le chemin sous les lances,

L’aide de Joseph d’Arimathie, la foule à réactions nuancées,

L’admirable jeu d’actrice de Marie et des femmes qui s’avançaient

Vers le lieu du supplice nous consolent un peu de ces cruautés

Dans le tumulte de la bande son de tous les dolby stéréo dotée.

Auparavant, Pilate bien coincé entre César et sa difficile carrière

Parut si innocent et si désespéré qu’on se serait surpris à l’absoudre

De tout ce qu’on a dit depuis, sur ses ablutions et sa lâcheté première.

Ce film est anti-Romain. Personne avec eux ne voudrait en découdre.

Le bilinguisme est de règle pour le gouvernator mais cet effort

Ne va sûrement pas le sauver. A la fin, les révoltes lui feront du tort.

Dans ce fouillis de hurlements dominés par le latin et l’araméen

Les soldats en shorts frappent joyeusement avec l’accent italien.

On perçoit de bizarres DA russes et HAï japonais qui sûrement

Sont des syllabes du pur langage du coin. Madame Pilate Ponce,

Super-angoissée, avec du linge, vers les saintes femmes fonce.

Personne n’est mieux que cette MARIE qui tranche dans la foule

Et avec Madeleine montre une sorte de religion du sang qui coule.

Heureusement, des scènes rétro développent un Jésus vivant

Qui nous réjouit face à ces lourdes heures de maquillage savant.

Le diable, pas du tout terrifiant, mène son business calmement,

Une petite invention avec serpent pour tant d’acharnement.

Quand la victime à l’œil droit occulté arrive au Golgotha

Tous les spectateurs se disent : Ouf ! Que finissent ce tas

De souffrances horribles, bien au-delà des capacités normales

D’un homme. Devait-on autant illustrer ce qu’est le Mal ?

Ces Juifs haut placés étaient engoncés dans leurs rigidités.

Pourquoi ne pas chercher à garder leurs anciennes sûretés ?

Plus les Romains attaquaient leurs nationales certitudes

Plus il leur fallait s’accrocher à Moïse et à leurs études ?

Ils n’avaient plus que lui. Ne datait-t-il pas de moins 1200 ?

Il leur fallait éliminer ce révolté à propos d’amour menaçants !

Le Christ est une rupture. Ils sentent qu’il les dépasse,

Qu’aurions-nous fait, nous si peu différents, à leur place ?

Bien sûr, la Shoah depuis, ce peuple a massacré et sensibilisé.

Allons-nous tout l’Evangile jeter pour une pellicule aseptisée ?

Cette reconstitution outrancière illustre l’humaine faiblesse

Et sa fiction magnifiée, pas plus un peuple qu’un autre, n’agresse.

(pas d’images, il y en a assez !)

Beaucoup ont glosé sur ce film et des positions officielles (super prudentes, de ce fait) l’ont déconseillé. En général, chacun est assez grand pour y trouver plusieurs choses valables si on ne l’influence pas.

En toute objectivité on ne voit pas d’antisémitisme dans ce film. Il n’a d’ailleurs (apparemment) pas retenu la phrase plus que dure de l’Evangile où après avoir choisi Barabbas les Juifs s’écrient : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants », ce qui parait-il a justifié toutes les persécutions. Les fameux grands-prêtres ont l’air plutôt pitoyables bien qu’acharnés à condamner Jésus. En effet, leur seul but est de garder leur place en extirpant ce furoncle qui menace leur influence. S’ils avaient compris et admis la nouvelle doctrine, en tant que notables surhumains, ils auraient agi autrement. Ce n’était que des humains, d’autres « faux » prophètes s’étaient déjà présentés auparavant et avaient disparu, mais peut-être pas de la même façon…

Quelqu’un a d’ailleurs dit : « Père pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font », ce qui, littéralement, est vrai.

S’ils avaient su, auraient-ils agi de la même façon ?

Les soldats Romains, qui valaient bien les nazis, malgré leurs origines diverses et variées qui ne venaient pas d’Italie, sauf rares exceptions, sont montrés comme des spécialistes de la « castagne ». Est-ce que les Italiens vont protester ? C’est leur dernier souci.

Ce film est un chef-d’œuvre de mise en scène ; on y trouve ce qu’on veut : de la cruauté, des images noires et admirables par moment, mais aucun parti pris relatif à des races ou des nationalités. En tout cas, pas plus que dans les Evangiles.

Que ce film « convertisse » certains jeunes, alors là laissez-moi rire ! Une histoire dure ne convertit personne, s’il n’en a pas envie avant. Personne ne pense que ses propres torts méritent cette tragédie pour être « rachetés ». Quant à Hitler et les autres assassins dictatoriaux rien ne saurait « racheter » leurs crimes. Il faut croire que ce genre d’individus fait partie intégrante de l’humanité à toutes les époques, la nôtre n’étant pas meilleure que les autres. De là sans doute l’idée du péché originel et permanent.

Au mois de mars l’évènement c’était les élections locales régionales. Peu ont compris ce que c’était mais en demandant on s’aperçoit qu’il y a une grande liste pour la région et une élection individuelle dans chaque canton pour le conseil général.

L’élection régionale tombait en même temps que le problème de l’hôpital qui énervait les éventuels clients depuis un certain temps. A cette occasion on a pu assister à une séance politique du ministre local où il y avait beaucoup de monde surtout à cause de la menace de fermeture de cet hôpital. C’est tellement difficile d’en avoir un que je ne comprends pas comment on peut envisager de le fermer d’autant plus qu’il y a ici de plus en plus de monde, que le travail marche mieux qu’ailleurs et que les stations sont pleines de touristes.

Un vieux assistait à la performance de l’homme politique. Il en est sorti légèrement inspiré :

un Ministre, 13 mars 2004

Les Ministres et le Premier, lui aussi, regagnent

Pendant le week-end leur beau pays de cocagne.

Celui dont le prénom est « Brave en bataille »

Rejoint au village une octocéphale marmaille.

Bourg est en colère, on lui vole l’hôpital,

La tension est grande, ils veulent le clore.

Nous prend-on pour de vulgaires pécores ?

Va-t-on les laisser nous porter un coup fatal ?

Difficile de gagner en politique des parts de marché

Lorsque ce même soir à l’église des tas d’archets

Glissent sur des violons et que les guitares vives

Réclament le silence à la foule parentale attentive.

Le VIP paraît très tôt, serrant les mains connues,

Il n’est pas comme d’autres, il ne fait pas attendre.

C’est son pays, il n’a pas oublié son enfance nue,

Son nom à variantes, l’école, la foule à surprendre.

A cause du concert simultané tous ont pu s’asseoir.

On veut conjuguer juridiquement les trois hôpitaux,

Ils ont des angoisses futuristes, se sentent ce soir

Passionnés, délaissés, à la dérive comme en bateau.

Il parle de la région, du travail sur les routes.

Des questions fusent, il les tutoie, ils le tutoient.

Ont-ils des raisons de craindre, d’être aux abois ?

L’observateur étranger se rassurerait sans doute.

Un médecin déroule une leçon médicale :

Il faut constamment un chirurgien viscéral.

En urgence, qui va enlever les appendices,

Les vésicules, faire d’une rate le sacrifice ?

L’enfant du pays tente de les calmer : la différence

Avant la décision finale, c’est la concertation

Qu’on avance à toute occasion quand la France

Fait des économies sur des besoins de la nation.

Ce n’est pas une veille d’élections ordinaire

D’habitude bien plus bruyante et contestataire,

Où s’affrontent l’intellectuelle gauche vertueuse

Et les internes contradictions d’une « droite vicieuse ».

Finalement, la soirée s’est passée sans secousses.

Un obscur demande à l’aimable agricole ministre

Si le gaucho interdit, vraiment, aux abeilles est sinistre,

Quand des semences traitées encore font des pousses.

Pas démonté, le spécialiste s’explique longuement,

Ce que lui défendit la rapide commerciale télévision,

Dont les bavards tronquèrent ses claires déclarations :

Les mielleuses, d’après lui, vont revivre sûrement.

Petit poisson deviendra grand, malgré l’ENA,

Si les septuas libèrent le jeune quadragénaire.

Hervé de fortes et positives promesses avec lui amena,

Il repart invincible : sa native Savoie ses forces régénère.

Hélas, pour la droite, ils ont si fortement mécontenté certaines catégories de chômeurs, de fonctionnaires et de futurs retraités que le résultat n’a pas correspondu à l’attente du ministre et de ses partisans.

Quand on a un âge certain on s’aperçoit qu’en république les conséquences d’un vote dépendent presque de la météo ou du hasard. Ceux qui sont au pouvoir ne peuvent que sortir quelques années après et les autres défont ce qu’ils ont fait ou pire ne font rien de spécial. Il suffit qu’il y ait une dépression ou un fort vent pour déséquilibrer la balance.

Le ministre a donc manqué de voix pour dominer la région mais il n’a pas été le seul.

Post-élections, 29 mars 2004

Un vilain vent contraire, en dépit d’efforts magnifiques,

Montra les aléas d’une capricieuse météo politique.

On sabla donc la chaude tisane de serpolet biologique ;

Gardant les bulles glacées pour des soirs moins pathétiques.

Chez des candidats ayant d’autres nuances politiques on se réjouit très bruyamment :

France en goguette

Ses fans l’appellent maintenant Ségolène Impériale.

Les Picto-Charentais la propulsent en avant ce jour même.

Aucun doute, c’est une nouvelle étoile, ils l’aiment.

L’année 2002, la grosse vedette du Front National

Attribua à Chirac en perdition un destin très royal.

Aujourd’hui, le même assène à Raffarin un coup fatal

En présence de ses triangulaires. Toutes les régions

Ont embrassé la gauche à cause de sa pression.

Grâce à leur nouvelle loi électorale une majorité

Recherchée est obtenue, avec une grande netteté !

Le Chef racle ses grands tiroirs. Comment sauver son Etat,

Ses Ministres et Secrétaires, face à ce mauvais résultat ?

Quant au Premier qu’en faire ? Le jeter sans pitié ?

Le remplacer par qui ? Où trouver cet homme entier ?

Ah que la vie est dure pour les dévoués politiques !

Sommes-nous blasés ? Leur épargnera-t-on toutes critiques ?

Le plus coincé bien que non terrassé ce fut le grand chef qui au vu des résultats ne manqua pas d’essayer de nous envelopper dans un flou artistique. Depuis toujours ces optimistes font des promesses mais plus on vieillit moins on les croit si on les a crus un jour.

Gouverner en république n’est probablement guère possible, à moins d’être génial, ce qui arrive une fois en quelques siècles.

Baratin électoral

Chichi, presque guéri de sa grave psychose Jospin,

Entame ce jour sa énième conférence de baratin.

Pendant ces cinq ans il a été tellement contrarié

Qu’on a dû le réparer pour qu’il cesse de bafouiller.

En pleine forme, comme après toute décevante élection,

Jacques s’efforce de nous faire croire qu’il a tout prévu

Et que sa barre est ferme et même qu’il a entrevu

Un avenir, régulièrement promis à neuf, pour la Nation.

Rien ne le démonte, c’est le manque de croissance

Qui empêche les bénéfices de monter en puissance.

C’est l’absence de clarté qui fait que nous ne comprenons

Goutte à toutes les réformes promises à tous échelons.

Les journalistes, rompus à tous les complots supposés,

Lui jettent Sarko et Borloo, entre lourdes tâches coincés.

Il n’a pas compris que des septuas on en a assez

Et qu’il faut vers la retraite très vite les pousser.

L’imagination, l’énergie, les projets, les nouveautés,

Est-ce à l’Académie Française, au Conseil Constitutionnel

Qu’il faut les trouver ? Ils sont beaucoup trop immortels.

Pour qu’ils vivent leurs siestes, laissons-les en inactivité !

Faisons comme ailleurs : en Espagne, en Angleterre,

Ils ne craignent pas de confier les rênes du pouvoir

A des plus jeunes avec enfants, sans toujours voir

Le perpétuel ballet des mêmes ambitieux qui génèrent

Un ennui, une colère, un mal-vote résigné, pernicieux.

Ecrivez vos flatteuses mémoires ; l’ACTION, c’est pour eux.

Votre sagesse, vos lumières et conseils, donnez-les par écrit,

Sous barbe blanche.

Laissez les jeunes pousser leurs cris.

un vieux, 2 avril 2004

En même temps se déroulaient les élections au Conseil Général avec une candidate et un candidat, une ancienne et un nouveau.

Ce vieux se compromis violemment en écrivant le texte suivant à propos de la candidate :

une Conseillère

Elle préfère qu’on l’appelle simplement Pauline,

Ce qui correspond à sa classe élégante et fine.

Son premier mandat investi et écoulé, elle récidive.

Pourquoi ne pas réemployer sa personnalité vive ?

Ce qui frappe chez elle c’est sa rapidité de pensée

Que des années de service n’ont pas émoussée.

Laissons ici les subtiles complications politiques,

Offrons-lui plutôt un brin de couleur romantique.

Une seule femme sur les trente-sept cantons !

Qu’est-ce qu’elles vous ont fait, vieux barbons ?

Une seule pour vous contredire ! Est-ce une situation

Acceptable ? On peut en douter, votre « féminine » part

N’est pas suffisante pour suffire à cette belle région.

Un peu d’effort, vérifier vos masculines listes sur le tard.

ELLE a parlé très clairement, samedi, tous ont compris

Que conseillère c’est une tâche préoccupante : les devis,

Les euros, les réunions, les participations simultanées

Où l’on sacrifie l’un, pour l’autre à son avis ramener.

Malgré le peu d’intérêt pour le vote, vécu dans le passé,

Il faut secouer notre habituelle flemme et se déplacer

Pour ELLE, voir son bon travail et sans faille voter.

Quant aux problèmes d’hôpital, rien n’est encore gâté.

Ne vous promet-on pas que les décisions seront prises

Uniquement si vous les avez comprises et admises ?

Faute de moyens et de renseignements plus énergiques

Il faut croire ; en essayant de vaincre le pur économique.

21 mars 2004

Il faut dire que le vieux est plutôt lâche parce que blasé et roule de préférence pour celui ou celle qui devrait gagner. En dépit de cette conduite écoeurante il a aussi analysé les chances du candidat plus jeune que tout désignait comme le vaincu ; il y avait en fait au total sept candidats plus ou moins inconnus.

un candidat

C’est un cocktail de prénom d’apôtre des lépreux

Et de nom anglophone tout droit issu du gallois.

Il se soumet non sans angoisse à l’électorale loi,

En entrant en lice avec d’autres modernes preux.

Sous des dehors vifs et joyeux, une blessure secrète

Semble un peu douter d’une victoire qu’il décrète.

Est-ce sa récente entrée en vigoureuse cinquantaine

Ou l’impression que la chance change en déveine ?

En politique, comme en sport, c’est bien la bataille

Qui motive le lutteur plus que la présence de failles

Dans la conduite d’adversaires décidés eux aussi

A (re)gagner ce poste en poussant moult indécis ?

La stratégie unique d’une élection à place unique,

A nombreux challengers, fort vertueux et critiques,

Est de concrétiser sur le tas l’idée de faire trébucher

Les autres coureurs en forçant les voix à se disperser.

Qui l’emportera ? Heureusement, le proche avenir,

Lui-même, des humains est ignoré. Personne ne sait,

De sorte que chacun d’eux peut croire à son succès

Et, sans adjuvant, dormir, en rêvant à son devenir.

20 mars 2004

Il se trouve que « le candidat » gagna par hasard avec très peu de voix et certainement pas pour des raisons politiques.

Le dimanche suivant pour vingt-et-une voix il décroche

Le pompon, en douceur, en souplesse et sans anicroche.

28 mars 2004

On peut donc ajouter au texte relatif à la candidate les deux lignes suivantes :

Hélas, cet un autre dimanche on revote et la foule,

Ingrate et sévère, pour vingt-et-une voix la refoule !

28 mars 2004

Heureusement que les élections ne sont pas très fréquentes car c’est fatigant surtout pour les candidats. Il parait que d’autres ont lieu au mois de juin. C’est bien mieux parce que mieux payé et il suffit d’être bien placé sur une liste pour avoir l’emploi rêvé de député Européen. Qu’est-ce qu’ils sont utiles !

Chapitre XVI

Ce dimanche on avait annoncé la visite de l’évêque sur une des hauteurs de Villardâgé dans un des hameaux qui est très actif. A 9 heures du matin il n’y avait pas grand monde pour le voir. Cet évêque a la particularité de vouloir entièrement connaître tous les coins du département, contrairement à d’autres dont on n’a jamais beaucoup entendu parler.

La réunion avec les pères et mères de l’église locaux a assemblés 30 personnes. Ces discussions sont bien gentilles et sans doute très utiles sinon enthousiasmantes.

On notait la présence d’un habitant qui photographiait à tout de bras les huiles et les moins huiles. Il a parait-il eu la semaine d’après une crise cardiaque fatale à 49 ans. Pas gai !

La messe avait plus de succès à 10 h 30 et le temps était parfait. Une présidente a fait un discours de bienvenue très édifiant et un vieux a donné un poème à sa Grandeur (minimum 1 m 95) :

Malgré les durs pronostics des météorologiques augures

Pelegrinus energeticus roule vers les hauteurs de la Gurre.

Aucun coin de Savoie n’est ignoré de son zèle d’apôtre ;

Ils ne l’ont pas choisi, mais n’en voudraient pas d’autre.

Une fois grimpé sur la route pentue, ennemie des vieux pépés

Chacun libère son souffle en regardant cette carte postale

Qui se déroule en haut et en bas. La vue n’est pas banale

Et si près du ciel, ils sentent qu’il faut avec lui participer.

Y aura-t-il beaucoup de monde ? C’est tôt pour les gens d’aval ;

Ils y seront, en ce jeune printemps, pas seulement par curiosité,

Mais aussi et surtout pour entendre la voix archiépiscopale.

Il nous honore de sa présence et va notre espérance conforter.

En cette période de cinéma réaliste, rougeoyant et passionnel

Peut-être va-t-il nous offrir des vérités d’amour plus éternelles

Et positives qui nous permettront de vivre plus sereinement ?

Les massacres et les tortures nous secouent déjà pleinement.

Pour vivre, faut-il insister sur des faits cruels et diaboliques

Alors que nous est donnée à Pâques une révélation magnifique ?

Laurent se prépare à célébrer. Une routine, un thème ressassé ?

Non, la messe toujours est nouvelle, malgré le poids du passé.

Finalement, comme partout en Savoie, les notables ont occupés les 26 sièges d’un banquet qui sans doute fut un succès.

En Seine-et-Marne nous étions très amis avec deux autres couples qui sont restés quand nous sommes venus ici et ce vieillard s’est bien sûr demandé qui des six allait partir le premier ou la première. Contrairement aux statistiques c’est une femme, presque la plus jeune qui est partie la première et nous sommes allés, Olfra et moi, jeudi dernier à cet enterrement bien précoce après une lutte contre la maladie qui a duré deux ans et demi.

Cette maladie était arrivée à la mère et à la grand’mère de cette personne, ce qui fait qu’elle s’est rendu compte tout de suite de ce qui allait survenir bien qu’au mois de janvier quand nous l’avions vue rien ne semblait pire qu’auparavant.

Quand nous avions appris par hasard il y a deux ans ce qui survenait nous étions à la cure thermale et ce vieillard avait envoyé un texte maladroit et volontairement positif mais le moral n’y était pas :

à Nicole

Souvent on l’appelle « directrice »

Car elle met les mous au supplice.

Avec Hubert elle s’accommode du bonheur

Et grâce à l’humour exclut tous les pleurs.

Ils parcourent toute la France,

Mais l’étranger chez eux a plus de chance

Pour la dixième fois ils visitent la chaude Thaïlande

Mais probablement pas les lacs de la froide Finlande.

On se voyait tous les jours, inestimable présence

Qui tout à coup s’est changée en durable absence.

On pense souvent à eux, on revoit leur maison

Mais à Paris bloqués, on loupe le Clos Vimont.

Cette absence de durable devient continuelle

Loin des tisanes et des héros de Jean AUEL.

Le diplômé, soudain, avec des mots pour lui banals

Vous écrase de son bagage minimal

Et par lui la vie, une rigolade, devient lacrymale.

Ils disent que le ciel bleu contient aussi le mal.

Mais connaissent-ils mieux les secrets de l’avenir

Que les enfants, les amis (même un peu bancals)

Qui vous portent de leurs voeux, sans faiblir,

Et souhaitent encore plus totalement

Que vous alliez comme toujours vers l’avant,

Loin de l’horrible secret médical

Et proche de notre lointaine présence amicale ?

Octobre 2002

Malheureusement, malgré tous les soins les plus sophistiqués rien n’y fit durablement. On sait bien qu’on part tous mais la présence de cette Nicole nous tenait à cœur tout particulièrement.

Bizarrement l’autre couple restant, croyant peut-être que c’était contagieux ( ?) ou pour d’autres raisons idiotes, n’a presque jamais demandé des nouvelles et s’est éloigné peu à peu. De ce fait sans doute ils n’ont pas été avertis pour la cérémonie …

Comme pour tous ces difficiles moments à passer la famille au grand complet et les voisins immédiats étaient présents. Nous nous étions donc déplacés mais n’avons pas eu le temps de voir tellement la famille. Ce fut protocolaire et un peu froid.

Elle et moi nous étions fans de l’œuvre de la romancière Américaine Jean (= Djîn) Auel qui a rédigé 4 ou 5 volumes pour raconter la vie de son héroïne Ayla vivant à la préhistoire. C’est extrêmement bien fait et même passionnant, avec chasses et tisanes. Bien sûr l’héroïne a inventé un tas de choses et finalement a rencontré l’amour avec Jondalar.

L’auteur a fait une fortune avec ses livres ( « Les enfants de la Terre ») et pour le dernier volume elle a mis 5 ou 6 ans à le faire. Comme Nicole a suivi des cours d’anglais pendant des années à son club je lui ai fait envoyer le dernier volume qu’elle a sans doute lu.

Hélas, ce dernier livre, malgré le temps mis à le faire, a déçu considérablement comme si ce n’était pas le même auteur. C’est notre opinion à tous les deux : plus d’imagination, répétitions, banalités, etc... Très étrange chute !

Nous sommes allés une journée à Paris, mais pas le lendemain qui était le premier mai, et nous avons eu la lâcheté d’aller au cinéma voir un film de serial killer assez réussi.

(Ah, vous avez été à Paris ! vous vous êtes amusés ?)

Lors du triste retour un vieux a écrit, malgré son peu de talent, ce qui suit :

à Nicole

La lettre, totalement inattendue, est venue ce mardi.

Un léger doute. Est-ce elle ? Mais oui, tout est dit.

C’est notre bien chère Nicole, l’infatigable directrice.

Un sort affreux a scellé si rapidement son final sacrifice.

Pourtant, on espérait tant des mesures savamment prises.

Hélas, les seuls progrès qu’on ait faits dans ce domaine

C’est de savoir très tôt, en fonction de ce qu’ils disent

Qu’on est au bout du rouleau, avec étapes et peine.

Nous te pleurons, avec les cinq très petits enfants

Qui sont beaucoup trop jeunes pour que leurs pleurs

Soient pleinement à la hauteur de leur malheur.

Isabelle et Laurence réalisent la cruelle perte du temps.

HUBERT est amputé. Ces deux-là vraiment s’aimaient.

Qui pourrait, les connaissant, en douter jamais ?

Nous sommes bien loin de vous depuis six ans ;

Une autre ambiance, des habitants insouciants.

A Lésigny, beaucoup entre temps sont partis,

Lors d’une visite on en voit d’autres bien décatis ;

NICOLE, on te voyait tous les beaux jours,

Nous réunissait la tisane des sept merveilles.

Sans toi, rien ne sera plus si plein ni pareil.

C’est notre faute, nous avons quitté le clos Vimont

Pour fréquenter une étroite vallée et des monts.

Tu as rejoint Ayla des « Enfants de la Terre »,

Un peu avant nous, tu décryptes tous les mystères.

Tu n’as pu atteindre l’âge de la sagesse,

Le temps s’est interrompu, plus rien ne te presse…

2 mai 2004

Ca ne consolera personne, mais c’est dit.

D’après la télévision la grande mode c’est de « faire le deuil » : je n’en tire aucun bénéfice.

Ce jeudi nous avons repris des activités de voyage en allant avec le Club à 350 kms près de Valence dans le pays de la clairette de Die qui est un vin comme chacun sait. Très beau paysage qu’on appelle le Diois ; je me demande comment un Anglais prononcerait ce mot.

Etant donnée la distance il faut 4 heures de car aller et autant le retour. A part cela c’était une belle journée très intéressante. Nous avons eu de bonnes explications sur la fabrication des deux vins, la clairette, 7 degrés et le crémant, 11 degrés, qui lui nécessite trois ans et donne beaucoup plus de bulles. Ce dernier est en fait un champagne. Comme le jeune qui explique a beaucoup de talent beaucoup ont acheté ces vins.

Ils sont neuf à s’associer sur les 200 hectares ; je n’ai pas pu savoir le prix de l’hectare mais ça ne doit pas être bon marché. Ils s’arrangent pour avoir des héritiers, ce qui évite toute vente.

Le clou le plus original c’est l’élevage de papillons qui se fait sur quatre mois durant lesquels il y a des visiteurs. En fait, ils reçoivent des chrysalides toutes les semaines de Thaïlande et de Madagascar et tout le système est étudié pour avoir des plantes nourricières avec de la culture hydroponique (sur moquette !). Pour des ignorants sans grand enthousiasme pour la vie des papillons qui passent leurs trois jours de vie à copuler (de 12 minutes à 12heures) ça n’est pas banal.

Bien sûr, cet élevage ne serait pas rentable en hiver ; donc on reprend tout à zéro l’année d’après.

Comment emmener 49 personnes sans les diriger vers une Aubergerie avec plafond de cave voûtée ? Ce fut fait avec succès. Ce village de Barnave a semblé complètement vide, à part le restaurant. Ou ils dormaient ou ils étaient vraiment discrets. Il faut dire que beaucoup de fenêtre avaient les volets fermés. Des citadins, sans doute.

Malgré les heures de car tout le monde est revenu en forme sans trop boire. Dommage que ce soit si loin.

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